Entretien avec Gabriel Bousquet, doctorant Fulbright en génie mécanique et sciences énergétiques au MIT

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Fulbright est un programme prestigieux liant les Etats-Unis à plus de 150 pays [1]. Créé en 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il vise à encourager les échanges académiques et culturels. Un protocole d’accord avec la France a été signé dès 1948. Depuis 1965, un système bilatéral de financement a été mis en place entre la France et les Etats-Unis. Plus de 11 500 français et 8 200 américains ont ainsi pu étudier respectivement aux Etats-Unis et en France [2].

Des membres du service scientifique de l’Ambassade de France à Washington ont rencontré Gabriel Bousquet, lauréat du programme Fulbright Science & Technology, lors d’une présentation de posters organisée le 11 juin dernier au Department of State, en l’honneur des étudiants de ce programme.


Céline Ramstein et Thomas Debacker, membres du service scientifique, ont rencontré Gabriel Bousquet au Department of State le 11 juin dernier
Crédits : MS&T


1) Gabriel, pouvez-vous retracer rapidement votre parcours scientifique et les points qui selon vous ont joué un rôle clé dans votre participation au programme ?

Gabriel Bousquet
 : J’ai été admis dans le cadre spécifique du Fulbright Science & Technology program. Particulièrement compétitif, il offrait chaque année un financement de trois ans à une quarantaine d’étudiants étrangers pour leur permettre d’effectuer une thèse aux Etats-Unis. Ma candidature à été examinée en 2008-2009, années du Grenelle de l’Environnement en France et de l’American Clean Energy And Security Act aux Etats-Unis. Mon projet et mon profil étaient dans l’air du temps. En général, les échanges sont co-financés avec le pays partenaire, quoique dans le cas de ce programme, aujourd’hui suspendu, la bourse était entièrement prise en charge par les Etats-Unis.

La transition vers une société reposant sur les énergies renouvelables et la lutte contre le changement climatique me semble représenter l’un des grands enjeux du XXIème siècle. J’ai eu la chance de l’aborder de façon relativement multidisciplinaire au cours de mes études en France (Master de physique de la matière condensée avec une mineure en climat à l’Ecole Normale Supérieure puis Master d’ingénierie de l’énergie à l’Université Paris-VII). Mes expériences en termes de recherche avant le doctorat incluent des stages au CEA et à l’ESPCI (matériaux appliqués à l’énergie photovoltaïque), à Harvard (modélisation du climat), et chez Makani Power. C’est une startup de San Francisco récemment acquise par Google. Elle se donne comme objectif de produire de l’énergie éolienne avec des ailes volantes.

Actuellement, je suis doctorant au MIT (Massachusetts Institute of Technology) dans le département de génie mécanique sous la direction de Jean-Jacques Slotine et Michael Triantafyllou. Nous concevons un système de production d’énergie hydrolienne qui utilise des ailes battantes (flapping foils). Nous développons aussi des algorithmes d’optimisation pour les systèmes dynamiques qui semblent particulièrement adaptés à des applications dans les énergies renouvelables.

2) Que vous a apporté le programme Fulbright ?

GB
 : Fulbright est non seulement un support financier et l’occasion d’accomplir des études ou un séjour de recherche aux Etats-Unis, mais aussi et surtout un réseau international d’une grande richesse. Il permet de rencontrer des gens passionnés issus d’une variété extraordinaire de cultures, de milieux sociaux. Les lauréats viennent de l’Australie au Chili en passant par le Népal, l’Egypte ou la Norvège. Ils se destinent à des professions variées, de la psychiatrie au journalisme en passant par les politiques publiques, l’entrepreneuriat et les sciences.

En obtenant un financement externe à mon université pendant trois ans, j’ai pu profiter des qualités et des spécificités de l’écosystème du MIT, unique au monde, tout en bénéficiant d’une indépendance financière et d’une liberté proches de celle d’un doctorant en France. Fulbright a donc été une expérience extrêmement positive.

3) Est-ce que votre vision des sciences et technologies et vos centres d’intérêt ont évolué depuis votre arrivée au MIT ?

GB
 : Le choc des cultures par rapport à ce que j’avais pu connaître en France a été saisissant. La volonté de lier la recherche à des applications technologiques et industrielles semble bien plus forte ici et la foi dans la capacité de la technologie à apporter des solutions à des problèmes d’origines diverses prévaut. Les questions éthiques sont abordées de manière différentes. On constate aussi des différence de proximité de la recherche avec les entreprises. Le fait d’avoir passé plusieurs années dans deux institutions telles que le MIT et l’ENS, si radicalement différentes, m’a permis de réaliser que, loin d’être antagonistes, leurs approches sont complémentaires sur de nombreux points.

En outre, j’ai pris conscience de l’effet de masse critique dans le processus d’innovation. Une des forces du MIT est de parvenir à faire interagir plusieurs milliers de personnes issues de nombreux domaines technologiques et économiques différents.

Le MIT est un des leaders incontestés de l’innovation académique dans le domaine de l’énergie. Chaque année, la MIT Energy Conference, organisée entièrement par les étudiants, attire environ un millier de professionnels du secteur. Les grands groupes français sont aussi présents. L’organisation de la conférence, qui dure plusieurs mois, est l’occasion pour une centaine d’étudiants (dont beaucoup sont étrangers), de travailler ensemble et d’échanger idées et projets. Une telle dynamique nécessite une masse critique, que peu de nos institutions françaises peuvent atteindre.


Gabriel Bousquet devant un poster présentant ses recherches au Department of State
Crédits : MS&T


4) Quelles sont les motivations qui vous ont conduit à orienter vos recherches vers les énergies renouvelables ?

GB
 : Au-delà de ma famille à qui je dois beaucoup, je suis reconnaissant à la société pour toutes les opportunités qui m’ont été offertes et suis résolu en retour à oeuvrer pour l’intérêt général. Quel sujet concerne plus l’ensemble de nos concitoyens que la lutte contre le changement climatique et le défi de créer un système énergétique durable et renouvelable ? En outre, d’un point de vue purement technique, les sciences et technologies afférentes aux énergies renouvelables sont complexes et passionnantes. Il s’agit de concevoir des systèmes constitués de matériaux innovants. Ceux-ci opèrent dans des environnements hautement dynamiques et incertains, de manière optimisée et robuste, au sein d’un réseau intelligent, le tout à un coût compétitif ! Pour finir, il me semble que la démocratisation récente et toujours plus rapide des capteurs et des systèmes électroniques embarqués va favoriser, de plus en plus, la production renouvelable décentralisée et automatisée par rapport à la production énergétique historique.

5) Il vous reste encore deux ans de recherche et de collaboration avec le MIT, avez-vous déjà des projets pour ces deux années et quelles sont vos aspirations actuelles pour le futur ?

GB
 : J’ai encore beaucoup de choses à apprendre, à découvrir et à construire avant la fin de ma thèse, tant du point de vue scientifique que dans le domaine des "soft skills". Les deux prochaines années s’annoncent passionnantes. Quant à mes projets d’après thèse, je crois en la capacité de la France à relever les défis de la transition énergétique et au rôle moteur qu’elle a à jouer au sein de l’Europe et dans le monde dans ce domaine. Je souhaite donc ramener avec moi en France les aspects positifs de l’enthousiasme, du goût pour l’action, et, en un sens, de la fraîcheur et de la naïveté américaines.

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] Le site du programme Fulbright : http://www.iie.org/fulbright
- [2] Le site français du programme Fulbright : http://www.fulbright-france.org
Code brève
ADIT : 73551

Rédacteurs :


- Céline Ramstein, deputy-envt@ambascience-usa.org ;
- Marc Daumas, attache-it@ambascience-usa.org ;
- Thomas Debacker, deputy-ntics@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org ;
- Suivre le secteur Nouvelles Technologies de l’Information, Communication, Sécurité sur twitter @MST_USA_NTICS.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….