Election de Donald Trump : quelle sera sa politique scientifique ?

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Donald Trump prendra ses fonctions de 45ème Président des Etats-Unis, le 20 janvier 2017. La majorité dont il disposera dans les deux chambres du Congrès lui donnera un pouvoir étendu sur l’ensemble des grandes agences de recherche américaines.

Les sciences, la technologie et l’innovation (ST&I) furent globalement des sujets mineurs lors de la campagne des présidentielles aux Etats-Unis, si bien qu’il n’existe pas en tant que tel un programme ST&I du Président élu D. Trump. Toutefois, la victoire inattendue du candidat républicain semble provoquer « une onde de choc [1]) » dans les secteurs scientifiques et universitaires qui expriment leur inquiétude et leur incrédulité. Le malaise de ces communautés se nourrit principalement des déclarations spectaculaires sur certaines thématiques scientifiques ou à propos de grandes institutions de recherche.

1. Les réactions de la communauté scientifique

Les réactions de scientifiques, commr Michael Lubell, sont parfois très tranchées, envisageant des conséquences graves de l’élection de D. Trump, ou alors plus prudente, dans l’attente de savoir quelle sera la véritable politique menée par la nouvelle administration.

La communauté scientifique, lors de la campagne présidentielle, avait marqué son opposition au candidat D. Trump. En octobre, un collectif de 370 économistes, dont 8 prix Nobel, avait alerté sur le choix « dangereux et destructeur » du candidat Républicain [2]. Le lendemain de l’élection, Michael Lubell, chargé des Affaires Publiques de l’American Physical Society décrit D. Trump comme étant le « premier Président anti-science de l’histoire » [3] . Robin Bell, un géophysicien de l’Université de Columbia, élu Président de l’Union Américaine de Géophysique fait part du risque que les infrastructures scientifiques aux Etats-Unis soient mises à mal dans tous leurs aspects depuis le financement jusqu’à l’attraction des chercheurs internationaux [4].

Cependant, les grandes organisations représentant la science et la recherche aux Etats-Unis n’ont, pour le moment, pas affiché de positions à la suite du résultat des élections. Des déclarations prudentes telle que celle de l’American Council on Education, la plus grande association de dirigeants d’établissements d’enseignement supérieur américains, exprime ses félicitations et souhaite bonne chance au nouveau Président face aux défis qui l’attendent.

2. Période de transition et nominations

D. Trump prendra ses fonctions à la Maison Blanche le 20 janvier 2017. La période de transition qui commence est particulièrement importante pour l’orientation initiale que l’administration Trump prendra une fois installée. Dans le domaine ST&I, les différentes responsabilités sont réparties entre une grande variété d’organes fédéraux. Certains sont très en vue, comme l’EPA (Environmental Protection Agency), la NASA, la NSF (National Science Foundation), le Département de l’Energie (DOE), ou encore le Département de l’Intérieur qui a sous sa responsabilité les parcs nationaux et la protection des espèces en danger. D’autres sont moins exposés, comme le Département du Commerce qui inclue la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) et le Département de la Santé et des services sociaux qui inclue les NIH (National Institutes of Health) [5].

L’ensemble de ces agences contrôle une très grande partie de la recherche scientifique aux Etats-Unis. Dès lors, les nominations à la tête de ces agences auront un poids crucial pour orienter les priorités scientifiques de la recherche américaine et déterminer le rôle de la science dans les choix de politiques publiques. Ainsi, pour le DOE, D. Trump s’est entouré du lobbyiste Mike McKenna proche des énergéticiens et d’un climato-sceptique, Myron Ebell pour mener la transition à l’EPA. De manière générale les nominations de l’équipe de transition ajoutent à l’inquiétude ambiante.

3. Vision d’ensemble

Les différentes déclarations effectuées lors de la campagne permettent de mettre en lumière les grands enjeux et les incertitudes tant sur la vision générale de D. Trump en matière de science et technologie que sur ses intentions pour les différents secteurs des ST&I [6].

-  Financement de la recherche

Le programme économique de D. Trump prévoit de couper dans les dépenses fédérales, toutefois il n’y a pas de détail sur ces coupes budgétaires et si elles vont affecter les Fonds pour la recherche scientifique. Ainsi, si le candidat D. Trump a affirmé avoir « tellement entendu parler du NIH et c’est terrible » cela ne signifie pas qu’il souhaite couper ses budgets. En effet, ceci est contradictoire avec une autre de ses affirmations : « Bien qu’il y ait de plus en plus de demandes pour réduire les dépenses et pour équilibrer le budget fédéral, nous devons nous engager à investir dans la science, l’ingénierie, la santé et dans les autres domaines qui rendront la vie des américains meilleure, plus sûre et plus prospère ». D. Trump reconnaît également que le progrès scientifique repose sur des investissements de long terme. D’après lui, il est nécessaire de développer des programmes tels que le Viable Space Program ainsi que de favoriser la recherche fondamentale, cette dernière servant d’incubateur à l’innovation et aux progrès scientifiques. Il propose de rassembler diverses parties prenantes pour examiner les priorités du pays, en s’assurant que les financements soient les plus transparents possibles, afin de pouvoir identifier des « gaspillages ».

- Soutien à l’innovation, règlementations et propriété intellectuelle.

D. Trump présente l’innovation comme un produit dérivé du marché libre, les entrepreneurs trouvant toujours de nouvelles entrées sur le marché afin de donner davantage d’options aux consommateurs pour les produits qu’ils désirent. Dès lors, l’action promue par D. Trump, est de réduire les obstacles à l’entrée sur les marchés et travailler à créer un environnement commercial où le commerce équitable soit aussi important que le libre-échange.

D’après D. Trump, les règlementations reposent sur un équilibre entre une économie florissante, la conservation des ressources du pays et la protection des citoyens contre les menaces. Dès lors, D. Trump prévoit que la science a un rôle pour influencer le gouvernement sur les réglementations à mettre en place ou à supprimer afin de créer un marché libre robuste et dynamique pour le secteur privé.

Aussi, D. Trump souhaite un renforcement de la protection des droits de propriété intellectuelle, tout en préservant une liberté contractuelle favorisant la créativité, la croissance et l’innovation. Ce renforcement s’inscrit dans deux dynamiques identifiées par D. Trump : la montée en puissance de l’économie digitale et les questions de sécurité nationale liées à la contrefaçon, venue de l’étranger et en particulier de Chine selon D. Trump, qui compromet les systèmes d’armements et la sécurité des personnels militaires.

-  Intégrité scientifique

Interrogé sur l’intégrité scientifique, l’utilisation de la science, les pressions et les conflits d’intérêts, D. Trump affirme que sous son administration, il y aura une transparence totale.

-  Immigration et attractivité scientifique

Dans sa politique d’immigration (ce point concerne prioritairement la Silicon Valley), D. Trump propose d’augmenter le salaire minimum en vigueur versé aux détenteurs de visas de travail H-1B, dans le but de pousser les entreprises à donner plus d’emplois aux travailleurs nationaux et aux immigrants chômeurs aux États-Unis. En outre, il veut obliger les entreprises à embaucher des Américains avant de considérer les travailleurs étrangers.

4. Programmes sectoriels

-  Energie, Environnement et Climat

C’est dans ce secteur que les annonces les plus radicales ont été faites. Le futur Président, après avoir affirmé durant sa campagne que le réchauffement climatique était une « invention et une manipulation de la Chine pour empêcher l’industrie américaine de prospérer », a fait part à plusieurs reprises de son intention de revenir sur l’Accord de Paris (Cop21) et d’annuler les milliards de dollars de paiements prévus aux Nations unies pour les programmes visant à lutter contre le changement climatique.

D. Trump prône l’indépendance énergétique du pays, via l’exploitation de toute forme d’énergie possible : fossile, nucléaire, biocarburants, solaire, éolienne. Cependant, il s’oppose aux subventions destinées aux producteurs d’énergie solaire et éolienne, et prévoit une augmentation de l’exploitation des combustibles fossiles. Il souhaite relancer les mines de charbon pour créer des emplois. Il prévoit aussi de relancer le projet d’oléoduc Keystone XL, projet américano-canadien auquel le président Barack Obama avait opposé son veto en février 2015. Quant au nucléaire, d’après lui, c’est une source précieuse d’énergie. Dès lors, D. Trump prévoit de torpiller le « Clean Power Plan » du Président Obama qui était la clé de voûte de la politique climatique aux Etats-Unis et qui est actuellement en attente d’un arbitrage de la Cour suprême. Néanmoins, la mise en place de telles politiques énergétiques pourrait ne pas avoir de conséquences directs, au moins dans un premier temps, sur la recherche dans le domaine de l’énergie.

Sur les autres enjeux environnementaux, le virage que prendra l’administration Trump est plus incertain. Si D. Trump a indiqué vouloir diminuer fortement les financements de l’EPA, il a également promis de préserver les habitats naturels et d’assurer un air pur et une eau propre.

D’après D. Trump, les lois doivent être plus équilibrées entre les besoin sociétaux et la préservation des « précieuses » ressources vivantes. Les états et gouvernements locaux doivent avoir plus de pouvoir en ce qui concerne la protection de la faune et le domaine de la pêche.

D. Trump considère que l’accès à l’eau est une priorité et l’un des défis les plus importants pour les générations à venir. Ainsi, des investissements devraient êtes faits dans les infrastructures hydrauliques pour garantir l’accès à une eau potable et abordable. Il souhaite que les processus de désalinisation deviennent moins coûteux, et que l’accès à l’eau soit mieux réparti et accessible aux citoyens et aux agriculteurs.

- Nouvelles Technologies de l’Information, de la Communication et de la Sécurité (NTICS)

D. Trump a fait plusieurs déclarations sur des questions technologiques, dont beaucoup lui ont valu l’animosité de la Silicon Valley. Il a notamment proposé de « fermer les parties de l’Internet où ISIS est présent ». D. Trump s’oppose ainsi à la neutralité de l’Internet. Il a également critiqué Apple pour la fabrication d’iPhones en Chine, et a appelé à un boycott d’Apple en réponse de son refus de développer une entrée de sécurité dans l’iPhone demandée par le Federal Bureau of Investigation (FBI).

-  Santé et biologie

Selon D. Trump, plus de ressources devraient être allouées à la recherche et aux entreprises dans le domaine de la santé publique afin de lutter contre les risques sanitaires. Le budget étant limité, des domaines spécifiques à financer en priorité devront être identifiés grâce à un travail entre l’Administration et le Congrès sur ces thèmes.

Le candidat républicain s’était clairement exprimé contre la recherche sur des cellules-souches embryonnaires et contre leur financement au niveau fédéral. En revanche, il a dit soutenir la recherche sur les cellules-souches adultes et être favorable au rétablissement de la banque nationale de cellules-souches placentaires crée par le President George H.W. Bush et supprimée par son successeur le President Bill Clinton. Il a également appelé à l’interdiction du clonage humain.

-  Espace

Donald Trump n’a pas souvent évoqué le thème de l’espace durant sa campagne, mais a plutôt exprimé un soutien à la recherche spatiale. Sa politique se focalisera probablement plus sur l’exploration humaine de l’espace - à des fins commerciales – et sur le développement technologique, que sur les sciences et l’observation de la Terre. Il a annoncé, peu avant les élections, qu’il nommerait Robert Walker (ancien Député) comme Conseiller pour l’Espace. Ce dernier a indiqué qu’il développerait « une politique sous trois aspects :

  • Engagement dans un leadership global dans le domaine de l’espace. Recentrage de la NASA sur l’exploration de l’espace lointain (au détriment des sciences de la Terre et de la recherche sur le climat)
  • Rétablissement du Conseil national de l’espace qui existait sous Présidence de G.W. Bush)
  • Exploration du système solaire par l’Humain d’ici la fin du Siècle

5. Perspectives

Il demeure difficile à ce stade d’évaluer les conséquences concrètes de l’élection de D. Trump sur le secteur scientifique. La radicalité de ses approches montre une potentielle déstabilisation majeure du secteur : les institutions de la recherche scientifique aux Etats-Unis reposant largement sur des fonds fédéraux, des coupes budgétaires pourraient signifier l’effondrement de programmes entiers. En ce sens, les premières nominations et rumeurs de nominations laissent craindre des virages considérables dans les politiques menées ou dans les budgets accordés aux agences (i.e. EPA) et à certaines thématiques (i.e. climat).

Toutefois le fait que la campagne se soit centrée sur d’autres enjeux nationaux (impôts, commerce, immigration et énergie) et que la position de « businessman », fut souvent mise en avant, laisse à penser qu’une approche pragmatique pourrait être retenue et ainsi une politique conservatrice serait mise en place, mettant de côté les mesures les plus clivantes.

Dans ce contexte d’incertitude, les actions menées en dehors de l’échelle fédérale, par les Etats, les institutions de recherche pourront avoir un poids important pour définir leurs propres politiques scientifiques.


Sources :
Brève élaborée à partir d’une note réalisée par Sarah Mondet du bureau du CNRS à Washington

Rédacteur :
- Natan Leverrier, Attache Adjoint pour la Science et la Technologie, deputy-coop@ambascience-usa.org
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