Comment vont les Etats-Unis ? Pas si bien, selon leur bilan de santé

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L’espérance de vie aux Etats-Unis a diminué pour la première fois en 10 ans : c’est la conclusion surprenante du récent rapport des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) [1]. Depuis 1993, une année marquée par un nombre conséquent de décès liés à à une épidemie importante de grippe, la mortalité aux U.S des moins de 65 ans avait également suivi une courbe tendant à la baisse. L’année 2015 brise cette inclination et fait état d’un bilan singulier, qui surprend pour un pays développé, leader du marché des biotechnologies.

L’analyse du CDC atteste d’une augmentation du nombre de décès liés à 8 des 10 principales causes de décès du pays, à savoir notamment les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, la maladie d’Alzheimer, le diabète, et les problèmes rénaux. Les experts s’interrogent. Les connaissances médicales auraient-elles atteint leurs limites pour ces pathologies ? Pour le cancer, le pronostic parait s’être amélioré grâce aux avancées technologiques [2].

Pour eux, l’épidémie d’obésité qui touche les Etats-Unis depuis plusieurs années expliquerait en partie ces mauvais chiffres. En effet, non seulement un adulte sur trois est actuellement obèse sur le territoire -ce qui entraîne une augmentation du risque de problèmes cardiaques et de diabète et même peut-être de maladie d’Alzheimer [3] mais aussi un autre tiers de la population américaine est en surpoids [4]. Cette tendance ne semble pas faiblir malgré les efforts fédéraux en santé publique, largement soutenus par la Première Dame pendant la gouvernance Obama [5], [6], [7].

Infographie : Les États-Unis sont-ils malades ? Cliquer sur l’image pour voir l’infographie en plus grand

En comparaison avec les années précédentes, les écarts selon les populations raciales et les genres sont toujours conservés. Globalement, la mortalité est toujours plus élevée chez les hommes que chez les femmes. La mortalité des afro-américains reste également bien plus élevée que celle des individus dits blancs (hispaniques ou non-hispaniques). Conformes aux données de 2014, ces résultats s’expliquent par un accès toujours différencié au soin, à l’éducation sur les questions de santé, et au contexte socio-économique difficile [8], [9].

Parmi les conclusions dressées par les dernières études, un constat précis alarme : la santé des populations en milieu rural se dégrade, dans une crise silencieuse à grande échelle [10], [11]. Les femmes blanches sont particulièrement concernées [12]. Alors que le taux de mortalité des afro-américaines est toujours plus élevé mais continue de diminuer, les décès prématurés de femmes caucasiennes suivent une courbe ascendante depuis les années 2000.

Plusieurs facteurs convergent pour produire une telle érosion de la santé américaine. L’obésité bien sûr, mais également, une épidémie d’overdoses par héroïne et plus généralement d’addiction aux opiacés parmi les communautés ouvrières et rurales qui préoccupe particulièrement les autorités de santé [13], [14], [15]. Cette addiction aux antidouleurs (dont l’oxycodone) est d’autant plus inquiétante qu’elle s’accompagne d’une flambée des cas de suicides, des tendances que les spécialistes expliquent par les inégalités tant au niveau du suivi médical qu’au niveau économique.

Alors qu’un hôpital sur trois en milieu rural est menacé de fermeture [16], il paraît urgent pour les décideurs politiques américains d’adresser la problématique des disparités d’accès, géographique et financier, à la santé.


Rédacteurs :

- Gabrielle Mérite, Attachée adjointe pour la Science et la Technologie, Los Angeles, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org
- Jean Rosenbaum, Attaché adjointe pour la Science et la Technologie, Los Angeles, attache-sdv.la@ambascience-usa.org
- Alexis Cabrera, Stagiaire au Consulat Général de France à Los Angeles