Accélérer le développement de nouveaux médicaments grâce aux fondations d’un autre genre : la "venture philanthropy"

, Partager

Alors que les grandes entreprises pharmaceutiques sont toujours à la recherche de nouvelles sources d’innovation pour développer des technologies destinées à remplir leurs étagères de brevets, certains acteurs se font de plus en présents dans ce paysage : les fondations à but non lucratif.

Le concept existe déjà depuis de nombreuses années. Les fondations soutiennent la plupart du temps des recherches coûteuses et dont les intérêts économiques sont difficilement perceptibles pour les grandes entreprises pharmaceutiques comme les maladies des pays en voie de développement ou les maladies rares. La plus célèbre de ces fondations est la fondation Bill et Melinda Gates qui est impliquée, entre autres, dans le développement de nombreux produits pharmaceutiques par le biais de PDP (Product Development Partnerships). La fondation crée des partenariats avec de grands industriels de la pharmacie qui mettent à disposition des plateformes technologiques pour des projets de développement de médicaments à destination du tiers monde. Les industriels y trouvent leur compte tant en termes d’image que sur le plan économique et considèrent ces partenariats comme de nouveaux business modèles. En effet ces plateformes destinées à mettre au point des vaccins ou des médicaments curatifs pour des cibles précises sont l’occasion de développements technologiques qui peuvent être réinvestis pour d’autres projets de recherche de la compagnie.

La nouveauté en matière de fondation de recherche se trouve dans le mouvement de "venture philanthropy". Celui-ci peut être résumé comme la gestion d’une fondation à la manière d’une start-up. C’est l’idée qu’a développé Scott Johnson avec sa "Myelin Repair Foundation". Le principe a été de réunir quelques chercheurs parmi les meilleurs du domaine des maladies liées à la démyélinisation (phénomène responsable par exemple de la sclérose en plaque) et de les faire travailler au développement de nouveaux médicaments. Contrairement à une fondation classique où l’argent aurait été donné à une équipe de recherche, la fondation de Scott Johnson fonctionne comme une start-up qui se donne des objectifs et s’intéresse à la valorisation de ses travaux de recherche.

La fondation, créée en 2004, s’est dotée d’un budget de départ de 20 millions de dollars provenant d’autres fondations et de donneurs individuels. Elle s’est fixé pour objectifs de mieux comprendre le mécanisme des maladies de type scléroses multiples et d’en identifier des cibles thérapeutiques en 5 ans. Pour cela, Scott Johnson a développé un business model unique, ARCTM (Accelerated Research Collaboration) qui lui permet de jalonner les procédés de recherche et développement jusqu’à la gestion de la propriété intellectuelle. Les résultats sont probants puisque avec 10 millions de dollars en 4 ans, 18 nouvelles cibles de réparation de la myéline ont été identifiées, 9 brevets déposés et 24 nouveaux outils de recherche crées. L’étape suivante constitue donc la recherche d’industriels prêts à exploiter cette propriété intellectuelle. Selon Scott Johnson, cette étape ne devrait pas poser trop de problèmes car la fondation ne cherchant pas, par principe, de rentabilité financière propose des tarifs très compétitifs.

Certaines grandes entreprises de la pharmaceutique se sont déjà montrées intéressées par leurs travaux de recherche : Eli Lilly, Biogen-Idec, Novartis, Genentech Inc et ce, d’autant plus que les enjeux économiques de ce domaine s’avèrent non négligeables. En effet, le marché global des scléroses multiples représente 5,85 milliards de dollars et pourrait atteindre 11,85 milliards de dollars en 2011.

Ainsi, si l’exemple de la Myelin Repair Fondation s’avère concluant, il pourrait représenter un nouveau business modèle dont tous les acteurs de l’industrie pharmaceutique bénéficieraient. Les grands industriels de la pharmacie pourraient bénéficier d’une source d’innovation externe très intéressante, la fondation deviendrait alors autosuffisante et réinjecterait l’argent des royalties dans des travaux de recherche ayant pour objectif le développement de nouveaux traitements sur des pathologies souvent lésées.

Source :


- "Nonprofit gears up for biotech roadshow", Bernadette Tansey, SFGate, 29/03/08 - http://www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?f=/c/a/2008/03/29/BUB9VPPHB.DTL
- "Drug makers turning to nonprofits for cash", Todd Wallack, Boston Globe, 07/04/08 - http://www.boston.com/business/healthcare/articles/2008/04/07/drug_makers_turning_to_nonprofits_for_cash/

Pour en savoir plus, contacts :


- Myelin Repair Fondation : http://www.myelinrepair.org/
- Bill et Melinda Gates Foundation : http://www.gatesfoundation.org/default.htm
Code brève
ADIT : 53942

Rédacteur :

Aline Charpentier, deputy-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….