3 parents pour un enfant : le remplacement mitochondrial bientôt disponible aux Etats-Unis

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Faut-il autoriser les thérapeutiques de substitution mitochondriale sur les embryons au nom de la prévention ou de la guérison d’une maladie grave – liée à des anomalies génétiques dans ces organites ? Le 3 février 2016, la National Academies Sciences Engineering and Medicine, à la demande de la Food and Drug Administration, a fait le premier pas vers l’instauration d’une politique officielle à l’égard de cette technique. Dans un rapport [1], publié dans the New England Journal of Medicine, le comité d’experts de l’Institute of Medicine conclu qu’il est « éthiquement permissible », mais sous certaines conditions, de manipuler génétiquement l’embryon, dans le cas des maladies mitochondriales.

Ces pathologies, rares mais souvent graves, sont provoquées par une ou des mutation(s) dans l’ADN des mitochondries localisées au sein de la cellule. La sévérité de la maladie dépend du type de mutation et de la fraction de mitochondries touchées, ce qui entraine une grande hétérogénéité dans les symptômes qui en découlent.

Les mitochondries sont transmises uniquement par la mère et grâce aux progrès technologiques récents, en particulier dans le domaine de l’édition génomique [2] , il est devenu envisageable d’empêcher la transmission de telles affections. Une stratégie relativement « simple » consiste à remplacer in vitro, dans les ovocytes de la mère à risque un nombre suffisant d’organites mutés, par des mitochondries saines provenant d’une donneuse.
Bien que les laboratoires d’aujourd’hui disposent des capacités techniques pour réaliser une telle intervention, des incertitudes persistent :
-  les conséquences médicales sur la santé de l’enfant ainsi conçu sont inconnues,
-  l’hérédité éventuelle de ce type de modification génomique suscite une interrogation morale,
-  la législation entourant le statut et l’identité de l’enfant serait sujette à une réévaluation,

Le comité américain apporte, dans ce rapport, des éléments de réponse à ces deux premières questions. Pour les experts, la balance bénéfice/risque pèse en faveur de cette stratégie. Des expériences reproduisant ce processus ont été faites avec succès chez l’animal donnant naissance à une progéniture en parfaite santé. De plus, à l’heure actuelle, aucun traitement ou moyen de prévention n’est disponible pour les couples concernés qui en sont réduits à choisir entre ne pas avoir d’enfants, adopter, utiliser des œufs de donneurs ou prendre le risque d’avoir un enfant malade. Devant les preuves scientifiques rassurantes et la forte volonté des parents, les experts estiment que des études à l’échelle clinique sont envisageables [3].

Afin d’éluder la question de l’héritabilité de modifications néfastes du génome, le comité suggère que seuls les embryons mâles obtenus in vitro soient implantés chez la future mère. Cela permettrait d’évaluer la dangerosité et les résultats de cette pratique de remplacement mitochondriale tout en assurant sa non-transmission à une potentielle descendance. Selon le rapport, il est aussi impératif que ces essais soient exécutés dans une entière transparence, avec un suivi sur le long terme et en gardant comme priorité le bien-être des enfants.

Cette publication confirme la volonté, déjà exprimée dans le passé [4], de la communauté scientifique américaine à prendre les devants sur les questions sociétales et éthiques soulevées par l’essor fulgurant des biotechnologies. Elle s’inscrit plus globalement dans une démarche de réflexion à l’échelle internationale.


Rédacteur :
- Gabrielle Mérite, Attachée adjointe pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Los Angeles, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org