Cancer du Pancreas : Une étude apporte un nouvel espoir

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Parmi les nombreuses études présentées durant le 55ème congrès annuel de L’American Society of Clinical Oncology (ASCO) 2019, une étude clinique de phase III menée par AstraZeneca sur Lynparza (Olaparib) a particulièrement retenu l’attention des participants. En effet, cette nouvelle étude semble donner un nouvel espoir dans la recherche de voies thérapeutiques pour lutter contre le cancer du pancréas.

L’Olaparib est un inhibiteur du PARP, inhibant la poly ADP-Ribose polymérase, une enzyme impliquée dans la réparation de l’ADN. Cette molécule a initialement été développée pour traiter les cancers du sein et de l’ovaire chez les patientes présentant les mutations génétiques BRCA1 et BRCA2. Ces mutations multiplient par 7 ou 8 fois le risque de développer un cancer du sein et ont gagné en visibilité à la suite de la double mastectomie préventive d’Angelina Jolie porteuse de la mutation [1]. Cependant, bien que cela soit moins connu du grand public, ces mutations sont aussi impliquées dans le cancer de la prostate et du pancréas. Les chercheurs d’Astra Zeneca ont alors entrepris de lancer un essai clinique sur l’utilisation de Lynparza chez les patients atteints d’un cancer du pancréas.

Le cancer du pancréas est un cancer très agressif et bien souvent de très mauvais pronostic. Il est le 12ème cancer le plus répandu dans le monde, avec 458 918 nouveaux cas en 2018 et une incidence en constante augmentation depuis plusieurs années. Il représente la 4ème cause de décès par cancer mais reste le plus mortel des cancers les plus courants. De plus, moins de 3 % des patients atteints de métastases survivent plus de cinq ans après le diagnostic. Du fait de l’absence de marqueur précoce du cancer pancréatique, environ 80% des patients reçoivent un diagnostic au stade métastasique de la maladie. A ce stade de la maladie, seulement 1 patient sur 5 peut être opéré. Enfin, quel que soit le stade auquel il est diagnostiqué, la survie à 5 ans des patients n’est que de 5%.

Dans cette étude, l’Olaparib est comparé à un placebo comme traitement d’entretien chez 154 patients ayant tous la mutation génétique BRCA1 et/ou BRCA2 et atteints d’un cancer du pancréas métastatique. Le second critère d’inclusion étant que les patients n’aient présenté aucune évolution après 16 semaines de chimiothérapie.
Les résultats de l’étude ont montré une amélioration statistiquement et cliniquement significative de la survie « sans évolution » des patients traités avec le Lynparza versus placebo. La durée de stabilisation de la maladie s’est améliorée de 7,4 mois en moyenne chez les patients traités contre 3,8 mois chez les patients sous placebo (Figure1). Enfin, à l’issue d’un an, 34 % des patients ayant reçu du Lynparza en seconde ligne de traitement sont encore en vie, contre seulement 15 % de ceux ne recevant pas le traitement. Après deux ans, l’écart se maintient avec 22 % des patients toujours en vie avec le traitement au Lynparza, contre 10 % pour les autres. Cette étude fait apparaître une réduction significative du risque de progression de la maladie ou de décès avec Lynparza chez les patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique avec une mutation BRCA germinale, qui n’ont pas évolué sous chimiothérapie. Des études complémentaires, notamment sur les chiffres de survie globale, restent tout de même nécessaires pour confirmer on non cette survie dite « sans évolution » de la maladie à plus long terme.

Figure 1 : Taux de survie sans progression en fonction du nombre de mois de traitement au Lynparza ou au placebo

José Baselga, Vice-Président Exécutif, Oncologie R&D, a déclaré : "Ces résultats sans précédent représentent de nouveaux espoirs pour les patients qui n’ont observé aucune évolution de leur état sur une longue période de temps. Dès six mois après le début du traitement, deux fois plus de patients prenant Lynparza ont vécu sans évolution de leur maladie par rapport à ceux sous placebo ». Il affirme également qu’AstraZeneca travaille actuellement avec les autorités réglementaires pour amener Lynparza aux patients aussi rapidement que possible.

En conclusion, Lynparza n’est donc pas un remède miracle, d’autant plus qu’il ne s’adresse qu’à 5 à 10 % des patients atteints par ce type de cancer. Cependant, il vient apporter une lueur d’espoir dans une maladie au tableau très sombre. Bien que la moitié des patients ne survivent pas plus d’un an à dater de leur diagnostic avec les traitements de chimiothérapie classiques, l’utilisation de ce médicament comme traitement d’entretien semble stabiliser l’état des patients possédant les mutations génétiques BRCA1/BRCA2. Pour AstraZeneca, « cette indication ne générera pas un chiffre d’affaires considérable », reconnaît Pascal Soriot, le patron du laboratoire cependant cette étude a été menée car « il existe un vrai besoin médical ».

[1] En 2013, à la suite du décès de sa mère d’un cancer de l’ovaire, Angelina Jolie a découvert être porteuse de la mutation génétique BRCA1. Elle a ensuite annoncé publiquement avoir eu recourt à une double mastectomie préventive.

Rédacteur :
- Pierre Gourjon, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Atlanta, deputy-univ@ambascience-usa.org

Sources :
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cancer/asco-2019-un-nouvel-espoir-dans-le-cancer-du-pancreas_134168
https://www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/nouvel-espoir-dans-le-cancer-du-pancreas-1026009#utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=re_redaction-20190603
https://www.astrazeneca.com/media-centre/press-releases/2019/lynparza-nearly-doubled-the-time-patients-lived-without-disease-progression-from-germline-brca-mutated-metastatic-pancreatic-cancer02062019.html