Cellules souches embryonnaires humaines : première audition de l’année 2007 au Sénat

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Durant la dernière décennie, deux découvertes majeures ont révolutionné l’approche des Sciences de la Vie : le séquençage du génome humain et la découverte des cellules souches. Cependant, certains aspects éthiques ont conduit le président Bush, sous la pression des milieux conservateurs, à limiter le financement de la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines. En effet, depuis le 9 août 2001, seules les lignées cellulaires créées avant cette date peuvent être étudiées par les chercheurs sur des fonds fédéraux. Cela a fortement déstabilisé les chercheurs américains qui avaient, jusqu’alors, le leadership en la matière. Devant le ralliement croissant de l’opinion publique et des promesses que laissent entrevoir ces recherches, les démocrates ont fait de ce sujet un thème prioritaire de la campagne des élections législatives à mi-mandat.

Allant dans ce sens, la Chambre des représentants a voté, le 11 janvier 2007, un projet de loi visant à étendre le financement de cette recherche. Cependant, il faut noter que ce projet de loi a été voté sans atteindre la majorité des deux tiers (in fine nécessaire pour surmonter un veto présidentiel). Les sénateurs ont donc lancé une série d’auditions pour aboutir à un nouveau projet capable d’atteindre le nombre de votes suffisants pour se soustraire au veto. L’avis de spécialistes de la question permettrait de connaître précisément les enjeux offerts par les cellules souches embryonnaires humaines et d’amender en conséquence le projet de loi.
Le 19 janvier 2007, deux sous-commissions réunissant au total 13 Sénateurs se sont réunies sous la présidence du sénateur démocrate du Massachusetts, Edward Kennedy pour auditionner 4 témoins, 3 scientifiques spécialistes du domaine et une jeune patiente atteinte de diabète juvénile. Les Sénateurs avaient judicieusement choisi leurs témoins puisque les trois scientifiques présents font autorité dans ce domaine et sont connus pour leur soutien au financement des recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines.

Flory Landis, directrice du National Institute of Neurological Disorders and Stroke (NINDS) des National Institutes of Health (NIH), s’est attachée à souligner à la fois les applications cliniques qui restent potentielles (réparations des dommages neurologiques, section de la moelle épinière) mais également l’utilité de ces cellules pour les applications fondamentales (développement de nouveaux médicaments, compréhension des mécanismes moléculaires). Elle a également précisé que l’article publié par l’équipe du Dr Atala qui montre la possibilité de développer des cellules souches à partir de prélèvements du liquide amniotique était à considérer comme un complément ; ces cellules n’offrant pas toutes les potentialités des cellules souches embryonnaires humaines. George Daley, professeur associé au Children Hospital de Boston et membre de l’International Society of Stem Cells Research, a mis en avant la pluripotentialité des cellules souches et considère que ces propriétés uniques méritent une recherche spécifique et donc un financement en conséquence. John Wagner, directeur scientifique du centre de recherche clinique de l’Institut des cellules souches de l’Université du Minnesota, s’est dit avoir les "mains liées" comme bon nombre de spécialistes du sujet.

Les trois scientifiques ont chacun rappelé que les lignées cellulaires "présidentielles" (lignées développées avant 2001) sont désuètes. Elles portent toutes des anomalies délétères (mutations, duplications, méthylation…), elles ont été en contact avec des substances animales pour leur production, ce qui est de nature à proscrire toute approbation par la FDA pour un usage en clinique humaine.
Pour le dénateur républicain de l’Utah, Orrin Hatch, les ressources investies actuellement sur ces cellules sont un gaspillage d’argent et de temps. Il a précisé que le Président Bush devrait en prendre conscience et ne pas déposer de veto sur le projet de loi.

Les adversaires des recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines opposent que l’on ne peut pas utiliser l’argent des contribuables pour mener ce type de recherche. Le sénateur démocrate de l’Iowa, Tom Harkin, a critiqué l’argument en comparant le faible investissement de cette recherche par rapport à l’engouement public suscité (2/3 des américains favorables). Seul 2% des budgets des NIH sont injectés dans la recherche sur les cellules souches en général et les cellules souches adultes humaines se voient octroyer la majorité de ce financement.

Arlen Specter, sénateur républicain de Pennsylvanie a rappelé le résultat des dernières élections et la nécessité d’appliquer le message lancé par les citoyens américains. Il espère une prise de conscience du Président Bush. Il a rappelé que les 400.000 embryons issus de la fécondation in vitro étaient voués à la destruction - puisque, seule une centaine d’entre eux ont donné lieu à un processus d’adoption.
George Daley a noté l’augmentation exponentielle de l’intérêt du sujet au niveau international et l’a comparé au manque d’attractivité de la discipline aux Etats Unis. De nombreux chercheurs post doctorants brillants (européens ou asiatiques) ne s’engagent plus dans ce domaine de peur de compromettre leur carrière.
Lauren Stanford, 15 ans, atteinte de diabète de type 1 était également présente pour témoigner en tant que bénéficiaire potentielle du développement de cette technologie. Elle a déclaré vouloir, un jour, se comporter comme une "american girl". Les Sénateurs ont mis en avant les efforts financiers consentis par les parents pour le bien être de leur fille. Ce témoignage a permis d’interpeller, si besoin était, un peu plus l’opinion publique.

En conclusion de la séance, le sénateur Kennedy a confirmé la haute priorité qu’il portait à ce sujet et espérait présenter un projet de loi modifié dès le mois de février. On peut regretter qu’aucun opposant n’ait été présent et qu’un réel débat n’ait finalement pas eu lieu.

Dans les semaines qui viennent, les partisans de la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines vont tenter de faire pression pour que le projet de loi modifié soit voté à la Chambre et au Sénat au delà de la majorité des deux tiers, majorité requise pour s’affranchir de la menace d’un veto présidentiel.

Source :


- Audition au Sénat le vendredi, 19/01/2007
- http://www.medscape.com/viewarticle/551107

Pour en savoir plus, contacts :


- Pour en savoir plus sur les cellules souches provenant du liquide amniotique :
BE Etats-Unis 61 - Une nouvelle source de cellules souches !
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/040/40721.htm
- "Isolation of amniotic stem cell lines with potential for therapy" De Coppi P., Nature Biotechnology, 07/01/2007, en cours d’impression.
http://www.wfirm.org/news5.htm
- http://www.sciam.com/article.cfm?chanID=sa003&articleID=F4BB3ACB-E7F2-99DF-349FD71C1164C66D
- http://www.sciencedaily.com/upi/index.php?feed=Science&article=UPI-1-20070107-21341900-bc-us-stemcells.xml
- http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/01/07/AR2007010700674.html
Code brève
ADIT : 40996

Rédacteur :

Brice Obadia deputy-sdv.mst@ambafrance-us.org - Hedi Haddada attache-sdv.mst@ambafrance-us.org - Sophia Gray assistant-sdv.mst@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….