Capitaux-risqueurs et Business Angels s’adaptent pour résister aux remous de la crise financière

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Ces dernières semaines, les deux principaux vecteurs financiers de l’innovation technologique aux Etats-Unis, à savoir les sociétés de capital-risque (Venture Capital) et les business angels, ont réalisé que, eux non plus, n’étaient pas immunisés contre les conséquences de la crise financière.

Les VC et les angels, avec respectivement plus de 30 milliards de dollars (environ 23 milliards d’euros) et 26 milliards de dollars (20 milliards d’euros) investis en 2007 dans les jeunes pousses, alimentent le développement de l’innovation. Capitaux-risqueurs et business angels comptent tous deux sur les jeunes pousses acquises et/ou sur leur introduction en bourse pour générer des plus-values, parfois colossales, à l’image de ce qui s’est produit pour Google, Yahoo et Apple pour ne citer que les plus connues.

Cependant, d’après les chiffres publiés la semaine dernière par l’association américaine des capitaux-risqueurs (National Venture Capital Association, NVCA), les investissements à risques provenant des VC pour le troisième trimestre 2008 auraient été de 7 milliards de dollars (5,4 milliards d’euros), chutant ainsi de presque 10% par rapport à la même période l’année dernière. Cette baisse est la plus forte jamais enregistrée depuis celle du printemps 2003. L’industrie des hautes technologies se remettait alors des pertes dues à l’explosion de la bulle Internet.

Comme nous nous en sommes fait l’écho dans le BE 138, la fragilité actuelle des marchés a entraîné la prudence des investisseurs vis-à-vis des technologies émergentes. Ainsi les acquisitions sur le marché ont considérablement diminué rendant plus maigres les bénéfices générés par les sociétés de capital-risque et les angels. Jusqu’à présent cette année, seulement sept entreprises soutenues par des VC ont réussi une introduction en bourse, le plus petit nombre depuis 31 ans. De plus, toujours selon la NVCA, il n’y a eu que 58 acquisitions lors de ce troisième semestre 2008, contre 102 pour la même période l’année dernière. Fait symptomatique, CISCO System Inc., qui, depuis 2000 a absorbé quelques 44 jeunes pousses, n’a pas conclu une seule affaire depuis le début de l’année 2008.

Les sociétés de capital-risque les plus connues de la Silicon Valley, Sequoia Capital et Benchmark Capital, ont d’ores et déjà conseillé aux entreprises de leur portefeuille d’investissement de revoir leurs plans à la baisse pour l’année prochaine et de réduire les coûts au maximum. Dans cette optique, certaines jeunes pousses, particulièrement celles de l’Internet, ont entamé des réductions d’effectifs. Par ailleurs, les VC ne prennent plus autant de risques qu’auparavant et misent davantage sur les projets qu’ils soutiennent déjà, que sur de nouvelles affaires.

Le domaine le plus touché par les remous de la crise est celui des technologies de l’information et de la communication. Les investissements des VC dans les entreprises de l’Internet ont en effet chuté de 36% par rapport à l’année 2007. En revanche, la diminution des investissements des VC aurait pu être bien plus importante sans leur intérêt croissant pour les biotechnologies et les énergies renouvelables, secteurs dans lesquels les investissements à risques ont augmenté respectivement de 2% et 17% par rapport à l’année 2007.

D’autre part, la baisse généralisée des cours de bourse a aussi son pendant positif, du moins pur les investisseurs. La valeur de la majeure partie des entreprises a en effet diminué, permettant ainsi aux VC et aux business angels de négocier une part plus grande de la compagnie soutenue pour une même somme d’argent. En cas d’acquisition ou d’introduction en bourse de la jeune pousse, le VC peut donc espérer un retour sur investissement plus important. La balle est désormais dans le camp des investisseurs, qui dictent leurs conditions comme ils l’entendent. Le financement par le capital-risque va devenir de plus en plus cher pour l’entrepreneur.

Mais les sociétés de capital-risque ne sont pas les seules à se montrer prudentes. Des données publiées par le centre pour la recherche en capital-risque de l’université du New Hampshire montrent que le nombre de jeunes pousses soutenues par les business angels au cours de la première moitié de 2008 a diminué, de 4% par rapport à l’année 2007. Dans le même temps, le total des sommes investies aurait augmenté de 4,2%. Ceci marque un net changement dans la manière d’investir de ces investisseurs providentiels. Tous comme les VC, les angels misent désormais davantage sur les projets connus ou moins risqués que sur de nouveaux projets d’innovation de rupture. Par ailleurs, afin de diminuer encore les risques, les angels se regroupent et sont en général plus nombreux à soutenir une même jeune pousse.

La vraie question est maintenant de savoir combien de temps les capitaux-risqueurs et les business angels vont rester globalement "sur la touche" quand il s’agit de porter de nouveaux projets. Cette diminution de la prise de risques des deux moteurs principaux de l’innovation aux Etats-unis pourrait sur le long terme considérablement pénaliser l’avancée technologique du pays. En effet, qu’en serait-il aujourd’hui de l’économie des hautes technologies si personne n’avait pris le risque de miser sur des projets au départ hautement incertains comme ceux de Google ou d’Apple ?

Source :


- "Squeezed : Venture capitalists curtail investments", Michael Liedtke - 18/10/08 - The Washington Post - http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/10/18/AR2008101800186.html?nav=rss_business/industries
- "In a Down Economy, Angel Investors Change Course", Stacey Higginbotham - 08/08/08 - Gigaom.com - http://gigaom.com/2008/08/08/in-a-down-economy-few-angels-fly-away/
- "Venture investing in startups declines again", Deborah Gage - 18/10/08 - The San Francisco Chronicle - http://www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?f=/c/a/2008/10/17/BU3T13JKK5.DTL&feed=rss.business

Pour en savoir plus, contacts :

Financement de l’innovation et crise financière : un débat teinté d’interrogations sur la perte de leadership de l’Amérique, Antoine Mynard, BE 138, 17/10/2008.
Code brève
ADIT : 56415

Rédacteur :

Yann Le Beux - deputy2-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….