Après les biotechs : Boston leader des cleantechs ?

, Partager

Succédant à Los Angeles et à Pékin, la ville de Boston accueillera en 2017 le troisième sommet US China Climate Leaders Summit [1] . L’événement, lancé en 2014 par le président Obama et le président Xi, rassemble plus de 2000 industriels et leaders politiques des Etats-Unis et de Chine afin de présenter leurs actions et et de partager des engagements dans la lutte contre le changement climatique. Cet accueil représente une occasion unique pour Boston de démontrer ses forces en termes de prévention du changement climatique et d’influencer les politiques environnementales sur l’ensemble du territoire.

"La ville de Boston est en effet sous les feux des projecteurs concernant le changement climatique", déclare le secrétaire d’état John F. Kerry. La ville, située en bord de mer, est particulièrement exposée à la menace de la montée des eaux, ainsi qu’aux variations importantes de température. Elle garde en exemple le traumatisme subi lors de l’hiver 2014-2015 durant lequel elle fut paralysée sous plusieurs mètres de neige. Ainsi, les représentants de la ville, ainsi que l’état du Massachusetts, se mobilisent afin de prendre des actions concrètes visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le plan d’action « Greenovate Climate Action » [2], permettant de réduire de 25% leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 et 80% d’ici 2050, a même été récompensé devant la scène internationale à la COP21 à Paris.

L’influence de la ville en matière d’énergies renouvelables et de lutte contre le changement climatique est en plein essor.

Le maire de Boston, Martin Walsh, a récemment été nommé au comité de pilotage [3] du C40 pour représenter l’Amérique du Nord sur les questions de prévention du réchauffement climatique. Le C40 [4], fondé il y a 11 ans, regroupe plus 80 villes dans le monde engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il est actuellement présidé par le maire de Rio Janeiro Eduardo Paes et Paris pourrait prendre le prochain mandat en 2017, pour 3 ans, après l’annonce de la candidature d’Anne Hidalgo le 04 Avril dernier [5]. L’association vise à faciliter la communication et l’échange d’initiatives entre les maires, afin de permettre et d’accélérer la mise en oeuvre de solutions concrètes dans les zones urbaines. Au regard de ces objectifs, la nomination de Boston fait sens, comme le souligne Peter Shattuck, directeur du Massachusetts office of Acadia Center, Boston et le Massuchusetts ayant montré l’exemple en matière d’investissement dans les énergies vertes. L’état compte, en 2015, 12% de son énergie provenant de ressources renouvelables et 100 000 emplois générés dans ce secteur [6] (Rapport 2015 du Massachusetts Clean Energy Center). L’ensemble des leaders d’opinion se réjouissent donc de ces avancées issues de politiques publiques locales et de leurs impacts sur le rayonnement de la ville à l’international sur les questions environnementales : le président du Northeast Clean Energy Council, Peter Rothstein, soulignant, dans une interview au Boston Globe [7] le 7 juin dernier, que la région devrait ainsi attirer les plus grands industriels et chercheurs des cleantechs.

Boston attire les grands noms de l’énergie et de l’environnement.

Cette déclaration fait figure d’anticipation, face à l’annonce le 21 juin par un leader mondial des technologies vertes, Veolia, de relocaliser son siège social américain à Boston [8]. Quelques mois auparavant, General Electric prenait une décision identique et annonçait l’implantation de sa maison mère à Fort Point [9] . La ville attire ainsi deux des plus grands industriels de l’énergie et de l’environnement, tous deux ayant déclaré avoir sélectionné la ville pour son écosystème d’innovation. Selon Ian Bowles, directeur du Windsail Capital Group, cette capacité à attirer ces grandes marques, renforce également l’image verte de la ville et assoit sa position de leader en matière de construction d’une économie à faible production de carbone [10]. Qui plus est, ces installations représentent des opportunités d’échanges et de transferts de technologies entre les industriels et les centres de recherche de la grande région de Boston, mais également pour la création de startups.

L’incubateur national des cleantechs.

Sur le plan entrepreneurial, le Massachusetts n’a pas manqué d’investir afin de se doter des infrastructures nécessaires au développement d’initiatives privées. L’incubateur Greentownlabs [11] a ainsi bénéficié d’un financement, sous forme de prêts préférentiels par le Massachusett Clean Energy Center et la ville de Sommerville, de 2 millions de dollars dans le but de financer son projet d’extension de 11 millions de dollars, offrant une capacité d’accueil supplémentaire aux startups de près de 5 000 m2 [12]. Outre l’agrandissement physique, Greentownlab a également étendu son influence ces derniers mois en créant un véritable réseau national collaboratif dans les cleantechs. L’incubateur de Sommerville démontre ainsi la capacité d’innovation du Massachussetts et, prend la tête d’un partenariat regroupant des programmes de renom dans les technologies vertes sur l’ensemble du territoire américain, parmi lesquels Los Angeles Cleantech Incubator, Oregon Best, NYC ACRE et récemment ProspectSV [13].

Enfin, les grandes universités de la région suivent cet élan et s’engagent également dans des initiatives d’ampleur internationale dans le but de relever les défis soulevés par le changement climatique. Le 5 juillet ont été annoncés les 60 finalistes du concours Climate CoLab [14], une plateforme collaborative développée par le MIT Center for Collective Intelligence réalisant des appels à projets sur 14 thématiques dépendantes du climat telles que l’utilisation des terres agricoles, l’aviation, le traitement des déchets, l’immobilier… Les votes sont désormais ouverts au public jusqu’au 31 juillet pour sélectionner les lauréats. Ces derniers seront invités à faire une présentation à la Crowd&Climate conference [15] qui se tiendra les 28 et 29 Septembre 2016 à Cambridge, et un prix de 10 000 dollars sera remis au gagnant.


Rédacteur :
- Anne-Sophie Moroni, Attachée adjointe pour la Science et la Technologie, Boston, deputy-inno@ambascience-usa.org