Accompagnement de la communication scientifique et nouveaux médias

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Avec d’un coté un public intéressé par la recherche scientifiques [1] et de l’autre des chercheurs désireux de communiquer leurs résultats, l’équation semble simple. Pourtant, plusieurs études montrent l’insatisfaction des chercheurs à l’égard des canaux de communication à leur disposition : les revues scientifiques fondées sur le principe d’examen par les pairs sont l’objet de critiques [2], la couverture de l’information par les médias traditionnels suscite des appréhensions [3] et les médias sociaux restent majoritairement méconnus [4]. Pour pallier ce problème, les institutions américaines de recherche et d’enseignement supérieur professionnalisent et développent l’accompagnement de la communication scientifique.

La mission de diffusion des savoirs et retombées

L’objectif de la recherche scientifique n’est pas seulement de découvrir et comprendre, mais encore de diffuser les résultats. Kirk Englehardt, directeur de la communication scientifique au Georgia Institute of Technology (Georgia Tech), souligne que "Toute université à une vocation éducative au delà de son enceinte, d’autant plus si elle reçoit des fonds publics directement ou sous forme de bourses".

Une vocation éducative plus forte encore dans le cas de la recherche biomédicale. Plus de 90% des chercheurs biomédicaux indiquent la recherche d’un public mieux éduqué dans leurs motivations pour contacter les medias [5]. Pour un organisme de santé publique comme les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) il s’agit même d’une de ses principales missions que de transmettre au grand public des recommandations à partir des résultats de la recherche .

L’interaction avec le public fonctionne dans les deux sens. Jordan Rose, cofondateur de l’Atlanta Science Festival, montre que ces festivals permettent aux chercheurs de rencontrer directement le public, de comprendre ce qui l’intéresse et quelle est sa perception des travaux scientifiques. "Cela rend notamment plus pertinent l’analyse de l’impact potentiel lors des demandes de bourses".

Former les chercheurs à l’interaction avec les médias

Pour préparer ses chercheurs à interagir avec les journalistes scientifiques, Georgia Tech met à la disposition des chercheurs des programmes d’entrainement. D’une heure à une journée, ils permettent aux chercheurs sollicités comme experts de présenter au mieux une analyse sur une actualité ou un de leurs résultats. De plus pour faire face à une éventuelle situations de crise, l’université mène des simulations pour s’assurer de la coordination des différents représentants et équipes de communication.


Crédits : Sergey Nivens


"Il faut traduire les résultats, c’est au scientifiques de comprendre le langage du public et non l’inverse" explique Katherine Lyon-Daniel, directrice adjointe de la communication au CDC. L’institution offre des programmes pour former ses chercheurs à écrire et s’exprimer, y compris dans les situations difficiles [6]. "La communication ne fait malheureusement pas partie de la formation des doctorants, en dehors des publications dans les revues validées par les pairs".

Engager le public et les pairs sur les médias sociaux

Selon une étude, 65% des chercheurs en politiques de santé publique ont recours aux médias traditionnels quand seulement 14% utilisent twitter [4]. Parmi les principales limites évoquées, la complexité et méconnaissance des médias sociaux et la crainte d’une mauvaise perception par leur pairs. Pourtant ces outils permettent aux chercheurs qui s’y intéressent de prolonger leur activité en développant des connections et en échangant des idées [7]. La plateforme la plus appréciée à ce titre est twitter en ce qu’elle offre la meilleure réactivité et un bon taux d’engagement. L’inconvénient reste que ces médias augmentent la pression temporelle et la compétition entre les équipes de recherche.

Un changement de culture s’opère d’une part par l’avènement d’une nouvelle génération de jeunes chercheurs et d’autre part par une modification des attentes. Par le passé, le traitement médiatique était jugé sur sa fidélité à l’information scientifique. Aujourd’hui les chercheurs s’intéressent d’avantage à attirer l’attention du grand public et ainsi indirectement de leurs directions et des organismes financeurs [3]

Les équipes professionnelles dédiées au soutien du travail de publication

Pour accompagner les publications, la mise à disposition d’équipes de professionnels de la communication permet d’accroître leur impact médiatique. L’objectif est de multiplier le nombre de canaux, tout en contrôlant stratégiquement l’information. "Nous essayons d’être innovants dans l’utilisation des différents médias en multipliant les formats comme les infographies et vidéos et en suscitant l’intérêt par des questions" évoque Katherine Lyon-Daniel.

Pour Kirk Englehardt, dont l’équipe a été mise en place en 2012, "l’objectif au final est d’attirer l’attention sur la publication académique. Nous concevons donc une stratégie avec ses auteurs pour soutenir celle ci". Les communiqués de presse sont rédigés à l’avance puis synchronisés avec les publications officielles. Les médias sont ciblés en fonction de l’information pour éviter les phénomènes de saturation. Les données sont triées pour écarter par exemple les éléments confidentiels dans le cadre d’une recherche menée en coopération avec une entreprise.

Investir pour accroître les opportunités

Ainsi les modifications du paysage médiatique et les nouvelles attentes des chercheurs imposent un accompagnement de la communication scientifique par la mise en place d’équipes de professionnels de la communication et de programmes de formation. Cette communication permet de multiplier les opportunités, de faciliter les échanges d’idées et d’améliorer l’éducation scientifique du grand public. Pourtant cette démarche représente un investissement financier et humain et n’est pas sans danger d’introduire un biais dans le fonctionnement de la recherche.

Sources :


- [1] "La recherche scientifique dans les médias", Eurobaromètre de la Commission Européenne, décembre 2007, http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_282_fr.pdf
- [2] "Who’s Afraid of Peer Review ?", Science, Octobre 2013, http://www.sciencemag.org/content/342/6154/60.summary
- [3] "Gap between science and media revisited : Scientists as public communicator" , Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA, avril 2013, http://www.pnas.org/content/110/Supplement_3/14102.abstract
- [4] "Translating Research For Health Policy : Researchers’ Perceptions And Use Of Social medias" , Health Affairs, juin 2014, http://content.healthaffairs.org/content/early/2014/06/05/hlthaff.2014.0300.abstract
- [5] "Science Communication. Interactions with the mass media", Science, juillet 2008, Vol. 321, No. 5886, pp. 204-205. doi:10.1126/science.1157780
- [6] "Crisis & Emergency Risk Communication" program, CDC, http://emergency.cdc.gov/cerc/
- [7] "Feeling Better Connected : Academics’ Use of Social Media" News & Media Research Centre, University of Canberra, juin 2014, http://www.canberra.edu.au/faculties/arts-design/attachments/pdf/n-and-mrc/Feeling-Better-Connected-report-final.pdf

Rédacteurs :


- Xavier Lavayssière, attaché pour la science et la technologie adjoint, deputy-sdv.at@ambascience-usa.org
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