Des robots livreurs sur les trottoirs à San Francisco : la municipalité va-t-elle bannir les robots de ses trottoirs ?

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Au mois de mars, la société Yelp/eat24 procédait à un essai de robot livreur de plats à emporter dans les rues du quartier Mission à San Francisco. Alors que le cadre légal ne prévoyait pas cette situation inédite, la municipalité de San Francisco avait réagi en demandant que de nouvelles lois et régulations soient mises en place pour préserver le caractère piétonnier des trottoirs. A la suite de ce flottement légal, la municipalité a proposé un cadre pour préserver l’emploi et la sécurité de l’espace public.

Les robots en charge de la livraison

Par l’intermédiaire de la startup Marble qui fabrique des robots, Yelp/eat24 a réalisé des essais dans les quartiers de la Mission et de Potrero à San Francisco au mois de mars. D’autres essais, par différentes startups étaient également en cours à Redwood City et Washington DC. Stanley Tang, co-fondateur de la startup DoorDash avait défendu l’idée que les robots représentaient une très bonne solution pour les livraisons s’effectuant sur de faibles distances. La San Francisco Municipal Transportation Authority, par l’intermédiaire de Norman Yee, avait réagi à cette annonce, soulignant qu’ils n’avaient pas été avertis de ces essais, se déroulant pourtant dans leur juridiction.

La technologie de ces automates est aboutie. Dotés de capteurs multiples, ils sont conçus pour se déplacer au sein de milieux denses, comportant beaucoup d’obstacles. La contrainte de déplacement en milieu urbain implique cependant que ces robots partagent les trottoirs avec les piétons, dont les déplacements sont beaucoup plus imprévisibles.

Des inquiétudes pour les êtres humains

Le commandant de la police de San Francisco Robert O’Sullivan est en faveur d’une législation durcie, estimant que ces robots représentent un danger pour les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite ou encore les enfants. En effet, que se passerait-il si un de ces « véhicules » était heurté par une voiture et retombait sur des personnes ? Selon le CEO de Marble, Matt Delaney, les inquiétudes à propos de ces robots ne sont pas fondées : le partage de la voie publique avec les piétons et les autres véhicules serait d’ores et déjà possible grâce à la technologie que ces automates contiennent.

Jusqu’à présent, ces robots empruntaient les trottoirs sans aucun cadre légal. Les villes de San Carlos, Redwood City et Washington DC se sont prononcées en leur faveur, mais pas San Francisco. Norman Yee a ainsi proposé une loi qui interdit les robots de livraison autonomes sur la voie publique, incluant ceux pilotés à distance par des opérateurs. Soulignant que les trottoirs et les rues étaient conçues pour des êtres humains et non pas pour des robots, sa proposition de loi stipule que chaque livraison faite par l’intermédiaire de robots dans la ville de San Francisco serait punie d’une amende de 1000$, assortie d’une peine de prison pour les éventuels pilotes de ces automates. Marble, par l’intermédiaire de son directeur et co-fondateur, voudrait que l’entreprise soit impliquée dans la création de ce cadre légal avec les autorités de manière à pouvoir créer le cadre le plus adapté à une pratique qui va augmenter dans les années à venir.

Perspectives

Les robots comme intermédiaires de livraison représentent un marché important, indexé sur la croissance du e-commerce et la livraison de repas. Ces dernières années, l’augmentation des achats en ligne a entrainé une augmentation importante du trafic automobile dédié à ces livraisons, avec pour conséquences davantage d’embouteillages et de pollution. Une étude du laboratoire national d’Oak Ridge estime que les véhicules de livraison garés en double-file coûtaient environ 10 milliards de dollars par an aux Etats-Unis (incluant les retards générés par la congestion induite du trafic). Les entreprises fabriquant ces robots de livraison affirment au contraire qu’ils représentent une solution viable pour réduire le trafic urbain, les accidents de la voie publique ainsi que la pollution atmosphérique (étant majoritairement électriques).

Face à cette situation nouvelle, les villes américaines décideront chacune de leur côté si elles autorisent ou non, et selon quelles modalités, ces nouvelles pratiques de mobilité et d’acheminement. Un bras de fer entre les municipalités et les Etats pourrait en résulter, avec à la clé une compétition pour attirer les expérimentations et les futurs investissements.


Rédacteur

- Marc-Emmanuel Perrin, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, San Francisco, deputy-sf@ambascience-usa.org

Sources
- https://www.france-science.org/Des-robots-livreurs-sur-les.html]
- https://www.theguardian.com/sustainable-business/2017/may/31/delivery-robots-drones-san-francisco-public-safety-job-loss-fears-marble
- https://www.researchgate.net/publication/245561262_Estimating_the_Impact_of_Pickup_and_Delivery-Related_Illegal_Parking_Activities_on_Traffic
- http://www.sfgate.com/business/article/San-Francisco-could-ban-sidewalk-delivery-robots-11150856.php
- http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/03/23/mon-livreur-de-pizza-est-un-robot_5099524_3234.html
- https://qz.com/936941food-industry-robots-with-yelp-eat24-and-mcdonalds-mcd-are-showing-up-across-the-world-for-better-or-worse/
- https://techcrunch.com/2017/03/19/yelp-eat24-marble-delivery-robot/
- http://www.sfexaminer.com/sf-craft-rules-robot-delivery-services/