Alerte rouge dans la pharmacie américaine : quelles stratégies pour faire face à la perte d’exclusivité des brevets phares ?

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L’inquiétude au sein des sociétés pharmaceutiques détenant ces brevets est à son comble. La mobilisation est totale pour anticiper voire accompagner la tombée de leurs brevets dans le domaine public : le but poursuivi est d’atténuer l’impact de cette échéance sur le chiffre d’affaires (les ventes réalisées par Pfizer de son médicament Lipitor en 2007 se montaient à 13,5 milliards de dollars, voir tableau ci-dessus).


Dans ce contexte marqué par l’urgence, les sociétés déploient des stratégies différenciées mais avec un objectif similaire : compenser la perte des revenus des molécules à succès puis, dans un deuxième temps, réduire les coûts élevés de la R&D.

Parmi ces stratégies, il y a celle des acquisitions de "génériqueurs" par ces grandes sociétés pharmaceutiques. Le procédé peut se résumer par la formule "if-you-can’t-beat-’em-join-’em". On peut ainsi citer l’exemple du français Sanofi-Aventis qui a racheté le génériqueur tchèque Zentiva et la firme japonaise Daiichi Sankyo qui s’est emparée du génériqueur indien Ranbaxy.

Derrière cette stratégie d’acquisition se cache la volonté de ces groupes d’étoffer leur portefeuille de nouvelles molécules par l’acquisition de sociétés de biotechnologies. L’exemple est donné par Eli Lilly qui a racheté Imclone, société spécialisée en oncologie. D’autres sociétés comme Merck (Fosamax), Novartis (femara) et Pfizer (Lipitor), ont adopté une autre stratégie, elle consiste à élaborer des accords mutuels. On l’appelle aux Etats-Unis "Wheeling-and-dealing".

GSK, pour sa part, a choisi de se démarquer en décidant de créer sa propre division de production de génériques. Il en est de même pour le groupe Novartis qui possède depuis longue date une filiale impliquée dans les génériques : Sandoz.

Parallèlement, dans toutes les grandes sociétés pharmaceutiques, la perspective de perdre du chiffre d’affaires s’accompagne d’une concentration de la recherche sur des cibles thérapeutiques précises. Parmi ces dernières, on retrouve :
- L’oncologie, une priorité pour les présidents des Etats-Unis et de la France
- Les maladies du système nerveux central (maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, etc.)
- les vaccins (VIH, H1N1, etc.)
- les maladies rares (les médicaments orphelins sont à haute valeur ajoutée puisqu’ils sont systématiquement remboursés par les assurances malgré leur prix très élevé).

Dans le cadre de la réduction des dépenses de recherche, la plupart des sociétés pharmaceutiques tentent de relocaliser leurs sites de recherche en Inde, en Chine ou à Singapour (AstraZeneca, Eli Lilly). Ce mouvement est associé à une recherche de fonds externes[1] ou de cofinancement via les différents programmes d’attractivité mis en place par les pays d’accueil ou les gouvernements locaux. A ceci s’ajoutent le développement d’activités de "corporate venture" (CVC)[2] et une sous-traitance massive qui profite aux CROs occidentales[3] présentes dans les pays où les coûts de recherche sont particulièrement bas. Cette stratégie trouve une application dans les phases exploratoires ou pré-exploratoires de la recherche où la chimie est fortement impliquée.

Une autre tendance est celle de la mise en place de coopérations entre les grandes sociétés pharmaceutiques et les universités qui dépassent le simple contrat de recherche. L’avantage de ces collaborations serait de détenir une option alternative à l’externalisation de la R&D, d’avoir à disposition des projets de recherche, d’alimenter un portefeuille de brevets et d’identifier des start-ups en recherche de financement (contrat de licence). Pour les universitaires, de telles associations permettent d’avoir accès à des infrastructures avec des appareillages de pointe et un soutien financier de leur projet de recherche et de la formation des doctorants et post-doctorants.

Des partenariats ont déjà été mis en place tels que :
- GlaxoSmithKline et l’institut dédié aux maladies immunitaires à Boston. GSK compte verser 25 millions de dollars sur 5 ans,
- Pfizer et l’Université de Californie à San Francisco. Le groupe apporte un financement de 9,5 millions de dollars sur 3 ans dans le domaine de la biologie quantitative,
- AstraZeneca et l’école de médecine de l’University de Columbia à New York dans les domaines du diabète et de l’obésité.

D’autres centres sont en pourparlers, c’est le cas du "Melanoma Research Foundation, MRF" qui regroupe dix grands centres de recherche académique sur le mélanome et qui s’est rapproché de plusieurs gros industriels de la pharmacie.

Mais ce type d’alliance a des limites, notamment si le partenaire industriel est impliqué dans une fusion, à l’instar de Pfizer/Wyeth[4] et de Merck/Schering plough[5]. Certains programmes de recherche peuvent être arrêtés. Mais, au total, il en faudra sans doute davantage pour regarnir le portefeuille des sociétés pharmaceutiques. Les quelques mois à venir seront décisifs.

[1] "External funding"

[3] CRO : Contract Research Organisation

Source :

"Pharma, academia look to each other to refill the pharmaceutical pipelines", Julie M. Donnelly - http://www.masshightech.com/stories/2009/12/14/weekly9-Pharma-academia-look-to-each-other-to-refill-the-pharmaceutical-pipelines.html

Pour en savoir plus, contacts :


- [2] BE Etats-Unis 184 "Les grandes sociétés pharmaceutiques misent sur la place de Boston" (13/11/2009) : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61219.htm
- [4] BE Etats-Unis 186 "Industrie pharmaceutique américaine : les grandes manoeuvres ont vraiment commencé" (26/11/2009) : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61374.htm
- [5] BE Etats-Unis 158 "Les grandes manoeuvres de l’industrie pharmaceutique américaine : l’acquisition de Shering-Plough par Merck et son impact sur la recherche" (20/03/2009) : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/58301.htm
Code brève
ADIT : 61815

Rédacteur :

Lynda Inséqué, deputy-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….