Edition 2010 de l’ECF au MIT : quelle attractivité pour l’Europe ?

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L’"European Career Fair" (ECF) est un événement d’ampleur. Lointain héritier du "Forum USA" qu’a organisé l’Ambassade de France pendant une décennie, L’ECF s’est considérablement développé au cours des dernières années à la faveur d’une forte implication de l’Union Européenne et d’une mobilisation du MIT qui en a fait l’un de ses événements phares de l’année.

L’Europe continue d’attirer…

L’édition 2010, qui s’est tenue du 30 janvier au 1er février 2010, a rencontré un franc succès. Ce sont plus de 4 500 participants qui se sont pressés autour des pavillons d’entreprises et d’institutions de recherche européennes. Plusieurs centaines d’entretiens individualisés ont également eu lieu sur deux autres sites du MIT. L’ECF a fourni l’occasion à de très nombreux chercheurs européens et américains d’établir des contacts avec des employeurs : 1 100 docteurs et 1.000 détenteurs de master étaient inscrits. Quant à la répartition nationale, on note une majorité d’américains (1 600 inscrits, 35%), tous très intéressés par l’Europe en termes d’emplois ou d’activités scientifiques. Viennent ensuite les indiens (700), les chinois (300) puis les allemands (210). La France occupe la seconde place européenne avec quelque 180 inscrits. Quoique moins visible que l’Allemagne, notre pays était cependant bien représenté par ses entreprises (Areva, Saint-Gobain, etc.) et ses institutions de recherche (CNRS, INSERM, CEA, Curie, INRIA, Génopole).

Mais la manifestation va bien au-delà de la rencontre professionnelle pour les étudiants américains, européens ou de nationalité tierce qui souhaitent débuter leur carrière en Europe. L’Union européenne a été à l’origine de deux séminaires qui se sont tenus au "Stata Center" du MIT, l’un sur l’entrepreneuriat, l’autre sur les politiques comparées des Etats-Unis et de l’Europe en matière d’innovation. Chacun des événements a réuni plusieurs centaines de participants, très majoritairement européens, comme s’est plu à le mettre en évidence Charles W. Wessner des Académies Nationales américaines lors d’un vote à main levée.

… ou de repousser

Les attentes des participants ont été à la mesure de leur frustration. En effet, le décalage était grand entre le programme du séminaire et les enseignements à retirer. La Commission, sans doute mal conseillée par sa représentation sur l’auditoire de haut niveau au MIT, a fait intervenir un consultant britannique pour parler de la construction du réseau "EU-US match network" et de ses modestes retombées (3 affaires conclues !) avant de laisser parler des entrepreneurs suisses installés aux Etats-Unis qui se sont empressés de faire valoir les tracas de l’administration américaine et les avantages des incitations à la création d’entreprises en Suisse.

C’était donner la part belle à Charles Wessner qui est intervenu sur l’innovation et l’entrepreneuriat dans les universités américaines : ce dernier a ironisé sur l’attractivité de l’Europe en la mettant en parallèle avec la présence d’entrepreneurs européens aux Etats-Unis… avant de vanter le modèle américain de l’université au coeur des écosystèmes de l’innovation et de l’entreprenariat. Et de souligner la suprématie américaine du seul instrument de soutien à l’innovation dans les PMI-PME, doté de 2,3 milliards de dollars : le SBIR [1] !

Tout était dit. Même les sandwiches, généreusement offerts par la Commission, n’ont pas permis de dissiper le malaise de l’auditoire qui s’attendait non seulement à un meilleur calibrage des interventions européennes mais aussi à une démonstration convaincante des initiatives concrètes de la Commission en matière d’entreprenariat dans le cadre du PCRD7. Las ! Les participants en sont repartis avec un sentiment de déception et avec la conviction que l’Europe n’avait rien à proposer !

Les espoirs de l’assistance majoritairement européenne se sont donc reportés sur le second séminaire qui se tenait dans un amphithéâtre contenant plus de deux cents personnes. Le même Prof. Wessner était cette fois entouré d’universitaires et de responsables de bon niveau, dont Isi Saragossi[2] de la Commission. Si les enjeux de l’innovation ont été clairement mis en évidence, à la fois par les experts américains et européens, la séance n’a pas permis de débattre des difficultés communes aux Etats-Unis et à l’Europe en matière de politique publique sur l’innovation. Rien n’a été dit sur la stratégie de Lisbonne et l’incapacité de l’Europe à atteindre en 2010 l’objectif de 3% du PIB consacré aux dépenses de recherche. Pas un mot non plus sur les mouvements de relocalisation des activités de R&D des grands groupes industriels en direction des grands pays émergents qui fait stagner les dépenses de recherche dans les pays développés.

Lorsque le Prof. Wessner a pris la parole, c’était pour faire une présentation enlevée sur la position et les initiatives fédérales en matière d’innovation. Sans note, se déplaçant avec aisance dans la salle, tour à tour sérieux, séducteur et amusant, le Prof. Wessner a fustigé sans ménagement l’ignorance du Congrès américain sur les enjeux de l’innovation tout en mettant en avant le modèle américain, en particulier celui retenu par le gouvernement américain pour soutenir les entrepreneurs et les activités de création technologique dans le cadre de la crise. Un brin péremptoire, il a conclu sur le fait qu’il n’y avait pas de meilleur système de soutien de l’innovation qu’aux Etats-Unis, "qu’à défaut cela se saurait"…

L’intervention du directeur Isi Saragossi est, elle, tombée totalement à plat car servie par un propos sans substance qui semblait davantage destiné à une commission parlementaire qu’à des chercheurs d’Europe très intéressés à y retourner. Prononcé depuis son séant, le discours de l’intervenant, pourtant formé au MIT, a au total été une occasion perdue de faire valoir les initiatives et les réalisations de la Commission qui pouvaient intéresser son auditoire, comme les bourses de mobilité, l’ERC, les initiatives de la DG entreprises, l’EIB ou les plate formes technologiques européennes. A la question d’un chercheur espagnol du MIT qui s’expliquait sur sa difficulté à accéder aux programmes européens en raison de leur complexité, M. Saragossi a pris le parti d’une réponse technocratique sans lien avec la préoccupation partagée par l’ensemble des participants, celle du retour en Europe.

Au total, c’est bien une impression négative qui se dégage de l’ensemble. Et pour tout dire la déception est grande de la part des européens installés au MIT ou ailleurs dans les universités américaines, qu’ils soient chercheurs ou entrepreneurs. L’Europe, du moins les intervenants qui s’exprimaient en son nom, n’a, une nouvelle fois[3], pas su faire valoir sa position relative, ses atouts et ses réalisations.

Fort heureusement, elle continue d’attirer les étudiants qui sortent du système universitaire américain. C’est sans doute le paradoxe de l’attractivité. Mais à quel prix ?!

[1] Ce n’est pas un hasard, les Académies américaines ont été chargées d’évaluer ce programme en 2007.

[2] Directeur par intérim de la division des investissements de recherche et des liens avec les autres politiques, chef de l’unité "aspects politiques, investissements privés et liens avec l’EIB.

[3] Le passage au MIT du directeur général de la recherche de la DG recherche en fév. 2009 avait suscité le même scepticisme.

Source :

Forum et Sessions à l’ECF

Pour en savoir plus, contacts :

Site de l’"European career Fair" (ECF) : https://www.euro-career.com/
Code brève
ADIT : 62197

Rédacteur :

Antoine Mynard, attach-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….