Conférence sur l’IPBES à l’Ambassade de France à Washington

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Le Service Scientifique de l’Ambassade de France à Washington a accueilli le 14 novembre une table ronde [1] sur la Plateforme Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services Ecosystémiques (IPBES), organisée en partenariat avec le bureau pour l’Amérique du Nord du Programme des Nations Unies pour l’Environnement [2] et l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature [3].


Conférence sur l’IPBES à l’Ambassade de France à Washington : Elisabeth Guilbaud-Cox, directrice de la communication du bureau régional pour l’Amérique du Nord du Programme des Nations Unies pour l’Environnement
Crédits : MS&T


L’objectif de cette rencontre était de faire le point sur les avancées de l’IPBES depuis la première séance plénière, début 2013, et de faire émerger des idées et des propositions pour alimenter les discussions de la seconde réunion plénière qui aura lieu à Antalya (Turquie) du 9 au 14 décembre 2013. Cette table ronde ne faisait pas partie des consultations régionales officielles menées par le secrétariat de l’IPBES [4] et se voulait avant tout un échange informel entre scientifiques, diplomates, représentants d’ONG et de think tanks.

La France et l’IPBES

La France a joué un rôle moteur dans la création de l’IPBES. Dès 2005, lors d’une conférence internationale à Paris, le président Jacques Chirac avait lancé un appel pour établir une structure similaire au GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) pour la biodiversité, capable de rassembler des informations scientifiques, crédibles et indépendantes, sur l’état de la biodiversité dans le monde afin d’orienter les politiques publiques. Sous l’impulsion de M. Jacques Weber, alors directeur de l’Institut Français de la Biodiversité, les premières négociations ont permis d’envisager une telle plateforme, alors appelée IMoSEB (International Mechanism of Scientific Expertise on Biodiversity). La création formelle de l’IPBES a eu lieu en avril 2012. La France participe activement à l’IPBES et y est représentée au sein du bureau et du panel d’experts multidisciplinaires, respectivement par Gilles Boeuf, président du Museum National d’Histoire Naturelle et Paul Leadley, professeur à l’université de Paris-Sud.

Quel bilan près de 10 mois après la première plénière de l’IPBES ?

Les participants à la première table-ronde, Thomas Hammond, secrétaire du groupe consultatif scientifique et technique du Fonds pour l’Environnement Mondial, Frank Hawkins, directeur du bureau de l’UICN et Christine Dawson, Directrice du Bureau pour la conservation et l’eau du Département d’Etat à Washington ont rappelé l’importance de la qualité scientifique des travaux conduits au sein de l’IPBES, condition sine qua non pour asseoir sa crédibilité et gagner la confiance de tous les gouvernements. Ils ont rappelé la nécessité de conserver une structure légère et réactive, fondée sur l’expertise par les pairs (peer review) et travaillant sur un nombre limité de priorités. Les intervenants ont également insisté sur le fait que les premières évaluations devront être d’une très grande qualité et qu’il ne faudra pas hésiter à prendre le temps nécessaire pour les réaliser. Ils partagent une attente commune vis-à-vis de la seconde conférence plénière en Turquie, à savoir la production d’un programme de travail concret pour les années à venir, par opposition à la première plénière qui avait surtout abordé les questions d’organisation et de procédures.

Les experts présents ont souligné l’importance de la communication pour l’IPBES et la nécessité de produire des documents courts, compréhensibles et concrets, ainsi que l’expertise partagée, prenant en compte notamment les savoirs et observations des peuples autochtones. Christine Dawson a rappelé que l’administration Obama attache une grande importance à ce que les politiques publiques soient fondées sur des données scientifiques, et soutient donc pleinement l’IPBES. Elle estime également que l’IPBES, doit être une plateforme efficace et éviter tout doublon, en travaillant en liens étroits avec les structures déjà existantes. Afin de faire face au défi constitué par le traitement des masses de données et de connaissances disponibles elle en appelle à un partenariat avec les grandes entreprises du secteur des technologies de l’information et de la communication.

La seconde table-ronde a permis d’aborder le programme de travail et les méthodes d’évaluation qui seront discutées lors de la prochaine réunion plénière de l’IPBES. Chaque intervenant présentait une thématique en lien avec la version préliminaire du programme de travail de l’IPBES. La modératrice du débat, Ann Bartuska, sous-secrétaire adjointe pour la recherche, l’éducation et l’économie au Ministère américain de l’Agriculture et membre du panel d’experts multidisciplinaire de l’IPBES a plaidé pour que les priorités de l’IPBES soient choisies en fonction de leurs impacts opérationnels immédiats en terme d’orientation des politiques publiques. Elle considère que l’IPBES peut jouer un rôle clé pour combler le manque de données dans certains secteurs (notamment sur la dégradation des terres liée aux sécheresses, à la déforestation, à la désertification) et établir une évaluation claire de la situation (taux de déclin des pollinisateurs, ampleur des déforestations…)

Sur la question de la dégradation des terres, Lars Laestadius expert du World Resources Institute a rappelé un biais en matière de suivi et d’évolution de la biodiversité : les résultats dépendent fortement de la base de référence qui est retenue ; il est fréquent que celle-ci concerne une période beaucoup trop récente alors qu’il est important de se référer à l’état initial ou originel de l’écosystème, souvent antérieur à ce que certains scientifiques nomment l’anthropocène.

Plusieurs intervenants ont souligné la nécessité de développer des évaluations socio-économiques de l’impact des changements des écosystèmes ou de la disparition d’une espèce, à l’échelle d’une communauté locale ou à l’échelle globale, pour que les pouvoirs publics et les citoyens perçoivent, de façon plus concrète, l’importance de ces enjeux. Pour le professeur Kai Chan de l’université de Colombie Britannique, il est important qu’une telle évaluation permette de montrer comment les changements écologiques vont affecter économiquement et socialement les individus, sans pour autant éluder les aspects non-économiques et notamment les valeurs culturelles attachées à la biodiversité.


Un Carapa velutina (Meliaceae), arbre en voie de disparition, à l’ouest du Mali
Crédits : Pierre-Michel Forget, 2007


Sur la thématique de l’utilisation durable des services écosystèmiques, Pierre-Michel Forget, du Muséum National d’Histoire Naturelle, a présenté l’exemple de l’huile extraite des noix de Carapa, arbre présent dans certaines zones tropicales. Les propriétés médicinales et cosmétiques de cette huile en font un produit très recherché dans les pays développés et constituent une richesse qui peut être durable si des mesures appropriées de conservation de la forêt sont prises.

Jeffery Pettis, directeur de recherche au Ministère américain de l’Agriculture (spécialiste de la pollinisation et production de nourriture) a souligné que les pays en développement sont ceux qui sont les plus exposés par les atteintes à la biodiversité, notamment en raison de la croissance très forte des besoins alimentaires. Alors que 10% de l’agriculture mondiale dépend des insectes pollinisateurs et représente une valeur de 153 milliards d’euros pour les cultures, il a rappelé la disparition de plus d’un tiers des populations d’abeilles sur les cinq dernières années aux Etats-Unis et dans des proportions sans doute équivalentes dans de nombreux pays développés.

Ces questions seront discutées plus en détails lors de la prochaine réunion plénière de l’IPBES, pour laquelle l’ensemble des documents préparatoire est disponible à l’adresse suivante :
http://www.ipbes.net/plenary/ipbes-2-documents.html.

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] Voir le programme complet ici : http://www.france-science.org/IMG/pdf/agenda_-_ipbes_panel_-_nov_14_2013.pdf
- [2] Le site Internet du bureau pour l’Amérique du Nord du Programme des Nations Unies pour l’Environnement : http://www.rona.unep.org/
- [3] Le site Internet de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature : http://www.iucn.org/about/union/secretariat/offices/usa/
- [4] Pour plus d’informations, voir le site officiel de l’IPBES : http://www.ipbes.net
- [5] Disponible sur : http://www.ipbes.net/images/K1353241-fr.pdf
Code brève
ADIT : 74494

Rédacteurs :


- Céline Ramstein, deputy-envt.mst@ambafrance-us.org ;
- Pierre Michel, attache-envt@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….