Alzheimer : les Etats-Unis veulent un traitement d’ici 2025

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La maladie d’Alzheimer est une pathologie neurodégénérative touchant près de 35 millions de personnes dans le monde, principalement des personnes âgées. Elle est caractérisée par une perte progressive et irréversible des fonctions cognitives chez les patients. Bien qu’elle fasse l’objet de très nombreuses études, les causes et les mécanismes de la maladie sont mal connus et il n’existe aujourd’hui pas de traitement [1].

Aux Etats-Unis, environ 5,4 millions de personnes sont touchés par cette maladie dont 5,2 millions de personnes âgées de plus de 65 ans [2]. Une personne âgée sur huit serait donc atteinte d’Alzheimer. Nous vous proposons dans cet article de faire le point sur les connaissances et les mesures prises aux Etats-Unis concernant ce terrible fléau.

De nouveaux critères de diagnostic aux E.-U.

En complément des chiffres cités en introduction, voici quelques données sur la maladie d’Alzheimer aux Etats-Unis [3] :
- Elle est la sixième cause de mortalité aux Etats-Unis. Entre 2000 et 2008, la mortalité attribuée à cette maladie a augmenté de 66%. Dans le même temps, celle associée aux maladies cardiaques a diminué de 13%.
- 80% des soins à domicile sont donnés par des membres de la famille. Plus de 15 millions d’américains fournissent des soins non rémunérés pour une personne atteinte d’Alzheimer. Ce sont en général des membres de la famille proche mais cela peut être aussi des parents éloignés ou des amis. En 2011, on comptabilise environ 17,4 milliards d’heures de soins non rémunérées, une contribution que le pays valorise à un peu plus de 210 milliards de dollars.
- Encore plus accablant, au moins 800.000 Américains ayant Alzheimer, vivraient seuls.

Les critères utilisés pour le diagnostic de la maladie sont en cours d’évolution. En 2011, l’Institut national sur le vieillissement aux Etats-Unis (National Institute on Aging) et l’association Alzheimer ont publié pour la première fois depuis 27 ans de nouveaux critères et lignes directrices pour le diagnostic de la maladie. Ce travail a été publié sous la forme de quatre articles parus dans la revue américaine Alzheimer’s & Dementia [4].

Dans ces nouveaux critères, la définition de la maladie est élargie et trois phases sont identifiées. Une première phase dite "préclinique" qui se produit avant la manifestation de symptômes cognitifs. Cette phase est détectée au moyen de tests utilisant des biomarqueurs tels que les plaques amyloïdes visibles par imagerie cérébrale. La deuxième phase de la maladie est celle du "trouble cognitif léger" dans laquelle les symptômes sont observables mais encore légers. Enfin, on trouve la phase de "démence" due à la maladie d’Alzheimer, caractérisée par des pertes de mémoire et des troubles importants de la pensée et du comportement qui empêchent d’effectuer les tâches quotidiennes [5], [6]. Le Rapport mondial sur la maladie d’Alzheimer (World Alzheimer Report 2011) de l’organisation "Alzheimer’s Disease International" (ADI), publié en septembre 2011, met en évidence un argument économique solide en faveur du diagnostic précoce et de l’intervention rapide [7].

Le Plan national Alzheimer de l’Administration Obama

En janvier 2011, le président Obama mettait en place un Plan National de lutte contre la maladie d’Alzheimer (National Alzheimer’s Project Act). L’un des objectifs ambitieux de ce plan est le développement de méthodes efficaces pour la prévention et le traitement de la maladie d’ici 2025. Récemment des mesures concrètes ont été prises. En effet, il y a environ un mois, l’Administration Obama a annoncé une augmentation de 130 millions de dollars du budget de la recherche pour la maladie d’Alzheimer. "Cette annonce reflète l’engagement de cette Administration dans le combat contre Alzheimer, une maladie dévastatrice pour des millions d’Américains", a déclaré la secrétaire à la Santé et aux Services à la Personne, Kathleen Sebelius, en dévoilant l’initiative à la presse. "Nous ne pouvons pas attendre pour agir ; réduire le fardeau de la maladie d’Alzheimer pour les malades et leur famille est une priorité nationale urgente", a-t-elle ajouté [8].

Le NIH (National Institutes of Health) débourse actuellement 450 millions de dollars par an pour financer les recherches concernant cette maladie. Les mesures annoncées par l’Administration Obama comprennent un investissement immédiat de 50 millions de dollars supplémentaires pour la recherche. 80 millions de dollars additionnels seront demandés au Congrès dans le cadre du projet de budget 2013 débutant le 1er octobre (soumis par le président le 13 février). La Maison-Blanche propose donc au total une augmentation de 130 millions de dollars sur 2012 et 2013 pour la recherche sur la maladie, soit 25% de plus que le budget actuel. Par ailleurs cette initiative comprend 26 millions de dollars supplémentaires pour ceux qui fournissent les soins, forment et informent le public sur la maladie. "Ces nouveaux financements vont accélérer les efforts du NIH pour développer de nouvelles approches afin d’aider les personnes atteintes d’Alzheimer et celles susceptibles d’en souffrir", a souligné le Dr Francis Collins, directeur du NIH [9], [10].

A titre comparatif, 3,5 milliards de dollars sont dépensés annuellement pour la recherche sur le SIDA, un virus qui touche un peu plus d’un million de personnes aux Etats-Unis.

Un programme de soins spécialisés à UCLA

Dans ce contexte, l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) a annoncé le 14 mars dernier le lancement d’un programme de soins des démences et particulièrement de la maladie d’Alzheimer [11]. Ce programme aura trois missions principales : la création d’un répertoire des personnes atteintes de démence, l’évaluation des besoins de ces personnes et l’établissement de plans de soins individualisés selon ces besoins. Parmi les aides proposées aux malades, il y a : des consultations avec des neurobiologistes, des psychiatres et des gérontologues, une hospitalisation si nécessaire dans une unité spécialement conçue ou encore des visites à domiciles comprenant un réaménagement de l’espace personnel afin qu’il soit adapté au patient.

Patti Davis, fille de l’ex-président des Etats-Unis Ronald Reagan, fera partie intégrante du programme et dirigera des groupes de soutien pour les familles des malades atteints de la maladie. C’est un sujet qu’elle connaît bien puisque son père fut atteint de la maladie d’Alzheimer pendant dix ans [12].

Aucun traitement mais des recherches prometteuses

Il n’existe pour l’instant aucun traitement permettant de ralentir ou d’arrêter la maladie d’Alzheimer. L’agence fédérale américaine des produits alimentaires et des médicaments (Food and Drug Administration en anglais) a approuvé cinq médicaments qui améliorent temporairement la qualité de vie des patients cependant leur efficacité varie considérablement selon les personnes [13]. Si ce constat peut paraître négatif, il ne faut pas perdre de vue que de très nombreuses recherches ont lieu dans le monde entier et que beaucoup d’entre elles sont prometteuses. Ainsi, des chercheurs américains sont parvenus à démontrer qu’un médicament, déjà utilisé depuis 13 ans contre le cancer de la peau, permettait de supprimer en quelques jours les symptômes de la maladie d’Alzheimer chez la souris [14], [15]. Les chercheurs de la "Case Western Reserve University School of Medicine" (Cleveland, Ohio) ont publié les résultats de leur étude dans la revue Science, le 9 février dernier [16]. Si ces premiers résultats sont très encourageants, le médicament doit maintenant être testé sur l’Homme.

Conclusion

Comme l’indiquent les chiffres cités plus haut, les Etats-Unis sont fortement touchés par la maladie d’Alzheimer. Le choix de l’Administration Obama d’investir davantage dans la recherche pour la prévention et le traitement d’Alzheimer apparaît pertinent et nécessaire. En France, où plus de 800.000 personnes seraient touchées par la maladie d’Alzheimer, des mesures ont également été prises, notamment avec le Plan Alzheimer 2008-2012 lancé par Nicolas Sarkozy (200 millions d’euros sur 5 ans). Ce plan, qui entre dans sa dernière année de mise en oeuvre, affiche déjà un bilan très positif. Reste à savoir s’il sera reconduit en 2012.

Code ADIT : 69524


Rédactrice :


- Manon Lecomte, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org
Retrouvez toutes les activités du Service Science et Technologie / Los Angeles sur le site du Consulat général de France à Los Angeles : http://www.consulfrance-losangeles.org/spip.php?rubrique241.