Le prochain président de l’université Stanford sera neuroscientifique et francophone

, Partager

Après des mois de recherche internationale intensive, le conseil d’administration de l’université Stanford a annoncé le 4 février dernier la nomination de Marc Tessier-Lavigne, actuel président de la Rockefeller University à New York City, à sa tête, à compter du 1er septembre 2016. Il succèdera à John L. Hennessy, qui avait annoncé l’été dernier son départ à la fin de l’année universitaire en cours, après plus de 15 années de service.

Un chercheur en neurosciences à la carrière prolifique

Marc Tessier-Lavigne, 56 ans, est actuellement le président de la Rockefeller University, une institution privée de premier plan, spécialisée dans la recherche et d’éducation en sciences biomédicales, dont il a pris la direction il y a cinq ans. [1] Cette dernière position faisait suite à une longue carrière de chercheur en neurosciences, mêlant rôles scientifiques, académiques et industriels.

Après cinq années sur la côte est des Etats-Unis, il effectuera donc un retour dans la région de la Baie de San Francisco, région qu’il connait parfaitement pour y avoir passé plus de 20 années. En effet, il a débuté sa carrière académique à UCSF en 1991, institution qu’il ne quittera que 10 années plus tard pour prendre un poste de professeur permanent à Stanford. Mais Marc Tessier-Lavigne est certainement plus connu pour avoir rejoint en 2003 la société de biotechnologies Genentech, basée à South San Francisco, société où il occupera plusieurs postes de direction et dirigera plus de 1400 chercheurs dans des domaines aussi variés que l’oncologie, l’immunologie, l’infectiologie ou la neurologie.

En 2011, il a pris la tête de la Rockefeller University, institution au sein de laquelle il s’est démarqué par sa capacité à lever des fonds, mais également par ses qualités scientifiques à la tête d’un laboratoire spécialisé dans la recherche sur le développement cérébral, cherchant à mieux comprendre les dysfonctionnements à l’origine des maladies neurodégénératives. Marc Tessier-Lavigne est considéré comme étant un pionnier dans l’identification de molécules responsables de la formation des connections entre les cellules nerveuses, établissant les circuits présents au sein du cerveau et de la moëlle épinière en formation, et au niveau desquelles toute anomalie ou altération peut conduire à des troubles neurologiques ou des paralysies. En tant que personnalité éminente du secteur biomédical newyorkais encore naissant, il a par ailleurs contribué à la création du New York Genome Center, collaborant avec une variété d’institutions académiques locales, les autorités municipales ainsi que des sociétés privées.

Des liens étroits avec le secteur des biotechnologies

Depuis des décennies, l’université Stanford entretient des échanges rapprochés avec l’écosystème de la Silicon Valley, en particulier dans le secteur des biotechnologies. En plus de sa longue expérience chez Genentech, l’une des sociétés les plus importantes du domaine, Marc Tessier-Lavigne a aussi tissé des liens étroits avec des startups innovantes au cours de sa carrière.

L’exemple le plus récent concerne Denali Therapeutics [2], startup basée à South San Francisco qu’il a cofondée en mai 2015 et dont il dirige le conseil d’administration. Celle-ci a pour ambition de développer de nouvelles thérapies dans le champ des maladies neurodégénératives, et a levé plus de 200 millions de dollars en guise de financement initial, montant particulièrement élevé pour une société de développement thérapeutique. Il a également confondé en 2000 la société Renovis, spécialisée là encore en neurosciences, acquise deux ans plus tard [3], et siège au conseil d’administration de plusieurs sociétés, dont Juno Therapeutics, basée à Seatlle. [4]

Enfin, son épouse, Mary Hynes, est également neuroscientifique et possède des liens étroits avec Stanford également, pour y avoir passé 8 années en tant que chercheur au sein du Département de Biologie entre 2003 et 2011, travaillant majoritairement sur les thérapies cellulaires potentielles afin de traiter la maladie de Parkinson. Sa carrière est d’ailleurs parallèle à celle de son mari, Mary Hynes ayant également dirigé un laboratoire chez Genentech et poursuivi ses recherches à la Rockefeller University après son départ de Stanford. [5]

Pluridisciplinarité et ouverture culturelle

Né dans l’Ontario, au Canada, Marc Tessier-Lavigne a passé la plus grande partie de son enfance en Europe, entre Londres et Bruxelles, suivant une éducation très majoritairement en langue française. Il a poursuivi ses études au Canada à l’université McGill (Montréal), avant de rentrer à Londres, sortant diplômé d’Oxford en physiologie, enchaînant ensuite sur un doctorat à l’University College de Londres. Ce mélange de cultures et de disciplines a façonné son parcours, de son propre aveu, et a été déterminant dans le choix du conseil d’administration de Stanford, ces valeurs étant au centre de ce que l’institution entend représenter et porter dans le monde académique.

Il lui restera donc à prolonger cet héritage, tout en supervisant une université fêtant ses 125 ans cette année, comptant plus de 7000 étudiants de premier cycle (undergraduate), 9000 de second cycle (graduate), plus de 2100 membres du corps professoral répartis en sept écoles, et un budget de plus de 5,5 milliards de dollars pour l’année 2015-2016. [6]


Pour en savoir plus :
Stanford announcement : https://news.stanford.edu/features/2016/president-named/

Rédacteur :
- Hocine Lourdani, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, San Francisco, hocine.lourdani@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez l’actualité en Californie du Nord sur http://sf.france-science.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org