Au MIT, le "crowdsourcing" au service du climat

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Dans la famille des anglicismes à la mode dans la sphère de l’innovation, le crowdsourcing (production participative ou externalisation ouverte) mérite une tentative de définition : d’après Wikipedia, exemple-même de crowdsourcing, c’est « l’utilisation de la créativité, de l’intelligence et du savoir-faire d’un grand nombre de personnes, en sous-traitance, pour réaliser certaines tâches traditionnellement effectuées par un employé ou un entrepreneur ».

Une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT), plus précisément du MIT Center for Collective Intelligence, a eu l’idée d’utiliser ce principe pour résoudre des problèmes sociétaux complexes : l’objectif du MIT Climate CoLab est d’exploiter l’intelligence collective de milliers de personnes du monde entier au service de la lutte contre le dérèglement climatique.

De la même manière que Linux sollicite des milliers de développeurs de logiciels pour aider à construire son système d’exploitation, et que Wikipédia permet à toute personne de modifier la plus grande encyclopédie du monde, la plateforme en ligne de résolution de problème développée par le MIT Climate CoLab compte une communauté croissante de 90 000 personnes de plus de 170 pays, constituant un large éventail de scientifiques, ingénieurs, décideurs, investisseurs et tout simplement de citoyens concernés, dont environ 300 experts du changement climatique et de domaines connexes. A l’aide de cette plate-forme ouverte à tous et transparente, l’équipe de Climate CoLab espère aider à construire des stratégies détaillées et efficaces pour atteindre les objectifs mondiaux.

Après une inscription simple sur la plateforme, tout membre est libre de soumettre des propositions, d’évaluer et de commenter les autres, combiner des propositions compatibles, trouver des collaborateurs ou demander à rejoindre une équipe, soutenir une idée, la partager, voter. Les membres peuvent également s’inspirer des idées déposées pour proposer des plans d’actions locaux, nationaux et mondiaux. En outre, il est possible d’utiliser certains outils sur la plate-forme et travailler avec une équipe spécialisée du MIT pour estimer l’impact d’une proposition sur les émissions de gaz à effet de serre.

Structurées en sept thématiques (Shifting attitudes and behavior ; Energy supply ; Carbon pricing ; Buildings ; Land Use : Agriculture, Forestry, Waste Management ; Adaptation ; Transportation), toutes les propositions sont examinées chaque année par des jurys composés d’experts internationaux, des prix sont décernés aux meilleures propositions et leurs auteurs invités au MIT pour les présenter à l’occasion de conférences. Cette année entre juin et septembre 2017, environ 300 propositions ont été déposées ; les meilleures d’entre elles auront la possibilité d’être améliorées et approfondies en fonction des remarques d’un premier jury, puis un jury final désignera les vainqueurs avec 10 000 dollars à la clé pour le grand gagnant.

« Nous croyons que cette approche collaborative à grande échelle pour la résolution de problèmes et l’engagement des parties prenantes est importante parce que le changement climatique est une question sociale complexe : elle nécessite plus d’expertise qu’une personne ou une organisation pourrait posséder seule », déclare le professeur Thomas Malone, directeur du MIT Center for Collective Intelligence et fondateur de Climate CoLab. Avant d’ajouter : « C’est pourquoi nous invitons chacun à rejoindre notre communauté internationale, car nous croyons qu’ensemble nous pouvons obtenir des résultats qu’il n’aurait pas été possible d’obtenir autrement ».

A noter par ailleurs qu’une équipe de recherche en profite pour étudier comment associer experts et grand public pour résoudre des problèmes sociétaux complexes. Il s’agit ainsi pour le MIT de contribuer à la recherche en sciences sociales : évaluation de l’engagement d’une communauté et de sa croissance, déploiement d’instruments d’enquête…

Appliqué à la thématique du dérèglement climatique, le MIT Climate Colab constitue un bel exemple d’utilisation du crowdsourcing pour résoudre des problèmes globaux, et s’inscrit dans la stratégie de globalisation de la prestigieuse université.
Ce type d’outil et de méthodologie pourrait sans doute être appliqué par différents types d’entités publiques ou privées, à l’échelle internationale, nationale ou locale, sur une multitude de projets de thématiques diverses.

Plus d’info ici : https://climatecolab.org/


Rédacteur :
- Jean-Benoit CARIOU - Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Boston - jean-benoit.cariou@ambascience-usa.org