Améliorer les relations entre capitaux risqueurs et universités

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A travers ce BE, nous le relatons régulièrement : aux Etats-Unis, les universités et les capitaux risqueurs sont toujours à la recherche d’un mode de collaboration efficace pour mener à bien leurs activités de transfert de technologies. Malgré l’antagonisme de leurs cultures, il est clair que leurs relations conditionnent l’économie de l’innovation. Les capitaux risqueurs considèrent les universités comme une source inépuisable de bonnes technologies mais déplorent leurs méthodes trop peu commerciales et la lourdeur de leur bureaucratie. Les universités, de l’autre côté, ne peuvent se passer des capitaux-risqueurs pour financer des projets de création d’entreprises mais entretiennent une attitude méfiante vis-à-vis de ceux qu’ils considèrent comme de potentiels spoliateurs de leurs technologies.

C’est pourquoi des chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco ont cherché à mieux comprendre ces relations ambiguës au travers d’une enquête menée auprès de 94 capitaux risqueurs représentatifs des Etats-Unis. Les résultats sont censés mettre en avant les points d’incompréhension et y apporter des solutions, l’objectif étant d’améliorer la conclusion de partenariats universités - capitaux risqueurs.

Les capitaux risqueurs formulent 5 grandes recommandations :

1- Connaître son capital risqueur

L’empressement des capitaux risqueurs à conclure un accord est souvent mal interprété. Alors qu’il ne s’agit la plupart du temps que de délais à tenir auprès du marché, d’un côté, et des propriétaires de l’argent qu’ils placent, de l’autre, les universités le considèrent comme un moyen de pression. Il apparaît aussi primordial que les universités comprennent mieux le fonctionnement individuel de chacun de leur partenaire financier à savoir leurs spécialités sectorielles et les intérêts technologiques spécifiques et ponctuels de chacun (une levée de fonds en sciences de la vie sera différente d’une en sciences et technologies de l’information et de la communication).
Dans un souci de meilleure compréhension mutuelle, les capitaux risqueurs préconisent donc davantage de communication et une amélioration du développement des réseaux entre universités (personnel administratif, chercheurs, étudiants) et capitaux risqueurs.

2- Soutenir et former ses entrepreneurs

Dans bien des cas, les bureaux de transfert de technologies vendent davantage la technologie aux capitaux risqueurs que le porteur de projet et l’équipe qui lui sont associés. Or ce dernier point est essentiel pour accepter le financement d’un projet. Les capitaux risqueurs conseillent donc aux bureaux de transfert de motiver le porteur de projet à monter une équipe autour de lui, de se montrer rassembleur et capable de capter les bonnes compétences. A partir du moment où il a été décidé de créer une activité commerciale, il convient que le porteur soit dans l’état d’esprit d’un homme d’affaires et soit prêt à conclure un accord rapidement.

3- Simplifier les procédures, faciliter la bureaucratie

Les capitaux risqueurs sont bien conscients que les procédures parfois fastidieuses de conclusion d’accord sont dues à la volonté de protection de la propriété intellectuelle des inventeurs. Cependant ils estiment qu’un juste milieu peut être trouvé entre ce qu’ils considèrent comme "une forteresse" et leurs pratiques. Ils préconisent aussi le développement de relations un peu plus pérennes avec les principaux capitaux risqueurs de leurs régions, ce qui pourrait amener les universités à développer des procédures standardisées.

4- Améliorer l’accès et la visibilité des offices de transfert de technologies

Les bureaux de transfert de technologies des universités doivent apprendre à "emballer" leurs idées, à développer des outils pour attirer les capitaux risqueurs, comme les lettres d’information, des évènements ou des rencontres régulières avec les financeurs privilégiés de la région.
Les bureaux sont invités à développer leur sens des affaires, à faire la différence entre une entreprise potentielle et une licence, avoir une idée du plan d’affaires avant de présenter une technologie.

5- Développer une culture de l’innovation

Enfin il apparaît primordial pour les capitaux risqueurs de travailler au développement d’un écosystème d’entrepreneuriat qui serait animé par les universités. Celles-ci disposent de bons atouts pour cela mais ne les mettent pas toujours en avant. Par exemple les universités ne sont pas assez conscientes qu’un projet qui a reçu des bourses fédérales ou le soutien d’une université dispose d’une certaine caution scientifique attractive pour les capitaux risqueurs.

Ces idées démontrent bien que les capitaux risqueurs et les universités constituent deux sphères, culturellement éloignées, mais qui sont appelées à se rapprocher par nécessité. Globalement les idées principales qui ressortent de cette étude sont :
- Améliorer l’approche commerciale des bureaux de transfert de technologies. Il ne s’agit pas de mâcher le travail pour les capitaux risqueurs mais bien d’apporter une plus-value aux projets présentés par les universités. En effet, ceux-ci sont encore trop considérés comme très "technologiques" alors qu’une vraie vision de marché et la prise en compte de tous les atouts d’un projet (porteur, équipe, bourses) amélioreraient certainement leur qualité et leur valeur.
- Développer au maximum les relations entre universités et capitaux risqueurs et approfondir certaines relations privilégiées. La base d’une bonne compréhension reste celle d’une communication adaptée.

Source :


- "Venture-Capital Report Calls for Meeting of Minds on Tech Transfer", Josh Keller, The Chronicle of Higher Education, 03/02/09 - http://chronicle.com/free/2009/02/10790n.htm
- "Venture Capital - University Interface : Best Practices to make maximum impact", Kristina Holly - http://stevens.usc.edu/docs/vcstudy.pdf

Pour en savoir plus, contacts :


- University of Southern California Stevens, http://stevens.usc.edu/
- National Venture Capital Association, http://www.nvca.org/
Code brève
ADIT : 57885

Rédacteur :

Aline Charpentier, deputy-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….