Audition au Congrès : le GIEC "bashing" continue chez les Républicains

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Le Comité sur la Science, l’Espace et la Technologie de la Chambre des Représentants des Etats Unis a organisé une audition (hearing) sur les procédures du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) [1], auquel ont assisté de nombreux élus républicains, des attachés parlementaires et des membres d’ONG et de think tanks. Sans surprise, cette session a été l’occasion pour les élus républicains et les intervenants qu’ils avaient choisis (tous climato-sceptiques) de répéter leurs critiques à l’égard du GIEC, dans une atmosphère assez tendue avec les quelques représentants démocrates.


Montage photo : le Washington State Capitol inondé
Crédits : Mark Strauss/io9


Le Comité avait invité quatre experts pour discuter et examiner les méthodologies scientifiques et les procédures suivies par le GIEC, en amont de la publication du cinquième rapport du GIEC : Michael Oppenheimer, Professeur de géosciences à l’université de Princeton (seul témoin invité par les représentants démocrates), Richard Tol, économiste à l’université de Sussex, Daniel Botkin, Professeur d’écologie à l’université de Californie à Santa Barbara et Roger Pielke, Professeur spécialiste de l’atmosphère à l’université de Colorado State.

Dès l’allocution d’ouverture, Lamar Smith, député républicain du Texas et président du comité a estimé que les rapports du GIEC [2] et le nouveau rapport national sur le climat [3] sont des prétextes politiques pour justifier une législation ou des réglementations pour limiter les émissions carbonées. A l’inverse, la représentante de l’opposition (démocrate) Eddie Bernice Johnson, du Texas également, s’est inquiétée que l’objectif premier de l’organisation de cette audition soit de décrédibiliser le GIEC et d’entretenir le doute sur la validité des recherches sur le climat [4].

L’audition a principalement abordé les problèmes administratifs et méthodologiques concernant les rapports du GIEC. Sur l’aspect administratif, le comité et les professeurs Tol et Botkin ont avancé l’idée que les nominations des scientifiques qui participent au GIEC seraient influencées par des motivations politiques. Richard Tol a aussi noté que la façon d’assembler le rapport donne priorité à l’opinion de la majorité et rejette les opinions de la minorité. Certains républicains ont également regretté que la majorité des scientifiques du GIEC soient convaincus de la réalité du réchauffement climatique et de son origine anthropique et estimé que "cette croyance" influence leurs recherches ainsi que les résultats publiés dans ce report. D’autres élus républicains du comité ont dénoncé des problèmes méthodologiques. Selon Roger Pielke, les modèles utilisés ne sont pas assez précis et ont tendance à exagérer les effets potentiels du changement climatique. Il estime que d’autres modèles plus précis existent mais qu’ils sont écartés car ils ne donnent pas des résultats aussi "spectaculaires".

Les intervenants ont suggéré quelques changements aux procédures du GIEC pour améliorer la qualité et la précision de ses rapports, notamment d’ajouter plus d’explications, de reconnaître les problèmes avec les modèles pour que le public comprenne bien qu’il ne s’agit que d’estimations, de rendre "plus transparentes et moins politiques" les procédures des sélections des scientifiques du GIEC. Enfin, certains souhaiteraient la création d’un rapport alternatif qui montrerait le point vue de la minorité et un groupe indépendant et non-politique pour vérifier le rapport du GIEC.

Les représentants démocrates et Michael Oppenheimer ont essayé de contester ces commentaires en rappelant les faits et la réalité du fonctionnement actuel du GIEC, ainsi que les règles suivies, dans une atmosphère très tendue, en se faisant régulièrement et brusquement interrompre par les autres élus.

Alors que la Chambre des Représentants, qui est contrôlée par les républicains, s’intéresse rarement aux questions liées au climat, l’organisation de cette audition pour remettre en question le travail du GIEC, quelques jours avant l’annonce des standards d’émissions de CO2 par l’administration Obama [5], n’est guère surprenante. Rappelons tout de même qu’il existe un consensus parmi les scientifiques sur la réalité du réchauffement climatique et son origine anthropique (97% [6]) et que les procédures du GIEC ont fait l’objet de nombreuses discussions, d’une évaluation [7] et de réformes au cours des dernières années, mais ni son intégrité scientifique ni ses principaux résultats n’ont été remis en cause.

Sources :

[4] Son intervention est disponible sur : http://democrats.science.house.gov/sites/democrats.science.house.gov/files/documents/Ranking%20Member%20Johnson%20Opening%20Statement_2.pdf

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] Voir le site internet du comité : http://science.house.gov/hearing/full-committee-hearing-examining-un-intergovernmental-panel-climate-change-process
- [2] Voir les rapports sur le site du GIEC : http://www.ipcc.ch/
- [3] Voir notre article sur ce rapport : "Rapport sur les impacts du changement climatique aux Etats-Unis : "it’s happening now !"" - RAMSTEIN Céline - Bulletins Electroniques Etats-Unis - 09/05/2014 -
- http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/75831.htm
- [5] "Les Etats-Unis réglementent pour la première fois les émissions de CO2 des centrales électriques existantes" - Ramstein Céline - BE Etats-Unis 372 - 07/06/2014 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/76071.htm
- [6] Voir le rapport de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS) : "What we know" et le site internet dédié au rapport : http://whatweknow.aaas.org
- [7] Pour voir les résultats de ces travaux : http://reviewipcc.interacademycouncil.net/ReportNewsRelease.html
Code brève
ADIT : 76072

Rédacteurs :


- Olivia Kantor, stagiaire, stagiaire-envt@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….