CNES - L’Espace en tête - 2020

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Interview de Jean-Yves Le Gall, Président du Centre National d’Etudes Spatiales :

La conférence de l’ESA, Space19+, a été un grand succès pour l’Europe spatiale avec un budget de près de 14,4 milliards d’euros, quelles sont les grandes orientations que nous devons en retenir ?
Cette conférence, co-présidée par Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, a été un très grand succès grâce à plusieurs sujets portés par la France. Tout d’abord, les lanceurs avec l’autonomie de l’accès à l’espace. Ensuite, deux autres sujets sur lesquels le CNES a été précurseur ces dernières années : le climat avec l’observation de la Terre à travers le programme Copernicus et l’exploration avec la Lune et Mars. Enfin, la compétitivité industrielle, en particulier pour le secteur des télécommunications, qui a été largement financée et en ce qui concerne le CNES, à la fois par notre souscription à l’ESA et par notre programme national. Au total, nous avons décidé un budget historique pour l’Europe et pour notre industrie. L’Europe a montré qu’elle savait se mobiliser dans un contexte spatial en pleine mutation.

Quelle doit être la place du CNES dans cette nouvelle phase, en particulier lors de la préparation du prochain Contrat d’Objectifs et de Performance 2021-2025 ?
Le CNES a montré la voie au cours de ces dernières années en investissant le premier dans la priorité mise sur l’innovation, la lutte contre le changement climatique et la coopération internationale. Si nous en faisons le bilan, c’est au profit de notre politique spatiale et de notre industrie nationale. Nous préparons à présent notre prochain Contrat d’Objectifs et de Performance et nous allons continuer à faire évoluer le CNES. Le spatial est en pleine transformation et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Il nous faudra donc être encore plus imaginatifs pour préparer l’avenir et aider au développement des multiples applications de l’espace en formant ses utilisateurs qui demain, devront mieux le comprendre et le maîtriser.

Alors qu’on vient de célébrer les 40 ans d’Ariane, avec 250 lancements effectués, quel bilan tirez-vous de ces quatre décennies et quelle est votre vision pour l’avenir ? Quelle place tient le CSG dans les ambitions de la France et de l’Europe en matière de lanceurs ?
Nous sommes tous les enfants d’Ariane ! Il y a 40 ans, il n’y avait pratiquement pas d’Europe spatiale et encore moins d’industrie spatiale. Grâce au lanceur européen, nous avons créé le tissu industriel que le monde entier nous envie : le spatial se développe d’ailleurs partout dans le monde. Ce qui me frappe le plus, c’est que nous voyons émerger une multitude d’acteurs dans les applications, dans les satellites mais aussi dans les lanceurs. C’est dans ce contexte que le Centre Spatial Guyanais, qui est plus que jamais le port spatial de l’Europe, va continuer à jouer un rôle central. Nous allons démarrer en 2020, un important programme de rénovation du CSG, grâce au financement que la France a fait voter lors de Space19+.

Quels sont les grands chantiers de modernisation entrepris par le CNES pour rester un acteur de premier plan sur la scène spatiale internationale ?
Depuis plusieurs années, le CNES a clairement montré sa capacité à coopérer. Nous avons des échanges majeurs avec les grandes puissances spatiales, Chine, États-Unis, Inde, Japon, Russie, dont nous sommes souvent le premier partenaire. Et nous avons aussi passé de nombreux accords avec les nouveaux venus sur la scène spatiale internationale pour les accompagner dans leur développement et créer chez eux un « réflexe France » bénéfique pour notre industrie. Ce ne serait pas possible sans le travail entrepris sur nos relations internationales mais surtout sans notre excellence technique et scientifique qui est une référence et que nous devons maintenir dans un contexte de plus en plus concurrentiel. Aujourd’hui, la France coopère avec tout le monde sur tous les sujets !

Depuis quelques années, l’exploration spatiale a pris un nouvel élan. Mars reste une destination privilégiée, mais la Lune est revenue également sur le devant de la scène. Comment le CNES se positionne-t-il sur ces grands enjeux scientifiques ?
La France a la chance de disposer d’une communauté scientifique spatiale qui est l’une des meilleures au monde, dont les capacités sont démultipliées par les ingénieurs du CNES. On l’a encore vu lors du Séminaire de Prospective Scientifique (SPS) qui s’est tenu au Havre, en octobre dernier. Nous avons aussi une histoire technique riche sur les vols habités avec le CADMOS, à Toulouse, qui est le centre de référence européen pour la physiologie humaine. Cela nous permet de conduire notre stratégie de niche où nous embarquons sur les grandes missions de nos partenaires. Nous sommes ainsi au cœur des projets les plus ambitieux développés par toutes les grandes puissances spatiales et nous serons bien sûr dans l’aventure lunaire, automatique et habitée !

Les enjeux environnementaux sont l’une des priorités du Gouvernement. Quel rôle doit jouer le CNES face au changement climatique ?
Le CNES a été le premier à prendre le train de la lutte contre le changement climatique, en 2015, lors de la préparation de la COP21. Nous avons alors décidé deux satellites qui sont en cours de développement au CNES, pour mesurer les deux principaux gaz à effet de serre : le gaz carbonique avec MicroCarb et le méthane avec Merlin. Puis, en 2017, à la demande du Président de la République, nous avons proposé le SCO, le « Space Climate Observatory ». L’acte fondateur en a été signé le 17 juin, au Salon du Bourget et nous allons continuer à le développer. Le SCO est un formidable outil diplomatique, d’influence et de développement pour l’industrie. Nous avons embarqué avec nous une trentaine de partenaires internationaux et notre feuille de route est claire : grâce aux systèmes spatiaux, faire du SCO la référence mondiale en matière de lutte contre le changement climatique !

Grâce au dynamisme des start-ups et aux activités innovantes des PME et des grands industriels spatiaux, de nouvelles applications spatiales voient régulièrement le jour. Comment le CNES entend-il soutenir et encourager cet essor ?
Le CNES a développé de nombreux outils pour aider à l’émergence et au développement d’un nouvel écosystème spatial : Connect by CNES regroupe ces différents outils à la disposition des start-ups et des PME qui veulent se développer dans le spatial. Nous allons continuer à mettre en place des actions ciblées, notamment en partenariat avec les Régions pour travailler au plus près du développement économique. Les idées de services utilisant des données spatiales se multiplient grâce à ces contacts. Nous aidons les entrepreneurs au niveau technique, juridique et financier pour que leurs idées se transforment en sociétés viables. Le CNES continuera à porter tous ses efforts de façon très volontariste.

La stratégie spatiale de la Défense connaît une évolution majeure en France, comment le CNES compte-t-il la mettre en place pour répondre aux nouveaux objectifs fixés par le ministère des Armées ?
La stratégie spatiale de Défense a connu une impulsion nouvelle, annoncée le 13 juillet par le Président de la République, à l’Hôtel de Brienne à Paris, puis confirmée et développée par Florence Parly, Ministre des Armées. Dès sa création, le CNES a cultivé le caractère dual du spatial. C’est aujourd’hui l’une de ses grandes forces et cette caractéristique est très peu présente dans d’autres pays. Il est donc tout naturel que le CNES joue un rôle central dans la mise en œuvre de la nouvelle stratégie de Défense et qu’il accueille au Centre Spatial de Toulouse, le Commandement De l’Espace nouvellement créé. Le CNES est ainsi tout entier au service de la politique de Défense et il participe activement avec le ministère des Armées à l’invention et la préparation des futurs systèmes spatiaux de Défense, à la maîtrise d’ouvrage du développement de ces systèmes et à leur mise en œuvre opérationnelle. Au total, le CNES poursuit et amplifie ses activités duales pour le double bénéfice de l’espace civil et militaire.

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