Des initiatives visant à accompagner les post-doctorants en quête d’opportunités au-delà du monde académique

, Partager

La Silicon Valley est régulièrement présentée, à juste titre, comme étant l’une des régions du monde où l’écosystème est le plus propice à l’innovation. A intervalles réguliers, commentaires et analyses louent l’excellence académique locale, l’extraordinaire concentration des acteurs du financement privé, le bourgeonnement d’événements ou entités inspirant/formant/guidant/accélérant le développement d’initiatives entrepreneuriales (incubateurs, conférences, accélérateurs, hackathons, etc.), ainsi que cette culture si particulière, mêlant subtilement entraide permanente et compétition féroce.

Du côté des universités, les scientifiques ont pu parfois se sentir en marge de cet écosytème. Ceci tient à la fois au cloisonnement des spécialités en sciences "dures", à la mentalité particulière de chercheurs parfois désintéressés par le secteur privé, mais également au manque d’information auprès de jeunes scientifiques quant à leurs opportunités au-delà du monde académique. Face à ce constat, les communautés de post-doctorants de Stanford et de UC Berkeley ont décidé de s’organiser et de permettre à ceux qui le souhaitent de découvrir le monde de l’industrie et de l’entrepreneuriat.

Un marché des postes académiques en tension

Le milieu académique aux Etats-Unis est soumis à une pression grandissante en raison de l’important décalage entre le nombre de postes de professeurs disponibles et celui de post-doctorants de qualité se portant candidats. "Pour beaucoup, poursuivre une carrière académique possède également d’importants désavantages : un sacrifice financier conséquent (le salaire annuel d’un post-doctorant tourne autour de $40000 - $60000) [1], une perspective de carrière jonchée de haies administratives (processus de candidatures aux appels d’offres de bourses de recherche longs et fréquents) entrant en conflit avec le temps consacré à leurs travaux de recherche, et une instabilité géographique contraignante. A ceci s’ajoute la longueur de la durée d’obtention d’un poste de professeur titulaire (tenure), variant de 10 à 15 ans." témoigne Ariane Zambiras, ancienne post-doctorante à UC Berkeley. En conséquence, nombre de chercheurs choisissent une autre voie au moment de poursuivre leur carrière.

Stanford, l’exemple AIMS

En 2010, alors en poste à Stanford, trois post-doctorants, dont deux français (Navaline Quach et Stéphane Boutet), décident de créer AIMS (Association for Industry-Minded Stanford Professionals), afin de pallier un problème majeur auxquels ils font face : le manque d’information quant à leurs opportunités dans le secteur privé [2]. "Nous avions découvert à l’époque que deux post-doctorants sur trois poursuivaient leur carrière en dehors des universités, mais nous n’avions aucun moyen de savoir vers quels secteurs ils se dirigeaient et surtout comment ils s’y étaient pris pour intégrer des sociétés privées ou pour fonder la leur" confie Navaline Quach. Tous les trois décident alors d’organiser événements de networking et conférences sur le campus de l’université, conviant à ces occasions des panels composés d’anciens post-doctorants devenus professionnels dans l’industrie ou entrepreneurs. Le but est autant d’inspirer que de créer une communauté suffisamment importante et variée pour pouvoir fournir à chaque post-doctorant une vision d’ensemble des métiers auxquels il ou elle peut postuler, des moyens pour y arriver, d’obtenir des conseils de personnes ayant un parcours proche et de se créer un réseau dans le secteur privé.


Panel organisé par AIMS le 23 février 2015 à Stanford
Crédits : Hocine Lourdani, MST


Au vu de l’affluence lors de l’événement organisé le 23 février dernier au sein de la Stanford School of Medicine, le besoin est réel et l’intérêt pour ces sujets touche un nombre important de jeunes chercheurs. Leurs interrogations semblent majoritairement concerner l’absence de formation orientée ’commerce’, le niveau de responsabilité auxquels ils peuvent prétendre dans une entreprise, et le quotidien de ce type de positions managériales.

Sans être directement lié, il est intéressant de noter l’émergence de nombreuses initiatives de la part de Stanford depuis 2011, dans le but de favoriser la constitution d’équipes pluridisciplinaires et de pousser la création d’entreprises en son sein (StartX, StartXMed, BioX, Stanford Ignite, Stanford Biodesign, etc.) [3] à [7]. "Il est souvent crucial de se former au management et de se bâtir de l’expérience à travers des projets de groupes, afin de pouvoir entrer sur le marché du travail à des positions managériales"’ estime Navaline Quach, défendant l’intérêt pour elle d’avoir suivi le programme Stanford Ignite, programme qui l’a convaincu de poursuivre sa formation en école de gestion afin d’être mieux armée, ce qu’elle a fait en rejoignant l’INSEAD pour un MBA.

UC Berkeley : même constat, solutions proches

Découlant de plusieurs facteurs externes que sont l’émulation avec Stanford, la croissance importante de l’accélérateur Skydeck de la ville de Berkeley, et ici encore un constat parmi les chercheurs lié à un problème d’information identifié et jugé crucial, le Berkeley Postdoc Entrepreneur Program (BPEP) et le Postdoc Industry Exploration Program (PIEP) ont été créés en 2011 et 2012, à UC Berkeley [8] [9]. Depuis, l’affluence est croissante et chaque événement regroupe plus de cent personnes dans l’assistance.

Le but du BPEP est de sensibiliser les post-doctorants, population créative et souvent détentrice de propriété intellectuelle valorisable, à l’entrepreneuriat, ainsi que de leur donner les clés pour développer leur projet. "Ceci se traduit par des conférences d’une heure et demi autour de problématiques marketing, financières ou légales, voire même par l’organisation d’ateliers de travail pour parfaire son pitch (présentation rapide de son entreprise) afin de convaincre des investisseurs potentiels" précise Ariane Zambiras, ancienne membre du comité exécutif de l’association.

Dans un rôle différent mais complémentaire, le PIEP s’astreint lui à maximiser l’exposition de jeunes chercheurs au monde de l’entreprise, notamment par des visites de sites industriels, qui sont autant d’occasions de découvrir leurs opportunités et de se bâtir un réseau utile pour ses recherches d’emploi.

Une problématique plus large de valorisation de la recherche

Ces initiatives, développées par et pour des post-doctorants, témoignent d’une attente importante, de la part de jeunes chercheurs, quant à la mise en place de ponts plus nombreux entre science et entrepreneuriat, de même qu’entre recherche et industrie. Cela interroge plus globalement la valorisation de la recherche, qui est une préoccupation majeure des universités de la Valley. De nombreux programmes ou structures d’accompagnement on été créés ces dernières années, que ce soit à Stanford, UCSF ou UC Berkeley, afin de soutenir à la fois la recherche scientifique et sa transcription économique notamment à travers la création de startups, chose souvent un peu plus délicate à aborder pour des étudiants en thèse ou jeunes chercheurs.

Un parallèle avec la France peut être fait au niveau des grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs, qui ont pour la plupart développé des offres de formation touchant à l’entrepreneuriat, des incubateurs, voire des fonds d’investissement internes. Ceci se traduit également par la multiplication des semaines d’immersion de ces écoles dans la Silicon Valley, afin de s’imprégner de cet écosystème et d’en importer quelles bonnes pratiques à leur retour.

Sources :


- [1] http://postdocs.stanford.edu/handbook/salary.html
- [2] http://aims.stanford.edu/about_us.html
- [3] http://startx.stanford.edu/
- [4] http://startx.stanford.edu/med
- [5] https://biox.stanford.edu/
- [6] http://www.gsb.stanford.edu/programs/stanford-ignite
- [7] http://biodesign.stanford.edu/bdn/index.jsp
- [8] http://bpep.berkeley.edu/
- [9] http://piep.berkeley.edu/

Rédacteurs :


- Hocine Lourdani, San Francisco, hocine.lourdani@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez l’actualité en Californie du Nord sur http://sf.france-science.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….