Bulletin d’actualité Espace n°20-03

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Personalia

William Gerstenmaier, l’ex-Administrateur Associé de la NASA en charge de l’Exploration Humaine, rejoint SpaceX
Ars Technica, Parabolic Arc, 11 février 2020
L’ancien Administrateur Associé de la NASA pour l’Exploration Humaine Bill Gerstenmaier a passé 14 ans à la tête de cette direction stratégique et a travaillé 42 ans pour l’agence spatiale américaine. Il a notamment géré les programmes de la Navette Spatiale, de la Station Spatiale Internationale, le Commercial Crew Program et l’exploration habitée. Il dispose d’une forte notoriété dans la communauté spatiale américaine et internationale : son départ précipité l’année dernière avait suscité de l’émoi.
L’arrivée de Gerstenmaier chez SpaceX tombe à point nommé dans le contexte du lancement dans les prochains mois de la première mission habitée de la capsule Crew Dragon vers la Station Spatiale Internationale. D’aucuns estiment que la nouvelle recrue de SpaceX va considérablement renforcer la confiance accordée au programme d’exploration habité de l’entreprise, et en particulier envers le projet Starship destiné à emporter des humains vers la Lune et Mars.
Article connexe publié précédemment : Bulletin d’actualité Espace n°20-01.

Budgets

35 Md$ pour Artemis et requête budgétaire historique de 25,2 Md$ pour la NASA en 2021
Ars Technica, 10 février 2020
L’Administrateur Associé de la NASA en charge de l’exploration humaine, Doug Loverro, a dévoilé le surcoût total du programme d’exploration habitée de la Lune Artemis, visant un retour des astronautes américains sur la surface lunaire en 2024. Ce surcoût est estimé à 35 Md$ en sus des budgets annuels de la NASA dédiés à l’exploration de l’ordre de 6 Md$ (sur un budget total annuel de la NASA de l’ordre de 23 Md$). Ce montant était attendu de longue date par le Congrès comme un élément majeur dans son analyse budgétaire.
Dans le même temps, l’Administration Trump a transmis au Congrès sa requête budgétaire présidentielle pour l’exercice fiscal 2021, avec notamment un budget conséquent de 25,2 Md$ pour la NASA. Cette hausse budgétaire de 12 % par rapport au budget 2020 de la NASA de 22,6 Md$ est principalement liée au développement des alunisseurs habités d’Artemis, avec un montant de 3,37 Md$ rien que pour l’exercice 2021. A contre-courant de la loi d’autorisation présentée par la Chambre des Représentants récemment restreignant l’implication du secteur privé dans Artemis, la requête budgétaire présidentielle prévoit une forte participation des acteurs privés avec notamment le développement de l’alunisseur (HLS) en partenariat public-privé et son lancement via des lanceurs commerciaux.
Comme pour les années précédentes, la requête budgétaire de la NASA ne prévoit pas de budgets pour certains programmes scientifiques comme PACE et CLARREO Pathfinder au profit d’une priorisation du programme Artemis, le Congrès ayant toutefois systématiquement financé ces programmes scientifiques dans les lois d’appropriations finales. La Présidente de la commission Science, Espace et Technologie de la Chambre, Eddie Bernice Johnson (démocrate – Texas), a en outre fait part de sa déception et inquiétude face à une requête budgétaire prévoyant des coupes importantes dans des programme scientifiques et technologiques : « Though there are bright spots, overall this proposal damages vital parts of our nation’s federal science and technology enterprise that drive our economy, keep our nation competitive, and protect our environment. I am confident that Congress will reject these ill-advised cuts when we consider this budget request in our authorizations and appropriations processes ».
La requête budgétaire de la NASA réitère également comme pour les années précédentes sa demande de pouvoir lancer la sonde d’exploration Europa Clipper à bord d’un lanceur commercial (Delta IV Heavy ou Falcon Heavy) plutôt qu’un SLS coûteux, arguant pouvoir ainsi réaliser une économie de l’ordre de 1,5 Md$.
Du reste, la requête budgétaire de la NASA prévoit :

  • 8 761 M$ pour l’Exploration (+ 45 %) dont ;
    • 1 400 M$ pour Orion ;
    • 2 257 M$ pour SLS ;
    • 740 M$ pour la Gateway Lunaire ;
    • 3 370 M$ pour l’alunisseur Artemis ;
  • 6 307 M$ pour la Science (- 11,7 %) dont ;
    • 1 768 M$ pour les Sciences de la Terre ;
    • 2 660 M$ pour les Sciences Planétaires ;
    • 414 M$ pour le James Webb Space Telescope ;
    • 831 M$ pour l’Astrophysique ;
    • 633 M$ pour l’Heliophysique ;
  • 1 578 M$ pour les Technologies Spatiales (+ 43 %) ;
    • Dont 100 M$ pour la propulsion spatiale nucléaire ;
  • 4 187 M$ pour les Opérations Spatiales/ISS (+ 1 %) ;
    • Dont 150 M$ pour le développement commercial de l’orbite basse ;
  • 820 M$ pour l’Aéronautique (+ 0 %) ;
  • 0 M$ pour l’Engagement Educatif ;
  • 3 009 M$ pour la Sûreté et Sécurité des Missions ;
  • 539 M$ pour la Construction et Mise aux Normes Environnementales ;
  • 44 M$ pour le bureau de l’Inspecteur Général.

Le bureau du CNES de Washington publiera prochainement une analyse détaillée de la requête budgétaire 2021 de la NASA.

15,4 Md$ pour l’U.S. Space Force dans la requête présidentielle 2021
Space News, 7 février 2020
Ce budget de 15,4 Md$ (à mettre en relief avec les 740,5 Md$ demandés pour la totalité de la défense nationale américaine en 2021) serait dédié aux programmes de l’US Space Force (USSF) mais ne couvrirait pas ses frais de personnel (environ 800 M$) qui resteraient gérés par l’US Air Force (USAF). Cela inclut donc :

  • 10,3 Md$ pour la RDT&E (Recherche, Développement, Test et Evaluation) des systèmes d’arme (+ 0,5 Md$ par rapport au budget 2020) comprenant :
    • 2,3 Md$ pour le programme de système satellitaire de détection de missiles hypersoniques Next-Generation Overhead Persistent Infrared (Next-Gen OPIR) en remplacement du Space Based Infrared System (SBIRS) (+ 0,9 Md$ par rapport au budget 2020). Ce programme inclut 160 M$ pour le Wide Field of View, un satellite géosynchrone d’une tonne que l’USAF devrait lancer en 2020 pour améliorer la détection de missiles depuis l’espace ;
    • 1,1 Md$ pour le système GPS : développement de satellites GPS 3 Follow-on (GPS 3F) supplémentaires, amélioration du système de contrôle opérationnel GPS et intégration de nouvelles balises GPS ;
    • 0,789 M$ pour les satellites de communications couvrant les opérations du satellite Advanced Extremely High Frequency-6 (AEHF-6) dont le lancement est prévu en 2020, la mise sur pied d’une nouvelle famille de satellites de communications tactiques et sécurisées, le développement d’un nouveau Wideband Global Satcom (WGS-11), le programme d’extension de vie de deux satellites à bande étroite Multi User Objective System (MUOS) opérés par l’U.S. Navy ;
    • 0,561 Md$ pour financer le programme de développement de fusées (Launch Service Agreement) ;
  • 2,6 Md$ pour la maintenance et les opérations spatiales (+ 0,3 Md$ par rapport au budget 2020) ;
  • 2,4 Md$ pour l’acquisition des satellites et les services de lancements (même montant que celui de la loi d’appropriations du Congrès en 2020) comprenant :
    • 1,05 Md$ pour trois lancements de sécurité nationale (contre 1,2 Md$ en 2020 pour quatre lancements) ;
    • 0,628 Md$ pour l’acquisition de deux satellites GPS 3 Follow-on (GPS 3F) (+ 0,233 Md$ par rapport au budget 2020) ;
  • Environ 0,1 Md$ pour des services liés à des satellites de combat et des opérations spatiales.

La mise en place de l’USSF devrait s’étaler jusqu’en 2025. Ses effectifs comptent aujourd’hui environ 16 000 aviateurs issus de l’Air Force Space Command dissout le 20 décembre dernier pour devenir l’USSF comme service indépendant du Department of the Air Force. Environ 6 000 aviateurs supplémentaires devraient rejoindre l’USSF en 2020.

Pour le Général John Hyten, Vice Chairman of the Joint Chief of Staff et fervent défenseur de l’USSF, un service indépendant pour l’espace devrait résoudre deux problèmes majeurs :

  • Le peu d’attention et de financement supposé de l’USAF pour les problématiques spatiales ;
  • Le manque de transparence sur l’utilisation des fonds dédiés aux questions de sécurité nationale dans l’espace, rattachés au budget de l’USAF mais dilué dans les agences de renseignement telles que le National Reconnaissance Office (NRO). Selon le Général Hyten : « A significant portion of space budget is not in a place where you can see it […] That’s a problem, explaining that to the American people and a problem for Congress to understand the full expenditures and explain that to their constituents. We have to move some of that stuff out and be able to explain it » (à noter qu’environ 20% des 207 Md$ requis par l’USAF pour 2021 ont une allocation opaque). En réponse, la Secrétaire à l’Air Force, Barbara Barrett, a annoncé réfléchir à placer ces budgets dans le portefeuille de l’USSF.

Enfin, il est à noter que dans son budget de construction militaire pour 2021, l’USAF a requis :

  • 88 M$ pour moderniser un centre des opérations spatiales à Schriever Air Force Base (Colorado) ;
  • 20 M$ pour commencer la construction d’un centre de contrôle de l’espace pour l’Air National Guard à Andersen Air Force Base (Guam).

Article connexe publié précédemment : Bulletin d’actualités Espace n°20-02.

233 M$ pour deux futures missions d’exploration martienne dans la requête budgétaire 2021 de la NASA
Cf. Mars

Sécurité et Défense

15,4 Md$ pour l’U.S. Space Force dans la requête présidentielle 2021
Cf. Budgets

La « guerre des étoiles » du DoD aura-t-elle des allures de bataille navale ?
Space News, 6 février 2020
L’établissement officiel de l’U.S. Space Force (USSF) comme branche militaire indépendante a rendu caduque la stratégie spatiale de l’administration Obama rédigée en 2011. Le Pentagone travaille donc sur une nouvelle organisation spatiale qui devrait être inspirée de la stratégie de défense nationale de l’administration Trump publiée en 2018. Ce nouveau plan est en cours de consolidation avec trois objectifs :

  • Maintenir la supériorité spatiale américaine ;
  • Fournir un soutien aux forces américaines et à leurs alliées depuis l’espace ;
  • Assurer une stabilité dans l’espace.

Pour défendre ses objectifs, le Department of Defense (DoD) a relevé les fortes similitudes entre l’espace et la haute mer considérés comme des domaines critiques pour le commerce, l’économie et la diplomatie, ainsi que des canaux de puissance, de prospérité et de prestige nationaux. Pour ces raisons, le DoD considère que défendre l’accès américain à l’espace et sa gestion doivent s’inspirer de la façon dont l’U.S. Navy assure la sécurité en mer en permettant le commerce maritime international et la navigation sûre dans les eaux internationales.

Le satellite de navigation militaire (NTS-3) passe avec succès la revue préliminaire de conception
Space News, 5 février 2020
Le Navigation Technology Satellite-3 (NTS-3) est un satellite expérimental de petite taille développé par L3Harris au profit de l’U.S. Air force (USAF) destiné à des missions de navigation depuis l’orbite géostationnaire (contrat de 84 M$ octroyé en 2018). L’objectif est d’augmenter la résilience des capacités PNT (Position, Navigation, Timing) militaires en s’appuyant sur une couche de petits satellites en GEO en complément de la constellation GPS orbitant en MEO. Produit à Melbourne (Floride) et s’appuyant sur une plateforme ESPAStar de Northrop Grumman, l’USAF a posé des options pour l’achat de neuf satellites.
Pour mémoire, en 2018, l’USAF a également attribué à Lockheed Martin un contrat pour la fourniture de 22 satellites GPS 3F.
NTS-3, reconnu en novembre dernier comme programme précurseur par l’Air Force Research Laboratory, devrait être lancé en 2022.
Article connexe publié précédemment : Bulletin d’actualités Espace n°19-11.

Lancements

Succès du lancement de la sonde européenne Solar Orbiter
Space News, 10 février 2020
Dimanche 9 février, ULA a lancé avec succès depuis Cap Canaveral un Atlas V avec à son bord la sonde Solar Orbiter dédiée à l’étude du Soleil. La sonde de 1 800 kg construite par Airbus Defense & Space pour le compte de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) emporte 10 instruments dont 6 ayant bénéficié de l’expertise scientifique de la France. Pour sa part, la NASA a contribué à plusieurs instruments et a fourni « Heliophysics Imager » ainsi que le service de lancement. Le coût total de la mission s’élève à 1,5 Md$.
La communauté scientifique entend mettre à profit Solar Orbiter pour répondre à des questionnements fondamentaux au sujet du Soleil, tels que les propriétés de son champ magnétique, la formation des vents solaires et l’impact des éruptions solaires sur la météorologie spatiale interplanétaire. Ce qui différencie Solar Orbiter des autres sondes d’héliophysique est sa capacité à mener des observations des pôles du Soleil en engageant une série d’assistances gravitationnelles auprès de Vénus pour accroitre l’inclinaison de son orbite héliocentrique. Le seul autre engin spatial ayant pu observer les pôles du Soleil était la sonde ESA/NASA Ulysse lancée en 1990, mais sans toutefois disposer d’instruments optiques.
La sonde Solar Orbiter a été conçue pour une durée de vie minimale de 10 ans, période au cours de laquelle elle coordonnera ses observations avec la sonde américaine Parker Solar Probe lancée récemment.

SpaceX met en orbite le cinquième lot de 60 satellites de sa constellation Starlink
Space News, 17 février 2020
A peine 20 jours après son dernier lancement dédié à sa constellation Starlink, SpaceX a mis avec succès en orbite 60 nouveaux satellites lundi 17 février : déployés à 227 km d’altitude, ils utiliseront leur propulsion électrique pour atteindre leur orbite finale de 550 km d’altitude. Il s’agit déjà du troisième lot de satellites pour la constellation Starlink mis en orbite en 2020.
A noter que le premier étage du Falcon 9, déjà utilisé trois fois et après avoir battu le délai de réutilisation (52 jours), s’est abîmé dans l’Océan Atlantique alors qu’il devait atterrir sur une barge en mer.
Article connexe publié précédemment : Bulletin d’actualité Espace n°20-01.

Une pause prévue dans les lancement de OneWeb ?
Space News, Space.com, 6 février 2020
Samedi 8 février, Arianespace a lancé avec succès depuis le pas de tir de Baïkonour un lanceur Soyouz avec à son bord 34 satellites OneWeb, le premier d’une longue série visant à placer 648 satellites de la société en orbite basse (588 satellites requis pour une couverture et 60 de plus pour assurer une redondance).
Toutefois, plutôt que de lancer une trentaine de satellites par mois, comme initialement envisagé, OneWeb aurait décidé de suspendre sa campagne de lancements après le deuxième tir prévu en mars, afin notamment de se laisser le temps de modifier un des éléments du satellite. Adrian Steckel, le directeur général de OneWeb a indiqué que cette pause prévue en avril, ainsi qu’une autre après le lancement de juin, ne devraient pas retarder la mise en service de la constellation prévue en 2021. Pour déployer les 588 satellites, OneWeb prévoit encore 18 lancements Soyouz et un lancement d’Ariane 6 (vol inaugural du nouveau lanceur lourd européen prévu fin 2020). .
Pour mémoire, OneWeb prévoit à terme de déployer une constellation de 1 980 satellites.

Lancements à venir

Date MissionClientOrbiteLanceurEntrepriseSite
25 février ARCE 1A, B et C, Prometheus 2.5, SOARS University of South Florida, Los Alamos National Laboratory, Tiger Innovations LEO Astra Rocket Astra Space Kodiak Launch Complex (Alaska)
1er mars Dragon CRS-20, Bartolomeo (CEPHFISS), iSIM SpaceX, ESA, (AD) ISS Falcon 9 v1.2 SpaceX Cap Canaveral (Floride)
4 mars Starlink (x60) SpaceX LEO Falcon 9 v1.2 SpaceX Cap Canaveral (Floride)

Lanceurs

Le marché du lancement de petites charges utiles secondaires en évolution
Space News, 6 février 2020
SpaceX a annoncé avoir mis à jour son site internet dédié aux lancements de petites charges utiles secondaires en compagnon de vol à bord des Falcon 9 (« rideshare »), avec notamment :

  • Un système de réservation en ligne permettant aux clients de voir tous les lancements disponibles pour une orbite spécifique ;
  • De sélectionner une opportunité de lancement et de commander des services additionnels (comme les assurances par exemple).

SpaceX a en outre annoncé un prix très compétitif de 1 M$ pour une charge utile secondaire de 200 kg.
L’initiative de SpaceX s’inscrit dans un mouvement plus large des fournisseurs de services de lancements lourds visant à fournir des services de « rideshare » pour les petits satellites. Arianespace prévoit par exemple que le lancement de reprise du lanceur Vega prévu en mars sera un vol partagé dédié aux petits satellites, avec jusqu’à 44 unités à bord.
A l’instar de SpaceX et Arianespace, la société GK Launch Services, qui commercialise les lancements russes Soyouz, a indiqué que le premier lancement intégralement commercial du lanceur Soyouz-2, prévu pour l’automne depuis Baïkonour, emportera à son bord 10 petits satellites et au moins 30 microsatellites.
Ces initiatives commerciales en provenance des acteurs traditionnels génèrent de la concurrence pour les entreprises du « New Space » développant des lanceurs légers dédiés aux petits satellites, comme le font Firefly Aerospace ou Virgin Orbit. Ces entreprises estiment que la flexibilité et les services « à la carte » (orbite, date, destination, etc.) proposés leur permettront de se distinguer, tout comme « Uber » se différencie des transports en commun.

La discrète entreprise Astra dévoile ses ambitions pour des lancements fréquents à bas coût
Space News, 8 février 2020
L’entreprise Astra, basée à Alameda en Californie, conçoit un lanceur léger capable de placer jusqu’à 200 kg de charge utile en orbite basse. La société prévoit à terme d’effectuer des centaines de lancements par an pour un prix au lancement envisagé de 1 M$. D’aucuns estiment toutefois que ce type de cadence de tir et de prix serait hors d’atteinte.
Astra a effectué deux vols d’essais suborbitaux en 2018, considérés comme des échecs par la FAA. L’entreprise prévoit de procéder à son premier lancement orbital au plus tôt le 21 février depuis le Pacific Spaceport Complex en Alaska (cf. supra).
A noter que la société Astra est l’entreprise finaliste de la compétition DARPA Launch Challenge menée par l’agence de recherche militaire américaine, les sociétés Vector et Virgin Orbit ayant abandonné la compétition. Il semblerait que le premier lancement orbital du 21 février s’inscrive dans le cadre de cette compétition, la société ayant demandé des licences de lancement pour le port spatial de Wallops à partir du 1er mars.
Le DARPA Launch Challenge récompense à hauteur de 10 M$ la première entreprise privée américaine capable de placer des charges utiles sur des orbites spécifiques, depuis deux pas de tir différents, à seulement quelques semaines d’intervalle.
A noter également que Fred Kennedy, l’ancien directeur de la DARPA, travaille désormais chez Astra.

Spaceflight Industries se sépare de sa division dédiée au lancement de satellites en « rideshare »
Parabolic Arc, 12 février 2020
Dans le cadre d’une entente finale d’achat d’actions avec le japonais Mitsui & Co. en partenariat avec Yamasa, Spaceflight Industries se sépare de sa division Spaceflight Inc. dédiée à la planification de lancements de satellites en « rideshare ». Cette opération de fusion-acquisition doit être approuvée par la commission sur les investissements étrangers des Etats-Unis (CFIUS) en charge de l’évaluation des impacts sécuritaires des investissements directs étrangers dans l’économie américaine, un processus qui devrait prendre plusieurs mois. A l’issue de cette approbation, la division Spaceflight Inc. continuera à opérer en tant qu’entité indépendante américaine avec une participation conjointe 50/50 par Mitsui & Co. et Yamasa.
Le siège de Spaceflight sera maintenu à Seattle et l’actuel directeur général, également maintenu, rapportera à un nouveau Conseil d’Administration composé à majorité par des citoyens américains.
L’entreprise mère Spaceflight Industries Inc. entend profiter de cette fusion-acquisition pour accélérer le déploiement de son programme de renseignement géospatial BlackSky. La société dispose d’ores et déjà de quatre satellites d’observation en orbite et prévoit d’en déployer huit supplémentaires cette année, dont quatre lancés à bord du nouveau lanceur indien SSLV.

Station Spatiale Internationale et Vol Habité en Orbite Basse

Des failles dans le processus de développement du logiciel du Starliner
Space News, 7 février 2020
Deux problèmes majeurs ont été relevés par l’équipe d’enquêteurs indépendants mandatée le 7 janvier 2020 par la NASA et Boeing pour expliquer l’échec de l’arrimage du CST-100 Starliner lors de son vol d’essai (OFT) le 20 décembre 2019 :

  • Un décalage de l’horloge bord ayant empêché le Starliner d’allumer ses propulseurs au moment programmé. Le vaisseau a ainsi consommé plus de carburant que prévu, ne lui permettant pas d’atteindre la Station Spatiale Internationale avec les marges de sécurité suffisante ;
  • Une erreur de configuration de vanne des propulseurs dans le module de service du véhicule qui aurait pu propulser ce module dans le module d’équipage après sa séparation juste avant sa rentrée atmosphérique. L’erreur de programmation a été détectée en investiguant le décalage de l’horloge et corrigée avant la manœuvre (« disposal burn »).

La NASA a pointé ces défaillances dans le processus de développement logiciel de Boeing, s’inquiétant d’un dysfonctionnement majeur dans ces procédures. En réponse, Boeing a proposé de revoir l’intégralité des logiciels développés pour le Starliner (un total d’un million de lignes de code) sans préciser la durée nécessaire pour cette investigation. La NASA a d’ores et déjà demandé à ce que celles-ci soient terminées à la fin du mois de février.
A noter que la décision d’effectuer un deuxième essai sans équipage du CST-100 Starliner n’a pas encore été tranchée. Dans le même temps, SpaceX a annoncé un test possible avec équipage de son Crew Dragon au mois de mai.
Article connexe publié précédemment : Bulletin d’actualités Espace n°20-02.

Le vaisseau Crew Dragon de SpaceX paré au départ
Ars Technica, 11 février 2020
La capsule habitée de SpaceX devrait être livrée au Kennedy Space Center avant la fin du mois pour un lancement vers la Station Spatiale Internationale pouvant avoir lieu entre la deuxième moitié du mois d’avril et le mois de juin (la NASA viserait le 7 mai). Plusieurs éléments doivent être finalisés avant de pouvoir envoyer les astronautes Doug Hurley et Bob Behnken à bord de la Station pour un séjour d’une semaine à plusieurs mois, notamment :

  • Valider les données issues du test d’interruption en vol de janvier ;
  • Remplir les documents administratifs pour la mission vers la Station ;
  • Apporter des modifications mineures à certains sous-systèmes ;
  • Mener deux tests de nouveaux parachutes dans les prochaines semaines ;
  • Possiblement entraîner davantage les deux astronautes pour des tâches extravéhiculaires en fonction de la durée de leur mission.

A ce stade, il est fort probable que SpaceX devienne la première entreprise privée américaine à emporter des astronautes sur la Station Spatiale Internationale et la première entité américaine à le faire depuis l’arrêt de la Navette Spatiale en 2011.

Maintenance Satellitaire en Orbite

Aurora Propulsion Technologies testera une technologie de désorbitation sur une mission Vigoride de Momentus Space
Space News, 5 février 2020
Au préalable, la start-up finlandaise enverra un cubesat 1,5U en orbite à bord d’une Falcon 9 pour tester en décembre 2020 :

  • Le résistojet (propulseur à eau) assurant le contrôle d’altitude et d’attitude ;
  • Le Plasma Brake Module, emportant un câble de 500 m de longueur « plus fin qu’un cheveu » qui serait capable de créer un frottement avec le plasma en haute atmosphère, suffisant pour désorbiter des satellites de 1 000 kg sur des orbites inférieures à 1 000 km d’altitude.

Une fois que le Plasma Brake Module aura été testé avec succès, Momentus se dit prêt à en équiper ses remorqueurs Vigoride pour le proposer comme outil de désorbitation à ses clients.
Pour rappel, des technologies similaires auraient dû être testées au cours de deux missions de l’Institut Météorologique Finnois mais le câble ne s’est déployé correctement sur aucune de ces missions.

Télécommunications

5G : La FCC prévoit de redistribuer jusqu’à 14,7 Md$ aux opérateurs de satellites
Space News, 6 [1] et 7 [2] février 2020
La FCC compte procéder à une mise aux enchères publique de 280 MHz de fréquences en bande-C le 8 décembre 2020, dans le but de favoriser un déploiement rapide des technologies 5G. L’agence de régulation des télécommunications américaine a annoncé qu’une partie des recettes de la mise aux enchères sera redistribuée entre les opérateurs de satellites fournissant des services dans cette bande de fréquence (principalement Intelsat et SES). La FCC prévoit qu’un montant maximal pouvant atteindre 14,7 Md$ pourrait être redistribué aux opérateurs, dont entre 3 et 5 Md$ pour la construction de nouveaux satellites. La FCC a indiqué une vente en deux temps : libération de 100 MHz d’ici septembre 2021 et des 180 MHz restants d’ici septembre 2023. L’agence estime en outre que, sans ces incitations financières, la libération des fréquences n’aurait pas lieu avant septembre 2025.
L’annonce de la FCC a été bien reçue par les opérateurs de satellites de télécommunications, en particulier Intelsat qui se trouve en situation financière précaire avec un endettement important de l’ordre de 14,7 Md$.
A noter que le Congrès est en cours d’évaluation de deux projets de loi impactant potentiellement le déroulement des enchères de la FCC :

  • La Chambre a proposé le texte « Spectrum Management and Reallocation for Taxpayers Act » (SMART Act), lequel prévoit des incitations financières plafonnée à 6 Md$. Plusieurs représentants de la Chambre ont ainsi critiqué le plan de la FCC, estimant que les montants des incitations étaient trop élevés et que le Congrès devait en premier lieu légiférer sur le sujet ;
  • Le Sénat a proposé le texte « The 5G Spectrum Act of 2019 », lequel ne prévoit pas de plafonnement des incitations financières mais propose qu’au moins la moitié des recettes des enchères soit versée au Trésor américain. Les sénateurs républicains ont accueilli positivement l’annonce de la FCC.

SpaceX prévoirait de vendre sa méga-constellation Starlink
Via Satellite, Parabolic Arc, 6 février 2020
Dans le cadre d’une conférence d’investisseurs organisée par JP Morgan Chase, la Présidente et COO de SpaceX, Gwynne Shotwell, a indiqué que son entreprise pourrait se séparer de ses activités dans le domaine du haut débit par satellite en lançant une Initial Public Offer de son segment Starlink et ainsi introduire en bourse sa méga-constellation Internet de 42 000 satellites en orbite basse.
Pour mémoire, SpaceX a d’ores et déjà lancé quelque 240 satellites Starlink et prévoit un démarrage des activités commerciales de la constellation dès le deuxième semestre 2020.

Comtech achète l’israélien Gilat pour 533 M$
Space News, 30 janvier 2020
L’entreprise américaine de télécommunications Comtech a fait l’acquisition de l’équipementier d’infrastructure sol israélien pour 533 M$. Cette acquisition fait suite à plusieurs autres de Comtech, dont UHP Network du Canada pour 40 M$ et CGC Technology Limited du Royaume-Uni pour 23,7 M$. Comtech estime pouvoir générer plus de 1 Md$ de chiffre d’affaires suite à ces acquisitions.

Le satellite de navigation militaire (NTS-3) passe avec succès la revue préliminaire de conception
Cf. Sécurité et Défense

Lune et Cis-Lunaire

La NASA sélectionne Maxar pour développer le bras robotique SAMPLR
Parabolic Arc, 4 février 2020
Le Sample Acquisition, Morphology Filtering and Probing of Lunar Regolith (SAMPLR) sera construit à Pasadena (Californie) pour un montant de 5 M$. Il équipera un alunisseur (à déterminer) et sera utilisé pour prélever des échantillons sur la Lune afin de déterminer les propriétés géologiques du régolithe lunaire.
SAMPLR est l’une des douze charges utiles lunaires du programme Commercial Lunar Payload Services (CLPS) que la NASA souhaite envoyer en 2020 et 2021 en amont des missions Artemis.

Artemis

35 Md$ pour Artemis et requête budgétaire historique de 25,2 Md$ pour la NASA en 2021
Cf. Budgets

Mars

233 M$ pour deux futures missions d’exploration martienne dans la requête budgétaire 2021 de la NASA
Space.com, 11 février 2020
Publiée le 10 février, la requête budgétaire soutient le développement de deux Mars Future Missions :

  • Mars Ice Mapper (MIM) : en partenariat avec le Canada, cette mission de télédétection (dont le lancement est prévu pour 2027) a pour objectif de cartographier et de profiler l’eau glacée en surface (3 à 15 m) particulièrement dans les régions des latitudes moyennes, dans l’optique de missions habitées dans les années 2030 ;
  • Mars Sample Return (MSR) : en partenariat avec l’ESA, la mission a pour objectif de récolter les échantillons identifiés par la mission Mars 2020 et les ramener sur Terre en 2031. Le budget doit permettre de débuter sa phase d’étude préliminaire (Phase A) à partir de l’été. Il devrait également permettre l’étude de la future installation (Sample Receiving Facility) nécessaire à la réception et la mise en quarantaine des échantillons, période au cours de laquelle seront menées les analyses de non-contamination et de détection biologique.

Pour mémoire, la campagne MSR se compose de deux lancements qui devraient être effectués en 2026 :

  • La mission Sample Return Lander (SRL) de la NASA emportant :
    • Le Sample Fetch Rover (SFR) fourni par l’ESA qui devrait récupérer les échantillons du rover Mars 2020 et les transporter dans le MAV ;
    • Le Mars Ascent Vehicle (MAV) qui devrait décoller depuis le sol martien pour emporter les échantillons en orbite martienne ;
  • La mission Earth Return Orbiter (ERO) de l’ESA comprenant un orbiter qui devrait capturer les échantillons du MAV en orbite martienne et les ramener sur Terre (désert de l’Utah).

A noter que la NASA envisage d’augmenter graduellement le budget attribué aux Mars Future Missions :

  • 406 M$ en 2022 ;
  • 551 M$ en 2023 ;
  • 713 M$ en 2024 ;
  • 775 M$ en 2025.

Exploration et Sciences de l’Univers

Partenariat entre Nanoracks et Xplore pour la commercialisation de l’espace lointain
Parabolic Arc, 29 janvier 2020
A l’inverse de l’orbite basse, l’exploration de l’espace lointain reste très peu accessible aux entités commerciales, du fait des coûts et d’une complexité élevés. Nanoracks, société spécialisée dans le déploiement de charges utiles commerciales depuis l’orbite basse et la Station Spatiale Internationale, s’est associé à l’entreprise de service spatial Xplore pour développer un service de commercialisation de missions sur mesure à destination de l’espace lointain.
La société Xplore, basée à Seattle, ambitionne ainsi de développer le « Xplore Xcraft », un engin spatial de petite taille permettant d’emporter jusqu’à 70 kg de diverses charges utiles sur des orbites personnalisées en fonction des missions des clients. La première mission envisagée par Xplore serait la mission « Moon Xpeditions » avec un lancement prévu en 2021 à destination de la Lune.

Technologie

La startup Accion Systems lève 11 M$
Space News, 4 février 2020
La startup Accion Systems, localisée à Boston, a ainsi levé plus de 36 M$ au total pour développer son système de propulsion ionique électrique pour nanosatellites dénommé Tiled Ionic Liquid Electrospray (TILE). La société a par ailleurs signé un partenariat public-privé « Tipping Point » avec la NASA afin lancer un démonstrateur en orbite intégré sur un nanosatellite dérivé du MarCO (qui a accompagné la sonde InSight vers Mars en 2018), visant à démontrer l’efficacité du système en remplacement du système de propulsion à gaz froid.

La NASA ouvre deux consultations pour des opportunités de partenariats public-privé dans les technologies spatiales disruptives
Parabolic Arc, 31 janvier 2020
La direction des technologies spatiales de la NASA a publié deux consultations pour le développement de partenariats publics privés dans le domaine des technologies disruptives intitulés « 2020 Announcement of Collaboration Opportunity (ACO) » et « Utilizing Public-Private Partnerships to Advance Tipping Point Technologies » dans le cadre de l’initiative Space Technology Research, Development, Demonstration, and Infusion – 2020 (SpaceTech-REDDI-2020).

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Ambassade de France aux États-Unis d’Amérique
Service Spatial – Bureau du CNES