Essor de l’entrepreneuriat social : l’exemple de Bayes Impact

, Partager

L’entrepreneuriat social, une tendance de plus en plus forte


L’entrepreneur de demain sera-t-il obligatoirement social ?
Crédits : MS&T, Source Fotolia


L’entrepreneuriat social (et l’innovation sociale sous-jacente au concept) est actuellement considéré comme une tendance business, technologique et sociétale clé des années à venir, aux Etats-Unis comme en Europe. Offrant de multiples opportunités d’accélérer le développement des zones émergentes et la transition vers des modèles socio-économiques modernisés dans les économies développées, les partisans de l’entrepreneuriat social souhaitent donner aux citoyens du monde le désir d’insuffler (et de financer !) eux-mêmes le changement au sein de leurs communautés.

Dans la région de la Baie de San Francisco, de nombreuses organisations non gouvernementales, associations et/ou programmes dédiés - notamment dans les grandes universités de la région comme UC Berkeley, UCSF et Stanford - voient le jour autour de cette thématique en visant un impact social à grande échelle. Trois activités principales sont globalement privilégiées : l’identification des entrepreneurs sociaux innovants et leur accompagnement afin de les aider à passer rapidement à la vitesse supérieure (une part non négligeable d’entre eux vient de l’université), la combinaison des forces de l’entreprenariat social et de l’entreprise classique pour inventer des solutions hybrides et ambitieuses, et enfin un travail permanent sur le changement culturel et la création d’appétence pour le changement, notamment avec les plus jeunes. L’université de Stanford a par exemple un centre dédié à l’innovation sociale (Center for Social Innovation [1]) ainsi que plusieurs programmes d’entrepreneuriat social dédiés aux étudiants et aux cadres [2-3].

Business et social font-ils bon ménage ?

L’information est passée largement inaperçue en Europe et notamment en France : l’un des plus célèbres fonds d’investissement privés américains, Bain Capital [4], a pris fin août 2014 une participation de 50% dans la plus célèbre entreprise sociale aux Etats-Unis, Tom’s Shoes [5]. La transaction s’élève à 625 millions de dollars, un montant important pour un investissement dans une entreprise sociale (bien évidemment relatif au potentiel de croissance de la société). Démarrée en 2006, la société américaine fabrique et vend des chaussures : pour chaque paire vendue, une autre est offerte à un enfant défavorisé quelque part dans le monde. Le fondateur et toujours CEO - ou plutôt, CSG pour Chief Shoe Giver - Blake Mycoskie a lancé Tom’s Shoes après un voyage en Argentine où il a constaté que plusieurs enfants croisés dans les villages allaient pieds nus [6].

Suite à cet investissement, une annonce a précisé que la moitié des profits de Tom’s Shoes servira à financer une fondation qui encourage l’entrepreneuriat social. Bain Capital a promis d’investir la même somme que Tom’s Shoes dans cette fondation. Bain Capital a également affirmé dans plusieurs communiqués que la mission sociale de l’entreprise est au coeur de son immense succès, et qu’il compte bien la respecter. Il sera intéressant de suivre la société dans les mois et années à venir. Les entreprises sociales ont tout intérêt à trouver des investisseurs partageant leurs valeurs, car les compromis sur le modèle économique choisi sont plus complexes que pour une entreprise ’’traditionnelle’’. Cet investissement est révélateur. Bien qu’elles constituent un groupe largement marginal, les entreprises sociales attirent de plus en plus l’attention des investisseurs : en effet, les consommateurs aiment ce type de sociétés. Faire le bien en consommant est une proposition gagnante, particulièrement chez la génération Millenium !

Coup de projecteur sur Bayes Impact

La rencontre récente du service scientifique avec un jeune Français brillant résidant depuis quelques années dans la région de la Baie de San Francisco, Paul Duan, donne un second éclairage intéressant à la dimension sociale de l’entrepreneuriat et du secteur des technologies. Paul et deux congénères (Andrew Jiang et Eric Liu) ont créé cette année Bayes Impact [7], une structure à but non lucratif entrée dès l’origine dans le célèbre accélérateur Y Combinator [8]. Le but de cette aventure ? Déployer des équipes de scientifiques spécialisés dans l’analyse de données pour travailler en collaboration avec les autorités et entités publiques locales sur des problématiques sociales.

Les projets sur lesquels Bayes Impact travaille sont variés : recherche sur la maladie de Parkinson en partenariat avec la fondation Michael J. Fox [9], contrat pour une société de micro-financement afin d’améliorer la détection de fraudes lors des paiements mobiles, support des autorités pénitentiaires californiennes pour développer un algorithme permettant d’anticiper les récidives chez les détenus [7]. Tous ont un point commun : s’appuyer sur l’analyse de données afin d’augmenter l’impact social des solutions portées par les organismes partenaires.

Au-delà des trois fondateurs, Bayes Impact repose sur un groupe d’une vingtaine de scientifiques seniors issus d’entreprises comme Google et LinkedIn (prêts à une conséquente réduction de salaire pour travailler quelques mois sur des sujets leur tenant particulièrement à coeur !), et a recruté cette année une cohorte de jeunes mathématiciens et statisticiens fraîchement sortis des meilleures universités américaines. Y Combinator et Teespring [10] ont respectivement injecté 50.000 dollars pour permettre à l’initiative de voir le jour [8], initiative dont la pérennité économique repose essentiellement sur ses partenaires publics et privés.

Paul Duan a un avenir radieux devant lui : voilà un exemple vraiment remarquable d’entrepreneur social… de seulement 22 ans !

Sources :


- [1] Center for Social Innovation, Stanford University : http://csi.gsb.stanford.edu/social-entrepreneurship
- [2] Program on Social Entrepreneurship, Stanford’s Center on Democracy, Development, and the Rule of Law : http://pse.stanford.edu/docs/about_pse
- [3] Executive Program in Social Entrepreneurship, Stanford University : http://stanford.io/1BHyjft
- [4] Site internet de Bain Capital : http://www.baincapital.com/
- [5] Site internet de Tom’s Shoes : http://www.toms.com/
- [6] Canning, L. - Entrepreneur the Arts (01/09/14). Business with Purpose : The Next Big Thing. Disponible sur : http://bit.ly/1n7MQzx
- [7] Site internet de Bayes Impact : http://www.bayesimpact.org/
- [8] Lancement de Bayes Impact on TechCrunch : http://tcrn.ch/1nw9YRD
- [9] Fondation Michael J. Fox : https://www.michaeljfox.org/
- [10] Site internet de Teespring : http://teespring.com/

Rédacteurs :


- Pierrick Bouffaron (pierrick.bouffaron@consulfrance-sanfrancisco.org) ;
- Retrouvez l’actualité en Californie sur http://sf.france-science.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….