Bulletin d’actualité Espace n°18-21

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Sécurité et Défense

Le président Trump annonce la création d’une Space Force
Breaking Defense, Defense One, Parabolic Arc, 18 juin 2018
Spacenews, 19 juin 2018

Le 18 juin, lors du discours d’ouverture de la troisième réunion du National Space Council, le président Trump a réaffirmé sa volonté de créer une « sixième armée, une Space Force, séparée mais égale à l’US Air Force  ». Il a signé un ordre exécutif demandant au Pentagone de prendre dès à présent les mesures nécessaires à sa mise en place. Le Président a commenté son initiative indiquant qu’« une présence américaine dans l’espace n’était pas suffisante et qu’une domination américaine était nécessaire dans l’espace, celle-ci étant contestée par la Chine et la Russie ».

Cette décision s’inscrit dans une double dynamique d’expansion du domaine spatial militaire lancée dans les années 80 et de la volonté du président Trump de redynamiser et réorganiser le domaine spatial militaire et civil, illustrée notamment par la restauration du National Space Council.

Alors que le contour de cette Space Force n’apparaît pas clairement, et que la coordination éventuelle avec les autres agences militaires impliquées dans le secteur spatial qui en découlerait serait, le cas échéant, à préciser, plusieurs hauts responsables au sein de la Défense avaient déjà dans le passé exprimé leur réserve sur le sujet : le général Hyten, commandant des forces stratégiques, annonçait le 20 mars dernier devant la commission des forces armées de la Chambre des représentants que « ce n’était pas encore le bon moment » ; au sein de l’Air Force, la secrétaire à l’Air Force Heather Wilson et le chef d’Etat-Major le Général David Goldfein avaient appelé à adopter une approche graduelle pour établir, à terme, une nouvelle entité indépendante.

Le Congrès apparaît partagé :

  • plusieurs membres de la Chambre se sont déjà montrés favorables à une réorganisation du DoD afin d’attribuer une importance organisationnelle au domaine spatial en phase avec les enjeux actuels ;
  • le Sénat s’est en revanche déjà prononcé contre l’initiative présidentielle. Le membre de la commission des forces armées du Sénat et premier membre de l’opposition de la commission pour le commerce, la science et les transports, Bill Nelson (démocrate, Floride), également ex-astronaute, a insisté sur l’inadaptation du moment choisi par l’Administration pour cette annonce et s’est fait l’écho sur twitter de plusieurs généraux, « qui ne veulent pas de cette nouvelle entité ».
    Si le président Trump s’est adressé directement au chef d’Etat-Major des Armées, le Général Joseph Dunford, pour lancer « immédiatement » le processus nécessaire à la mise en œuvre de cette initiative, un tel projet devra toutefois nécessairement recueillir l’aval, politique et budgétaire, du Congrès, le seul à même d’instituer une réorganisation de l’armée.

Articles connexes précédemment publiés :

Le Département de la Défense achève une étude sur les capacités satellitaires militaires
Space News, 28 juin 2018
Le Département de la Défense a achevé une étude de 18 mois visant à établir la manière la plus efficace d’acquérir une capacité satellitaire en matière de communications mondiales, de visio-conférence, de retransmission en directe par drone et de toute autre activité très consommatrice en bande passante. L’une des conclusions de l’étude serait d’étendre l’utilisation des satellites commerciaux de télécommunications. Un obstacle majeur à cette orientation : la non-compatibilité de la plupart des terminaux militaires avec la technologie des satellites de télécommunications modernes.
Article connexe précédemment publié : Bulletin d’actualité Espace n°18-15.

Le moteur RL10 d’Aeroject Rocketdyne incorporé dans un accord renégocié avec l’Air Force
Space News, 26 juin 2018
Aerojet Rocketdyne et l’armée de l’air américaine ont révisé le 25 juin 2018 un accord en vigueur datant de 2016 portant sur le développement du moteur AR1, afin d’inclure les travaux réalisés sur le moteur RL10C-X, une version améliorée du RL10 actuellement utilisée sur l’Atlas 5 et le Delta 4 d’ULA. Les termes financiers de l’accord n’ont pas été révélés.
A noter que la fabrication additive a été incorporée dans la conception de cette version du moteur.
Pour mémoire, cette décision intervient alors qu’Orbital ATK et ULA ont toutes deux récemment déclaré qu’elles utiliseraient le moteur RL10 pour leur nouveau lanceur, respectivement OmegA et Vulcan.
Article connexe précédemment publié : Bulletin d’actualité Espace n°18-15.

Surveillance de l’espace et gestion du trafic spatial

Audition conjointe sur la connaissance de l’environnement spatial
Space Policy Online, 22 juin 2018
Satellite Today, 25 juin 2018

Le 22 juin les sous-commissions des Forces stratégiques et de l’Espace de la Chambre ont organisé une audition conjointe (vidéo) intitulée « Space Situational Awareness : Whole of Government Perspectives on Roles and Responsibilities ».

Cette audition fut l’occasion pour le général John Hyten et l’administrateur de la NASA d’appeler à une prise de décision rapide pour ce qui concerne l’agence civile devant endosser la responsabilité du partage des données de Space Situational Awareness (SSA) avec les usagers non militaires. Pour mémoire, le Président Trump a promulgué la Space Policy Directive 3 le mois dernier, un texte qui attribue cette responsabilité au Département du Commerce. Jim Bridenstine, qui initialement était en faveur du Département des Transports, a indiqué avoir changé sa position et être aujourd’hui en accord avec la Maison Blanche. Le général Hyten a pour sa part indiqué que les deux agences civiles étaient compétentes et qu’il s’agissait d’une décision politique.
A l’inverse des membres républicains de la commission pour la Science, l’Espace et la Technologie, en accord avec la Maison Blanche sur le sujet, le représentant Ami Bera (démocrate, Californie), premier membre de l’opposition de la sous-commission Espace, a indiqué que cette décision devait incomber au Congrès, non à la Maison Blanche.
Les déclarations d’ouverture des représentants ainsi que les témoignages des personnalités auditionnées sont disponibles en ligne :

  • déclaration de Lamar Smith, président de la commission Science, espace et technologie ;
  • déclaration de Brian Babin, président de la sous-commission Espace.
  • Wilbur Ross, Secrétaire au Commerce (Département du Commerce) ;
  • Jim Bridenstine, Administrateur de la NASA ;
  • John Hyten, Général et Commandant de l’U.S. Strategic Command.

Article connexe précédemment publié : Bulletin d’actualité Espace n°18-20.

La commission Science de la Chambre approuve le projet de loi SAFE
Space News, 27 juin 2018
Parabolic Arc, 28 juin

La commission Science de la Chambre a approuvé le 27 juin 2018 le projet de loi H.R. 6226 SAFE (American Space Situational Awareness and Framework for Entity), qui fait largement écho à la Space Policy Directive 3 promulguée par le Président Donald Trump le 18 juin 2018, avec le transfert de certaines responsabilités en matière de gestion du trafic spatial et de connaissance de l’environnement spatial (Space Situational Awareness – SSA) dans le domaine civil, du Département de la Défense au Département du Commerce. Le projet demande la présentation d’ici six mois d’un plan de transition et prévoit l’octroi au Département du Commerce d’un budget de 20 M$ par an pour la gestion du trafic spatial entre 2019 et 2023. Le texte prévoit en outre que NASA mène un certain nombre d’activités de R&D en matière de gestion du trafic spatial et de connaissance de l’espace.
SAFE n’a toutefois pas fait l’unanimité, quelques démocrates à l’instar d’Eddie Johnson (Texas), estimant que le Département du Commerce ne disposait pas des infrastructures et de l’expertise suffisantes et que le texte traduisait essentiellement la volonté de la nouvelle administration de revenir sur les orientations fixées par la précédente, qui entrevoyait pour sa part un rôle central pour la Federal Aviation Administration (FAA).
La commission a rejeté par un vote de 13 voix pour et 17 voix contre, un amendement proposé par Eddie Johnson donnant le mandat aux académies nationales de mener une étude d’un an afin de déterminer l’acteur le plus à même de prendre en charge la gestion du trafic spatial civil.
Articles connexes précédemment publiés :

Lanceurs et Lancements

La Chambre approuve deux projets de loi en lien avec le transport spatial
Parabolic Arc, 28 juin
Le Chambre a approuvé le 28 juin 2018 les projets de loi adoptés en mars dernier par la commission Science, Espace et Technologie :

  • H.R. 5345 ALSTAR (American Leadership in Space Technology and Advanced Rocketry Act) ;
  • H.R. 5346 Commercial Space Support Act.

Le premier texte établit le centre Marshall de la NASA comme centre principal pour la propulsion des lanceurs, en particulier pour le développement des capacités de propulsion des lanceurs de prochaine génération.
Le second permet au bureau du transport commercial de la FAA, à partir de mars 2019, de délivrer des licences et des permis expérimentaux pour les véhicules de soutien spatial (space support vehicles), c’est-à-dire les avions qui sont utilisés comme partie intégrante d’un système de lancement (comme le WhiteKnightTwo de Virgin Galactic ou l’avion géant en cours de développement de Stratolaunch System) ou qui permettent la conduite d’activités de recherche ou d’entrainement.
Article connexe précédemment publié : Bulletin d’Actualité Espace n°18-09.

Une réforme des procédures d’octroi de licences de lancement trop précipitée ?
Spacenews, 26 juin 2018
L’audition qui s’est tenue le 26 juin devant la sous-commission Aviation de la Commission pour les Transports et les Infrastructures de la Chambre (vidéo et témoignages) a mis en lumière un certain nombre de préoccupations concernant le rythme de mise en œuvre des réformes en réponse à la Space Policy Directive (SPD) 2 promulguée par le Président Trump en mai dernier. Pour mémoire, la SPD 2 demande notamment à la Federal Aviation Administration (FAA) de revoir les règlementations en matière de licences de lancement et de rentrée atmosphériques d’ici février 2019.
Le premier représentant de l’opposition Rick Larsen (démocrate, Washington) a notamment souligné les implications en matière de sécurité qui pourraient résulter d’une rationalisation du cadre réglementaire de la FAA en seulement douze mois. Eleanor Holmes Norton (démocrate, D.C.) s’est quant à elle montrée sceptique sur la possibilité de finaliser ces révisions sur une période de temps si courte.
Si des représentants de l’industrie, à l’instar de SpaceX, ont confirmé la nécessité de ces réformes, ils ont rejoint les parlementaires sur certains aspects en lien avec la sécurité. ULA a indiqué craindre par ailleurs que le calendrier ne limite la possibilité de collaborations supplémentaires entre les autorités fédérales et l’industrie d’ici la finalisation des nouvelles réglementations.
Note connexe précédemment publiée : La Space Policy Directive 2 : soutenir l’économie spatiale américaine.

Spacefligt entend voler avec Virgin Orbit en 2019
Via Satellite, Space News, 25 juin 2018
Spaceflight et Virgin Orbit ont signé un protocole d’entente pour un lancement dédié en orbite basse en 2019 à l’aide du lanceur aéroporté bi-étage, LauncherOne.
Pour mémoire, LauncherOne, une fois lâché à environ 11 km d’altitude par l’avion porteur Cosmic Girl de Virgin Orbit, est conçu pour être en mesure de placer des charges utiles de 300 à 500 kg en orbite basse. Le lanceur est toujours en cours de qualification.
Articles connexes précédemment publiés :

Nouveau report du lancement d’Electron de Rocket Lab
Space News, 27 juin 2018
Le troisième lancement d’Electron de Rocket Lab (mission dénommée It’s Business Time), prévu le 26 juin 2018, a été reporté en raison d’une anomalie détectée dans le système de contrôle des moteurs du lanceur analogue à celle qui avait causé un report en avril dernier. La société n’a pas donné d’informations détaillées sur le problème et n’a pas précisé la nouvelle date de lancement envisagée.
Article connexe précédemment publié : Bulletin d’actualité Espace n°18-17.

Le moteur RL10 d’Aeroject Rocketdyne incorporé dans un accord renégocié avec l’Air Force
Cf. Sécurité et Défense

Observation de la Terre

Accord entre Planet et Airbus Defense and Space
Parabolic Arc, Space News, 25 juin 2018
Via Satellite, 27 juin 2018

Planet et Airbus Defense and Space ont signé un accord portant sur la fourniture d’une gamme étendue, tant au niveau de la résolution spatiale que de la répétitivité des prises de vues, de produits géospatiaux et sur le développement conjoint de nouveaux services basés sur la combinaison des données fournies par les deux parties.
Airbus Defence and Space apportera des capacités haute résolution avec ses satellites Pléïade (50 centimètres de résolution) et Spot (1,5 mètre de résolution), ainsi que des capacités radar avec TerraSAR-X, TanDEM-X et le satellite Paz.
Planet apportera quant à elle une couverture mondiale à fréquence de rafraichissement très élevée avec sa constellation de 130 cubesats Dove (3 à 5 mètres de résolution), de ses 5 satellites RapidEye (5 mètres de résolution) et de ses 13 satellites SkySats (90 centimètres de résolution).
Articles connexes précédemment publiés :

Télécommunications

Partage de la bande C : la FCC propose un plan en quatre étapes
Space News, 26 juin 2018
Satnews Daily, 27 juin 2018

La Federal Communications Commission (FCC) a publié le 21 juin 2018 une proposition de plan de partage de la bande C intitulée Expanding Flexible Use of the 3.7 to 4.2 GHz Band (92 pages).
Cette proposition, qui reprend en partie les recommandations développées par Intelsat et SES plus tôt dans l’année (notamment celle d’établir un cadre technique et commercial qui permette aux opérateurs sans fil d’accéder à une portion de largeur 100 MGhz de la bande C), présente un plan en quatre étapes :
1. décider la mise en place ou non du Transition Facilitator, un consortium industriel devant engager des négociations avec les opérateurs mobiles sur un partage de la bande C ;
2. le cas échéant, mettre en place une période de négociations entre le Transition Facilitator et les entités demandant un accès à la bande C (cette phase de négociations comprendrait également divers plans de mises aux enchères de la bande C) ;
3. une fois un plan de transition approuvé, commencer le processus d’acceptation des demandes de licences terrestres en bande C ;
4. octroyer les licences.
Ce plan doit faire l’objet d’un vote au sein de la commission le 12 juillet prochain.
Par ailleurs, la FCC a accordé le délai supplémentaire de 90 jours demandé par Intelsat et SES pour l’enregistrement des paraboles de leurs clients auprès de la commission, tout en permettant l’enregistrement simultané de plusieurs paraboles afin de réduire les coûts du processus d’enregistrement (435 $ par unité), seulement 4700 paraboles ayant été déclarées à ce stade.
La FCC invite également les propriétaires des paraboles enregistrées à lui fournir des informations complémentaires telles que les satellites vers lesquels elles sont orientées ou la fréquence sur laquelle elles sont positionnées, etc.
Articles connexes précédemment publiés :

Quel avenir pour la constellation de télécommunications de Boeing ?
Space News, 27 juin 2018
Boeing a indiqué que le développement de projet de constellation en orbite basse comprenant entre 1 396 et 2 956 satellites de télécommunications, pour laquelle elle a déposé auprès de la Federal Communications Commission une demande de licence d’exploitation, n’avait pas réellement démarré. D’aucuns estiment que cette position pourrait traduire l’intention de l’entreprise de mener à bien l’ensemble des démarches administratives et réglementaires afin de susciter l’intérêt de clients potentiels pour l’achat de la constellation.
Article connexe précédemment publié : Bulletin d’actualité Espace n°17-06.

Exploration et Sciences de l’Univers

Nouveau retard pour le télescope spatial James Webb
Space Policy Online, Space News, Parabolic Arc, Spaceflight Insider, Spaceflight Now, 27 juin 2018
Satnews Daily, 28 juin 2018

La NASA a annoncé le 27 juin 2018 un nouveau report de lancement pour le télescope spatial James Webb (James Webb Space Telescope – JWST), la date désormais envisagée étant le 30 mars 2021. Pour mémoire, la NASA avait annoncé en mars dernier un report du lancement de mai 2019 à mai 2020.
Cette annonce fait suite à la publication d’un rapport, rédigé par une commission indépendante d’évaluation du programme (IRB) mandatée par l’agence.
La NASA estime que les coûts de développement s’élèveront à 8,8 Md$ soit 800 M$ de plus que le plafond maximum autorisé par le Congrès. Un vote du Congrès pour l’octroi de ce budget supplémentaire sera donc nécessaire.
La commission Science, Espace et Technologie de la Chambre devrait organiser une audition sur le programme courant juillet, avec la participation de Jim Bridenstine (administrateur de la NASA), Tom Young (président de l’IRB) et de Wes Bush (Northrop Gruman).
Jim Bridenstine est intervenu pour réitérer son soutien au programme (vidéo).
Article connexe précédemment publié : Bulletin d’actualité Espace n°18-18.

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Ambassade de France aux États-Unis d’Amérique
Service spatial – Bureau du CNES