Délocalisation des essais cliniques, une pratique de plus en plus fréquente aux USA

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Depuis quelques années, les Etats-unis se retrouvent devant un paradoxe médical : d’un côté une volonté affichée des pouvoirs publics de poursuivre ardemment la "guerre contre le cancer", d’un autre un manque cruel de volontaires pour les tests cliniques nécessaires aux développement de nouveaux médicaments. En 2007, sur plus de 1,4 million d’individus diagnostiqués avec un cancer, moins de 5% étaient impliqués dans une étude.

Les causes de ce manque d’intérêt sont assez diverses : la crainte d’effets secondaires, la peur de se priver d’un médicament réputé efficace au profit d’un médicament testé, la peur de tomber dans le groupe placebo et de ne recevoir aucun traitement. Le cancer étant une maladie qui se soigne de mieux en mieux, il est plus difficile de trouver des volontaires qui sacrifieraient un traitement relativement sûr à un nouveau médicament. S’ajoute à cela une sérieuse perte de confiance des patients dans les tests cliniques et par dessus tout dans l’industrie pharmaceutique : en effet seuls 14% des américains estiment que les entreprises pharmaceutiques sont honnêtes.

Malheureusement cette baisse de confiance tombe très mal car la demande de volontaires n’a jamais été aussi forte : le nombre de médicaments en développement est passé de 400 en 2001 à 650 l’année dernière et le nombre de patients nécessaires à la validation des essais cliniques ne cesse d’augmenter. Ce manque de volontaires a pour conséquence l’augmentation des délais de mise sur le marché de nouveaux médicaments.

C’est pourquoi les laboratoires pharmaceutiques américains explorent la piste de l’externalisation des essais cliniques. Actuellement environ 43% des tests cliniques pour des médicaments qui seront vendus aux Etats-unis sont pratiqués à l’étranger. Une partie est réalisée dans les pays en voie de développement mais il reste délicat de pratiquer ce type de tests dans ces pays. En effet, même si des lois internationales existent au sujet de l’éthique, il est toujours difficile de savoir si les volontaires impliqués sont réellement volontaires. De plus il est souvent difficile d’assurer un suivi sérieux en terme de qualité ce qui est nécessaire à l’obtention d’une approbation de la FDA.

C’est pourquoi une des destination la plus prisée pour ces tests reste l’Europe où les patients sembleraient beaucoup plus confiants vis à vis des tests cliniques que les américains. Ceci serait dû à une meilleure communication de la part du corps médical et à de meilleures relations entretenues entre médecins et patients.

Ainsi la délocalisation des essais cliniques, de plus en plus courante aux Etats-Unis serait plus subie que provoquée. Economiquement elle n’est pas forcement rentable et les groupes pharmaceutiques américains aimeraient voir le taux de participation des américains à ces tests augmenter. Pour cela il paraît évident qu’un effort de communication doit être fait car il semblerait que trois quarts du grand public n’ait qu’une très petite ou aucune connaissance de ce que sont les essais cliniques et comment y participer.

Source :

"US scientists go abroad to find patients for cancer studies", Emily Anthes et Scott Allen, Boston Globe, 29/12/2007- http://www.boston.com/news/health/articles/2007/12/29/us_cancer_researchers_go_abroad_for_trials/

Pour en savoir plus, contacts :


- Tufts Center for the Study of Drug Development - http://csdd.tufts.edu/
- Center for information and study on clinical research participation - http://www.ciscrp.org/
Code brève
ADIT : 52813

Rédacteur :

Aline Charpentier, deputy-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….