Adaptation au changement climatique aux Etats-Unis : un comité dissous publie son rapport

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Le 3 janvier 2018, l’Earth Institute de l’Université Columbia annonçait la reconstitution de l’Advisory Committee for the Sustained National Climate Assessment, comité consultatif chargé de traduire les conclusions du rapport national sur le climat (National Climate Assessment, NCA) au niveau local. Son mandat avait expiré en août 2017 et l’administration du Président Trump ne l’avait pas renouvelé, conduisant à sa dissolution de fait. Cette reformation s’était faite sous l’égide de son ancien président Richard Moss, en tant que chercheur invité senior au sein de l’Earth Institute, ce dernier prenant pour l’occasion congé de l’Université du Maryland où il était professeur. En plus du soutien de l’Université Columbia, des financements avaient été apportés par l’Etat de New York et l’American Meteorological Society.

Créé en 2013 par le Président Obama, ce comité consultatif avait pour mission d‘offrir aux acteurs locaux (Etats, villes, entreprises) une information utile à la prise de décision et à la planification sur la base de la recherche en sciences du climat. Depuis la fin des années 1980, pas moins de treize agences fédérales [1] participent à l’U.S. Global Change Research Program (USGCRP) qui vise à promouvoir la recherche fédérale sur le « changement global ». Etabli par initiative présidentielle en 1989 et codifié par le Global Change Research Act (GCRA) en 1990, il prévoit notamment la publication du NCA, rapport quadriennal synthétisant l’état des connaissances sur l’impact du changement climatique aux Etats-Unis.

Quatre mois après la publication de la quatrième édition du NCA, le comité consultatif, désormais appelé l’Independent Advisory Committee for Applied Climate Assessment, a publié le 4 avril un rapport dans le journal Weather, Climate, and Society de l’American Meteorological Society. Il offre des éléments importants pour les responsables locaux en matière de planification des projets d’infrastructure et de supervision (règlements de zonage, polices d’assurance ou codes de construction et d’habitation urbaines). L’idée est d’aider les décideurs à prévoir et gérer les risques amplifiés par le changement climatique. Si la multiplication des événements climatiques et météorologiques extrêmes fait l’objet d’une attention croissante de la part de la communauté scientifique, les auteurs insistent sur des risques de plus faible intensité auxquels les acteurs locaux sont plus susceptibles d’être confrontés, comme des températures nocturnes particulièrement élevés ou une réduction de l’enneigement dans certaines régions.

Cette publication intervient dans un contexte toujours marqué par des rapports conflictuels entre la Maison Blanche et les scientifiques du climat. L’administration avait tenté de minimiser la portée de la dernière édition du NCA en la rendant public lors du week-end prolongé de Thanksgiving en novembre 2018. Le Président avait quant à lui accueilli les conclusions alarmantes du rapport d’un commentaire : « I don’t believe it ». Depuis, des informations ont fuité sur la volonté de la Maison Blanche de mettre en place un comité ad hoc chargé de conduire un examen « contradictoire » (« adversarial ») de la science du climat dite « mainstream ».

Par ailleurs, l’administration du Président Trump est soupçonnée d’aller à l’encontre de la volonté du Congrès en retenant des financements destinés à la recherche sur l’adaptation au changement climatique. Lors d’une audition à la Chambre des représentants du directeur de l’U.S. Geological Survey (USGS) début avril, des représentants démocrates ont rapporté les difficultés rencontrées par les Climate Adaptation Science Centers (CASC). Ces centres régionaux, au nombre de huit [2] et placés sous la tutelle de l’USGS, sont chargés de fournir aux acteurs concernés l’information nécessaire et les outils d’aide à la décision pour répondre aux effets du changement climatique. Alors que les coupes budgétaires demandées par la Maison Blanche avaient été rejetées par le Congrès (qui est décisionnaire sur le budget fédéral), certains de ces centres auraient vu leurs financements retardés ou amputés par le Department of the Interior (dont dépend l’USGS).

La question cruciale du financement devrait bientôt également se poser pour les membres du comité consultatif de Richard Moss qui entendent lancer un nouveau consortium de planification climatique. Afin de rester indépendant de toute interférence de l’Etat fédéral, ils espèrent nouer des contrats avec des Etats, administrations locales ou sociétés professionnelles.


Rédacteur :

- Raphaël Ollivier-Mrejen, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie, Ambassade de France à Washington DC, deputy-coop@ambascience-usa.org

Notes

[1Ces agences sont les suivantes : Department of Defense (DoD), Department of Energy (DOE), Department of Health & Human ServicesNational Institutes of Health (HHS-NIH), Department of Homeland Security (DHS), Department of the Interior (DOI), Department of StateU.S. Agency for International Development (DOS-USAID), Environmental Protection Agency (EPA), National Aeronautics and Space Administration (NASA), National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), National Science Foundation (NSF), Smithsonian Institution, U.S. Army Corps of Engineers (USACE), U.S. Department of Agriculture (USDA).

[2L’Université Columbia est membre du centre régional (CASC) du nord-est.