Clotilde Lagier-Tourenne et Catherine Dulac, deux chercheuses françaises en neurosciences sur le devant de la scène bostonienne

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Le 11 janvier dernier, Clotilde Lagier-Tourenne, une chercheuse française du Broad Institute of Harvard University and MIT , Franck Martin et Laurent Désaubry, chercheurs à l’Université de Strasbourg, ont publié les résultats de leurs travaux sur l’une des formes de la maladie de Charcot dans la prestigieuse revue Nature Communications. Cette maladie aussi appelée Sclérose Latérale Amyotrophique est une maladie neurodégénérative très handicapante responsable de la destruction des cellules neuronales qui permettent aux muscles de se contracter. C’est une maladie rare génétiquement hétérogène, qui touche 1 personne sur 100 000 [1], et pour laquelle il n’existe aujourd’hui aucun traitement.

Les mécanismes moléculaires responsables de la maladie de Charcot restaient jusqu’à ce jour peu connus. Les travaux de Clotilde Lagier-Tourenne et de ses collaborateurs ont permis de décortiquer certains des mécanismes responsables de la toxicité observée dans les cellules neuronales. Les personnes atteintes de SLA possèdent en effet dans un de leurs gènes une séquence d’ADN "GGGGCC", dont la répétition anormale et en grand nombre entraîne la production d’un fragment protéique qui est lui-même constitué d’une répétition multiple d’un même dipeptide (dipeptide, suite de deux acides aminés). Cette séquence dite G4C2 est d’autant plus particulière que la machinerie cellulaire responsable de la production des protéines dans la cellule, i. e. les ribosomes, a une affinité beaucoup plus grande pour les copies du gène muté que pour les copies du gène normal. La machinerie cellulaire se retrouve ainsi piégée et n’est plus en capacité de fonctionner normalement. En identifiant précisément les mécanismes responsables de la toxicité cellulaire, Clotilde Lagier-Tourenne et ses collaborateurs de l’Université de Strasbourg ouvrent potentiellement de nouvelles voies de développement de traitements pour la maladie de Charcot.

 
 
Dans un laboratoire voisin de l’Université de Harvard c’est une autre française, Catherine Dulac directrice du « Department of Molecular and Cellular Biology », qui a été à l’honneur durant toute l’année 2017. Ses travaux pour mettre au point une méthode permettant d’identifier in-situ les différents types de cellules dans le cerveau des souris ont reçu entre 2016 et 2017 plus de 3 millions de dollars du gouvernement américain par le biais des NIH, l’Institut National pour la Santé américain, démontrant ainsi la confiance du gouvernement américain dans la qualité des travaux de cette française. Ces travaux ont donné lieu à une publication dans une revue scientifique de renom et révolutionnent d’ores et déjà la façon dont est étudiée la composition cellulaire du cerveau en offrant aux chercheurs du monde entier la possibilité de visualiser directement en 3 dimensions l’organisation et le type des cellules neuronales dans le cerveau. Avant la publication de ces travaux, un très grand nombre d’images issues de coupes en 2 dimensions devaient être fusionnées, représentant un travail très long et fastidieux. Ces travaux sont associés à un financement plus important de la BRAIN initiative des NIH et du Allen Institute for Brain Science de 65.5 millions de dollars en octobre 2017 attribués entre autres [2] à Catherine Dulac et à Xiaowei Zhuang, un autre chercheur de l’Université de Harvard, pour financer la réalisation d’un atlas complet des types cellulaires dans le cerveau de la souris dans la continuité du Allen Brain atlas (link http://www.brain-map.org/).

Catherine Dulac s’est par ailleurs vue remettre en 2017 le Prix Scolnick qui honore ses travaux sur l’identification des mécanismes associés aux phéromones dans le cerveau de la souris et à l’impact de l’hérédité sur ces mécanismes. A l’inverse des autres composés odorants, les phéromones provoquent une réponse très forte et constante chez les animaux et sont liées notamment à l’attirance sexuelle, à l’agressivité ou à l’instinct parental. Ces recherches permettent aujourd’hui de mieux comprendre le comportement animal et pourraient, à long terme, aider à comprendre certaines composantes du comportement humain.

Bien que nous ne soyons pas encore le 22 juillet 2018, prochaine date du Brain Day - journée consacrée aux maladies du cerveau - saluons le travail de ces deux chercheuses en neurosciences ainsi que celui de leurs collaborateurs.trices.


Rédacteur
- Damien Colin, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Boston, deputy2-inno@ambascience-usa.org