Conférence du Conseil National Américain pour la Science et l’Environnement

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Comme chaque année depuis 13 ans, le Conseil National pour la Science et l’Environnement [1] (National Council for Science and the Environment - NCSE) a tenu sa conférence annuelle du 15 au 17 janvier 2013. Le thème retenu cette année était "désastres et environnement : science, préparation et résilience" ("Disasters and Environment : Science, preparedness and resilience"). Cette conférence, qui a rassemblé des centaines d’universités, d’ONG, de fondations, de "think tanks", de médias et d’industries, a encouragé un dialogue entre les différents acteurs et la rédaction d’une liste de recommandations aux décideurs publics pour mieux se préparer et faire face aux catastrophes.

Le NCSE, une conférence originale

L’une des caractéristiques de cette conférence, revendiquée par le directeur du NCSE, Peter Saundry, est de présenter non seulement des résultats scientifiques mais également de nombreux points de vue sur le sujet abordé, parfois très différents, afin d’en percevoir l’ensemble des aspects. Ainsi, de nombreux acteurs, issus de milieux professionnels très différents se sont succédé à la tribune, chacun expliquant l’importance de la résilience dans son domaine d’activité. La liste complète des intervenants et le détail des sessions sont disponibles sur le site de la conférence : http://www.environmentaldisasters.net/.

L’Ambassade de France a organisé un atelier sur Villes et Catastrophes, avec l’intervention de deux experts : Marie-Hermine de Montangon, Chef de programme en Haïti pour Entrepreneurs du Monde et François Grünewald, Directeur exécutif du groupe URD (Urgence Réhabilitation Développement). L’atelier a produit une dizaine de recommandations concrètes destinées aux décideurs à plusieurs niveaux, telle que la mise en oeuvre de réseaux sociaux concrets (partage d’information sur les compétences et le matériel disponible chez les particuliers), la mise en place de soutien psychologique, tant pour les secouristes que pour les victimes, ou encore la nécessité d’établir préalablement un plan pour la gestion des débris.

Environnement, risques et résilience

Au coeur de la conférence et de la préparation aux risques et aux catastrophes, se trouve la notion de "résilience". Cette notion, encore assez nouvelle il y a quelques années, est devenue très importante dans l’ensemble des secteurs aux Etats-Unis. A titre d’exemple, en 2011, le ministère américain de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security) avait publié pour la première fois un "National Preparedness Goal [2]" (sorte de plan national pour assurer la capacité du pays à répondre aux risques menaçants sa sécurité) dont l’objectif global était de promouvoir une nation "sûre et résiliente".

Rappelons que les Etats-Unis ont connus de nombreux désastres naturels et humains en 2012 [3] et que le Congrès vient tout juste, après de nombreux débats d’accorder une aide de 50 ,5 milliards de dollars aux Etats affectés par Sandy. La notion de résilience est centrale dans ces discussions puisqu’il ne s’agit pas de reconstruire à l’identique, mais bien de reconstruire "plus intelligemment" en tenant compte des limites naturelles et des risques pour les décennies à venir.

De nombreux groupes de travail organisés pendant la conférence ont étudié différents aspects de ce que peut être la résilience aux niveaux local (du quartier à la mégapole en passant les fameuses "communities"), fédéral et international et ont traduit leur expertise en propositions concrètes qui seront transmises au Congrès.

Qu’est-ce que la résilience ?

Une partie des discussions s’est intéressé tout d’abord à définir ce concept, chose qui n’est pas aisée, chaque acteur semblant en avoir sa définition propre. La résilience s’applique aux écosystèmes pour désigner leur capacité à répondre à différents stress, à des perturbations plus ou moins importantes et plus ou moins longues. La résilience est la capacité d’un écosystème à retrouver son état d’équilibre, à "faire face", rapidement, à une perturbation.

Au cours de nombreux débats, les intervenants ont discuté cette notion notamment au regard du développement durable, de l’atténuation et de l’adaptation. Si la résilience peut être vue comme une notion assez proche de l’adaptation, elle se veut plus globale. Le concept de résilience propose de penser en termes de "système" et de travailler sur la capacité globale du système à faire face à différents types de stress, de changements, là où l’adaptation se limite généralement à un type de menace spécifique. Il prend donc en compte l’ensemble des composantes qui font la force d’une société (lien social fort, justice, gouvernance stable, paix, approvisionnement en ressources, économie forte,…). De nombreux intervenants, notamment Nancy Kete, directrice de projets à la Fondation Rockefeller, ont plaidé en faveur du dépassement du débat "atténuation contre adaptation". Selon elle, l’atténuation du changement climatique, par la diminution des émissions de gaz à effet de serre par exemple, est un premier pas vers la résilience. Pour autant, l’atténuation du changement climatique seule ne permet pas de répondre et de se préparer à la montée du niveau des mers par exemple, causé par le changement climatique lié aux quantités accrues de CO2 qui ont déjà été émises au cours des dernières décennies.

Joseph Fiksel, directeur du Centre pour la Résilience à l’Université de l’Ohio, a également discuté le lien entre résilience et développement durable. Selon lui, pour qu’un système soit durable à long terme, il doit tout d’abord être résilient, c’est-à-dire être capable de s’adapter, de développer innovations et nouvelles pratiques pour tenir compte de son environnement, pour assurer son équilibre et sa cohésion sociale et une croissance durable

Construire des sociétés plus résilientes

Au-delà des discussions sur le concept, la conférence proposait de nombreux ateliers, rassemblant des acteurs de terrains avec une approche très concrète.

L’une des études de cas présentée montre l’importance de la prise en compte de la "nature" et des services éco systémiques associés, pour la gestion des villes, en particulier des zones côtières. Face à la pression immobilière, les dunes, les marécages ou encore les forêts sont souvent éliminés sans réelle réflexion sur l’impact de leur destruction pour ces nouvelles constructions. Or, précisément, en cas d’inondations ou de tempêtes, ces structures peuvent protéger les habitants. La préservation de ces services éco systémiques (rendus par les marécages, mangroves, récifs coralliens et forêts par exemple) se révèle même généralement moins coûteuse que les destructions additionnelles occasionnées par leur disparition en cas de tempête par exemple. Le Nature Conservancy a travaillé en collaboration avec des scientifiques pour promouvoir cette approche comme un bon compromis social, économique et environnemental dans de nombreux projets. Un projet réalisé en 2006 dans le New Jersey (South Cape May Meadows), visant à lutter contre l’érosion grâce à la restauration de l’écosystème côtier, a ainsi déjà démontré que ces solutions fonctionnent. En 2011 et en 2012, après les tempêtes Irène et Sandy, les vagues n’ont pas détruit les dunes qui avaient été rénovées, le marécage est resté intact et les habitants n’ont connu que des inondations mineures. Cette approche, avantageuse à la fois écologiquement et économiquement, pourrait être utilisée pour d’autres zones côtières américaines.

Un autre atelier a présenté un projet de l’agence américaine pour la protection de l’environnement (Environnemental Protection Agency - EPA) pour gérer la pollution des eaux (à l’azote et au phosphore) par une approche "systémique" à l’échelle d’un bassin versant (Narrangansett Bay Sustainability Pilot Project [4]). Le projet associe tous les acteurs concernés et évalue l’ensemble des causes et des conséquences de la pollution pour les activités économiques et sociales (notamment la pêche et le tourisme). Ce projet pilote vise à donner aux décideurs publics des outils de modélisations qui prennent en compte l’ensemble des rétroactions, pour pouvoir mieux comprendre l’impact de leurs décisions sur l’ensemble du système, pour encourager une gestion durable de la zone.

Sources :


- [1] Voir le site internet du Conseil National pour la Science et l’Environnement : http://ncse.com/ et le site de la conférence : http://www.environmentaldisasters.net
- [2] Le rapport complet est disponible à l’adresse suivante : http://www.fema.gov/pdf/prepared/npg.pdf
- [3] " Les agences fédérales américaines confirment que 2012 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée" - Bulletins Electroniques Etats-Unis - RAMSTEIN Céline - 25/01/2013 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/72101.htm
- [4] Pour plus de details, voir "Narragansett Bay Sustainability Pilot - Phase Report" 20/03/2012- EPA et al. - http://www.epa.gov/research/docs/nbsp-phase-I-report.pdf

Pour en savoir plus, contacts :


- Site internet du Groupe URD : http://www.urd.org/
- Site internet d’Entrepreneurs du Monde : http://www.entrepreneursdumonde.org/
- Le rapport de la Commission "New-York 2100" : Suite aux évènements climatiques extrêmes connus par l’Etat de New-York et les Etats voisins au cours des derniers mois et années (tempêtes et ouragans Sandy, Irène, Lee), le gouverneur de l’Etat de New-York, Andrew Cuomo, a nommé une commission "New York 2100" en novembre dernier pour étudier les vulnérabilités des infrastructures de l’Etat et les actions nécessaires pour renforcer la résilience de ces systèmes pour faire face aux changements attendus tout au long du XXIème siècle. Le panel, qui rassemblait 25 membres du secteur académique, privé et non-gouvernemental, a publié son rapport le 11 janvier dernier. Le rapport présente un état des lieux des risques principaux pour l’Etat puis propose 9 recommandations cross-sectorielles et une série de recommandations dans cinq secteurs : transports, énergie, utilisation des terres, assurance et financement des infrastructures. Il est disponible en ligne : http://www.governor.ny.gov/assets/documents/NYS2100.pdf
Code brève
ADIT : 72152

Rédacteurs :


- Céline Ramstein, deputy-envt.mst@ambafrance-us.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….