Création de la plus grande aire marine protégée du monde en Antarctique

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Le 28 Octobre dernier à Hobart en Tasmanie, les 25 membres de la Commission pour la conservation de la faune et la flore marine de l’Antarctique (24 pays et l’Union Européenne) se sont accordés à l’unanimité pour la création d’une aire marine protégée en mer de Ross (Figure 1 [1]). Rappelons que depuis le 1er Décembre 1959, le traité sur l’Antarctique interdit toutes mesures non pacifiques sur le territoire.

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Figure 1 : Aire marine protégée de la mer de Ross en Antarctique

Mesurant 1,55 millions de km2 soit près de trois fois la superficie de la France, cette zone deviendra à partir de Décembre 2017 la plus grande aire marine protégée au monde.
Originellement proposé par la Nouvelle Zélande et les Etats-Unis en 2012, ce plan est le résultat de plusieurs années de négociations. La Russie, la Chine et l’Ukraine s’opposaient fortement à cette nouvelle aire protégée, inquiets pour l’industrie de la pêche, et notamment la pêche à la légine [1]. Ainsi certains compromis ont été réalisés : la durée d’engagement a été réduite de 15 ans, passant de 50 à 35 années de protection. Par ailleurs 72% de cette aire marine sera une « no-take zone » ; cela signifie que la pêche y sera totalement interdite. En ce qui concerne les 28% restants la pêche à visée de recherche scientifique y sera autorisée.
La mer de Ross, baie profonde de l’Océan austral bordant le continent Antarctique, a été découverte par l’explorateur James Clark Ross en 1841. Elle est dotée d’une biodiversité exceptionnelle : un millier d’espèces d’invertébrés, une centaine d’espèces de poisson, 10 espèces de mammifères marins, et une demi-douzaine d’oiseaux y sont présents ; elle est considérée comme le dernier écosystème marin intact de la planète.

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Figure 2 : Krill, Albatros, Manchot d’Adélie, Phoque de Weddell

Ainsi la mer de Ross abrite de nombreuses espèces remarquables comme le Manchot d’Adélie ; un tiers de leur population mondiale y vit (Figure 2), le Manchot Empereur (Figure 2), l’Albatros, le Phoque de Weddell (Figure 2), l’Orque…
Chris Johnson, de WWF-Australie évoque « un accord d’une importance cruciale non seulement pour protéger l’abondante biodiversité, mais également pour contribuer à développer la résilience de l’océan face au changement climatique ».

Cependant les actions pour la conservation de l’Antarctique sont loin d’être terminées. En effet deux autres projets d’aires marines protégées sont en négociation. L’un, porté par la France et l’Australie, recouvre un million de kilomètres carrés, mais du côté Atlantique cette fois-ci. L’autre, dans la mer de Weddell, à l’Est de la péninsule antarctique, est soutenu par les Allemands. Il reste encore beaucoup de travail à accomplir.

La France quant à elle reste très présente sur ce territoire notamment avec deux bases scientifiques : la base Dumont-d’Urville en terre Adélie, et la base Concordia sur le plateau Antarctique
De plus le 3 novembre 2016, Ségolène Royal a validé le dossier d’extension de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises (Kerguélen, Crozet, Amsterdam, Saint-Paul), qui constituera la plus grande aire marine protégée française et la 5ème plus grande de ce type au monde. L’objectif de cette extension est de construire un schéma de conservation plus cohérent qui prend en compte la continuité écologique entre les écosystèmes terrestres des îles Australes et les écosystèmes marins qui y sont associés depuis la côte jusqu’en limite des zones économiques exclusives.

En y ajoutant la création de l’aire marine protégée de Clipperton, le 23 novembre dernier, 22% des eaux sous juridiction française sont désormais protégées contre 3.8% en 2012. La France dépasse ainsi les objectifs des accords de Grenelle « 20% des eaux protégées pour 2020 ».


Sources :
http://news.nationalgeographic.com/2016/10/ross-sea-marine-protected-area-antarctica/
https://www.ccamlr.org/fr

Rédactrice :
Sandra Jean, Attachée Adjointe pour la Science et la Technologie, deputy-univ@ambascience-usa.org
Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Notes

[1La légine est un gros poisson carnassier à la chair appréciée.