Collisions de satellites, menaces de débris : vers un système global de surveillance du trafic spatial ?

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La troisième édition de la conférence "Improving our vision" a eu lieu à Washington les 23 et 24 mars derniers, permettant de constater les progrès réalisés et d’évaluer les prochaines actions à entreprendre en matière de surveillance de l’Espace (Space Situationnal Awareness). Ce sujet considéré comme confidentiel ou tabou il y a quelques années, ne cesse de prendre de l’ampleur, notamment après de récents incidents inédits.

Depuis le tir anti-satellite chinois de janvier 2007, provoquant une augmentation considérable du nombre de débris spatiaux en même temps qu’une prise de conscience internationale sur le sujet, plusieurs évènements récents ont replacé ce problème au centre de l’actualité, à commencer par la réponse américaine en février 2008 qui s’est traduite par la destruction d’un satellite devenu incontrôlable et menaçant - aucun débris ne demeurait en orbite suite à ce tir alors que 2000 objets générés par le tir chinois sont toujours traqués, a déclaré le Général Chilton de l’US Strategic Command il y a quelques jours. Enfin, le 10 février dernier, la collision d’un satellite russe hors service et d’un satellite commercial privé de la société américaine Iridium a brusquement souligné la nécessité d’agir sur le sujet, et la dernière illustration en date est l’évacuation temporaire de la station internationale le 12 mars dernier en raison de la menace d’un débris flottant à proximité de la station.

C’est dans ce contexte que ce workshop à l’initiative de l’Eisenhower Center for Space and Defense Studies (lié à l’Air Force Academy) s’est déroulé, en présence d’un auditoire réunissant des représentants d’administrations et agences américaines, des délégations officielles étrangères et des thinks tanks, universités, industriels et opérateurs. Le système de surveillance spatiale américain, qui est une référence en la matière, a été présenté par le Lieutenant Général Larry James, de l’US Strategic Command. L’US Space Surveillance Network (USSSN) consiste en un réseau mondial de radars qui scrutent les objets rentrant dans l’atmosphère et surveillent continuellement environ 19000 débris en orbite autour de la Terre. Les données de ce réseau sont disponibles sur internet ; il fournit ainsi des calculs de trajectoires orbitales permettant d’anticiper des collisions. Les entités commerciales et étrangères peuvent ainsi bénéficier d’un support pour analyser les risques de collisions pendant un lancement ou une fois sur orbite. D’après James, la technologie doit encore être améliorée pour être capable de traquer plus d’objets, et il y aurait des lacunes d’infrastructures dans l’hémisphère sud.

La conférence a fait apparaître les nécessités et les obstacles à surmonter pour aboutir à un véritable système de surveillance mondial. Il convient bien sûr de disposer d’un grand nombre de données, qui soient les plus précises et les plus fiables possibles. D’autre part, la question de la confiance et de la transparence est souvent revenue dans les discussions puisqu’un tel système nécessite une mise en commun des données de tous. Pour Joe Rouge, Directeur du National Space Security Office au Département de la Défense, la compétition dans ce domaine n’a pas de sens et il faut aboutir à une solution intégrant les informations de chacun, qu’ils soient acteurs gouvernementaux, commerciaux, scientifiques ou militaires.

La question d’une entité capable d’assurer cette mission de surveillance a également fait débat, notamment de la part des opérateurs commerciaux dont certains ont évoqué la nécessité d’une organisation tierce indépendante de tout gouvernement pour mener cette mission. Pour certains spécialistes, un point de non-retour aurait été atteint, si bien que les débris déjà générés pourraient irrémédiablement mener à de nouvelles collisions, à moins qu’un système de "nettoyage des orbites" soit imaginé. Les experts sont en tout cas unanimes sur l’impossibilité de contrôler le trafic spatial - à l’image du trafic aérien - et cela dit sur la nécessité de l’observer en détails.

Durant la conférence, T.S. Kelso, du CCSI (Center for Space Standards and Innovation) a présenté une solution technique qui met en commun les informations de l’USSSN et celles des opérateurs ou agences voulant bien collaborer avec le CCSI. Le logiciel calcule les risques de collisions entre les engins pris en compte et envoie quasiment instantanément des notifications aux acteurs concernés en cas de forte probabilité de collision. Cet outil constitue un modèle de solution technique pouvant d’ores et déjà être très utile (plusieurs opérateurs utilisent déjà le système).

Finalement, même si des solutions techniques existent déjà, la question de la transmission des données d’orbitographie de chaque objet spatial reste délicate à gérer au niveau politique ; il faudra aussi s’accorder sur des formats de données communs ou des normes d’intégrité et de précision. Au niveau politique, l’action du COPUOS (Committee on the Peaceful Uses of Outer Space) au sein des Nations Unies pourrait se révéler décisive. Les satellites font partie intégrante de nombreux outils indispensables utilisés dans la vie de tous les jours et la composante spatiale constitue parfois un point faible compte tenu de la difficulté de la contrôler et de la protéger, c’est pourquoi le problème de la surveillance des trafics et des débris devra trouver des réponses rapidement. L’augmentation des risques d’incidents entrainés par la multiplication des débris spatiaux et l’encombrement des orbites a d’ailleurs d’ores et déjà des incidences sur les questions d’assurance de tels systèmes.

Pour en savoir plus, contacts :


- Site de l’Air Force fournissant les données orbitales de surveillance : http://www.space-track.org/
- Site du CSSI : http://www.centerforspace.com/
- Site du United Nations COPUOS : http://www.oosa.unvienna.org/oosa/COPUOS/copuos.html
Code brève
ADIT : 58527

Rédacteur :

François Didelot cnes.mst@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….