Alzheimer : un antiépileptique rétablit la mémoire chez la souris

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Des chercheurs du Gladstone Institutes à San Francisco, Californie, ont découvert qu’un médicament contre l’épilepsie réduit la perte de mémoire ainsi que d’autres déficits liés à la maladie d’Alzheimer dans un modèle expérimental d’étude de la maladie. Cette découverte a été publiée le lundi 6 août 2012 dans la revue de l’Académie Américaine des Sciences PNAS [1].

La maladie d’Alzheimer affecte plus de 18 millions de personnes dans le monde (860.000 en France), un chiffre qui risque de doubler d’ici 2025. Il n’existe aujourd’hui aucun médicament efficace pour prévenir ou réduire la perte des fonctions cognitives (mémoire, attention, language, etc.) chez les patients souffrants de cette maladie. Alors que les mécanismes responsables de cette maladie sont encore méconnus, deux protéines -amyloïde beta et tau - semblent jouer un rôle majeur dans la pathologie. De ce fait, de nombreuses stratégies visant à réduire l’accumulation de ces protéines dans le cerveau des patients sont explorées par les chercheurs, pour le moment sans succès.

Un lien entre maladie d’Alzheimer et épilepsie

L’équipe de recherche encadrée par le Dr. Lennart Mucke - directeur du département de neurologie du Gladstone Institutes -, qui avait déjà travaillé sur les liens entre maladie d’Alzheimer et l’épilepsie, a exploré une stratégie alternative [2]. Dans cette étude, les chercheurs démontrent que le lévétiracétam - médicament prescrit pour traiter certaines formes d’épilepsie - réduit non seulement les perturbations de l’activité cérébrale mais aussi les déficits de mémoire chez des souris génétiquement modifiées pour simuler la maladie d’Alzheimer. "Notre étude s’appuie sur nos découvertes antérieures qui suggèrent un lien entre la maladie d’Alzheimer et certains troubles épileptiques. Elle met en évidence de nouveaux mécanismes responsables de la perte de mémoire et démontre qu’il est possible de les bloquer par un médicament antiépileptique." commente Lennart Mucke.

Toute fonction cérébrale, comme la mémoire, est assurée par l’activité des réseaux de neurones. Dans la maladie d’Alzheimer, ces réseaux de neurones sont perturbés, entraînant de profondes altérations de l’activité électrique cérébrale. Ces altérations peuvent même parfois provoquer des "décharges" épileptiques. Cependant la contribution de ces profondes altérations de l’activité cérébrale sur la perte de mémoire restait méconnue dans cette condition neurologique. Les chercheurs californiens ont donc étudié plusieurs antiépileptiques, dont le lévétiracétam, dans un modèle souris de la maladie d’Alzheimer ; cela afin de tester les effets d’une réduction des altérations de l’activité électrique sur la perte de mémoire ainsi que d’autres déficits fonctionnels.

Des résultats encourageants à confirmer chez les patients souffrant d’Alzheimer

Quelques heures seulement après avoir traité les souris au lévétiracétam, les altérations de l’activité électrique cérébrale étaient réduites de plus de 50%. Après deux semaines de traitement, la communication entre les neurones était rétablie et les capacités d’apprentissage et de mémorisation des souris améliorées. Enfin, les chercheurs ont découvert que ce médicament permettait de restituer la quantité de protéines indispensables au bon fonctionnement du cerveau [3].

Plusieurs pistes de recherche sont actuellement explorées afin d’identifier les mécanismes biologiques par lesquels ce médicament réduit les perturbations des réseaux de neurones et améliore la mémoire dans ce modèle expérimental. Ces recherches ont pour objectif principal de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques contre cette maladie.

Cette découverte est d’autant plus importante qu’elle est renforcée par les résultats d’une étude publiée récemment par des chercheurs de l’Université de John Hopkins à Baltimore (Maryland) [4]. Leurs travaux démontrent les effets bénéfiques du lévétiracétam chez des patients souffrant de troubles de la mémoire, une condition qui précède souvent la maladie d’Alzheimer.

Ces résultats sont prometteurs car ils offrent une solution thérapeutique alternative dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer. Il est néanmoins prématuré de recommander l’usage du lévétiracétam pour traiter les patients atteints de la maladie d’Alzheimer car des études cliniques sur un plus grand nombre de patients doivent confirmer cette découverte. Les résultats décrits ci-dessus et ceux obtenus par les chercheurs de John Hopkins ouvrent de nouvelles perspectives de recherche et incitent à poursuivre des études cliniques à plus grande échelle.

L’Institut Gladstone à San Francisco

Gladstone est un institut de recherche biomédicale indépendant et non lucratif. La mission principale du Gladstone est d’accélérer la découverte scientifique et l’innovation afin de prévenir, traiter et guérir les maladies cardiovasculaires, virologiques et neurologiques. Gladstone est affilié à l’Université de Californie de San Francisco [5].

Code ADIT : 70830


Rédacteurs :


- Pascal Sanchez (pascal.sanchez@gladstone.ucsf.edu) ;
- Jeanette Borzo, (jeanette.borzo@gladstone.ucsf.edu) ;
- Manon Lecomte (deputy-sdv.la@ambascience-usa.org).
Retrouvez toutes les activités du Service Science et Technologie / Los Angeles sur le site du Consulat général de France à Los Angeles : http://www.consulfrance-losangeles.org/spip.php?rubrique241.