Etude prospective de l’USDA sur l’évolution du marché agricole de 2013 à 2022

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Le département américain de l’agriculture (USDA) publie chaque année un rapport exposant les prévisions et les tendances pour l’agriculture américaine dans un contexte d’évolution de l’agriculture mondiale - matières premières, marché agricole, indicateurs globaux du système agricole tels que le revenu agricole et les prix alimentaires - pour les dix années à suivre. Les projections de 2013 à 2022, publiées le 11 février dernier, contribuent à une prévision des coûts des programmes agricoles et à la préparation du budget du Président.

Les projections, énoncées dans ce rapport, s’appuient sur des hypothèses relatives aux conditions macro-économiques, aux politiques publiques, aux conditions météorologiques, et aux développements internationaux. Concernant les Etats-Unis, la loi agricole de 2008 (Farm Act 2008) a été supposée étendue et en vigueur pendant toute la période de projection du rapport. Nous avons retenu de développer trois volets de cette étude : les grandes cultures agricoles, les élevages de bétail et les biocarburants. Les données chiffrées et détaillées sont disponibles dans le rapport de l’USDA [1].

Impacts de la croissance économique et de la démographie

Selon les prévisions de l’USDA, l’économie mondiale devrait connaitre un taux de croissance de 3.3% en moyenne par an jusqu’en 2022. Cependant, les prévisions font apparaitre une dichotomie entre la croissance faible mais durable et à long terme des pays développés (moyenne de 4,2% par an), et la croissance forte, et supérieure à la moyenne mondiale, des pays en voie de développement (moyenne annuelle de 5,6%). L’économie américaine devrait quant-à-elle croître de 2.6% annuellement durant les dix prochaines années. Celle de l’Europe ne devrait pas excéder les 1,7% par an en raison des difficultés financières de la zone euro.

Par ailleurs, la croissance de la population mondiale devrait baiser à 1% en moyenne par an jusqu’en 2022, alors qu’elle était de 1,2% durant la dernière décennie. Cette croissance serait plus importante dans les pays en développement qui représenteraient alors 82% de la population mondiale en 2022, contre 80% à l’heure actuelle. Cet accroissement de la démographie dans ces pays entraînera une augmentation et une diversification de la demande alimentaire.

Accroissement du marché des cultures agricoles

Selon les prévisions de l’USDA, la production agricole mondiale de la plupart des grandes cultures devrait augmenter en 2013, comme détaillé ci-dessous pour les céréales les plus importantes.

D’ici 2022, les importations et les exportations de la majorité des céréales devraient s’accentuer. Le marché des céréales fourragères (maïs, orge, sorgho, seigle, avoine, millet, et mélange de graines), devrait croître de 27% entre 2013 et 2022. Pour le maïs, suite à une baisse actuelle des exportations liée aux conditions climatiques de ces dernières années, celles-ci devraient de nouveau croître à partir de 2013. Les chiffres seraient de +46% pour les Etats-Unis et +43% pour l’ancienne Union Soviétique durant la prochaine décennie.

En ce qui concerne le blé, les Etats-Unis, l’Australie, l’Union Européenne, l’Argentine et le Canada devraient rester les principaux exportateurs, représentant 60% du marché mondial. Cependant, pour les Etats-Unis, les exportations devraient décliner de 30 millions de tonnes de blé par an à près de 25 millions de tonnes par an d’ici 2022. L’Union Européenne devrait quant-à-elle atteindre les 25 millions de tonnes par an, chiffre en augmentation depuis 2002 qui représentait 12,5 millions de tonnes exportées sur l’année.

Les exportations de riz, avec pour principal producteur l’Asie, devraient croître de 10 millions de tonnes d’ici 2022, passant ainsi de 40 millions de tonnes par an en 2013 à près de 50 millions de tonnes par an en 2022.

Les exportations annuelles de soja, avec au premier rang les Etats-Unis, le Brésil et l’Argentine, devraient croître de plus de 50% passant de 90 millions de tonnes aujourd’hui à près de 140 millions de tonnes en 2022. Les Etats-Unis représenteraient près de 40 millions de tonnes par an sur le marché.

A long terme, et avec l’augmentation des besoins mondiaux agricoles et de la demande en biocarburant, le marché agricole devrait évoluer vers un maintien des prix du maïs, des oléagineux, et de nombreuses autres cultures au-dessus des prix relevés avant 2007. Cependant, le prix de vente des terres agricoles, qui a connu une augmentation ces dernières années, devrait diminuer, à court terme.

Pour les Etats-Unis, les surfaces cultivées devraient diminuer ces prochaines années, en raison de la diminution des prix de production des cultures, passant ainsi d’une superficie de 102 millions d’hectares en 2013 à une superficie de plantation de 98 millions d’hectares en 2022. Selon le Programme de Conservation des Terres (Conservation Reserve Program), en 2013/2014, 11 millions d’hectares de terres agricoles devraient être retirées des zones de cultures agricoles dans l’objectif de planter des végétaux permettant de contrer l’érosion potentielle. Ce chiffre atteindrait les 13 millions d’hectares d’ici 2022. Par ailleurs, de nombreux travaux de recherche sont actuellement en cours, tels que le développement de nouvelles plantes hybrides ou de nouvelles méthodes de culture, afin d’adapter la production agricole américaine au changement climatique.

Production de viande pour soutenir la demande alimentaire

Les demandes et les importations mondiales en viande, tous types confondus, ne devraient cesser d’augmenter avec une croissance de la consommation de viande de +1,8% par an au travers de la prochaine décennie - avec à savoir un gain de 2,4% pour le boeuf, de 2% pour la volaille et de 1,4% pour la viande de porc.

Une partie des populations des pays en développement, dont les revenus augmenteront durant la prochaine décennie, devrait entrer dans la catégorie des consommateurs de la classe moyenne, et par conséquent voir une modification de leur alimentation qui comportera plus de viandes, de produits laitiers et de produits transformés. Le continent africain et le Moyen-Orient devraient représenter plus de 40% de l’augmentation globale des importations alimentaires. La Russie, cependant, devrait poursuivre sa politique de soutien à la production intérieure de viande afin de limiter les importations.

Concernant les prix, ceux de la viande de boeuf devraient connaître une augmentation jusqu’en 2015 - passant de 126,6 dollars à 128,36 dollars le quintal - avant de diminuer à partir de 2016 pour plusieurs années (123,89 dollars le quintal en 2018). La viande de porc deviendrait plus coûteuse à court terme - passant de 63,47 dollars le quintal en 2012 à 67,85 dollars le quintal en 2014 - avant de diminuer à son tour pour plusieurs années (63,43 dollars le quintal en 2018). Les prix des matières premières alimentaires augmenteraient rapidement, selon les prévisions, en raison des taux d’inflation globaux en 2013 consécutifs à la sécheresse de 2012, comme nous l’évoquions dans un précédent communiqué [2].

Du côté des Etats-Unis, la production totale de viande rouge et de volaille devrait chuter de 2% en 2013 en réponse aux coûts élevés de l’alimentation animale, à la sécheresse dans les plaines du sud des Etats-Unis au cours des deux dernières années, et par conséquent aux baisses de rendements pour les producteurs. La production de viande devrait ensuite reprendre grâce à des rendements qui s’amélioreraient.

Carburants et biocarburants

Le contexte global serait marqué par une augmentation du prix du pétrole brut à l’importation qui devrait atteindre 120 dollars le baril d’ici 2022 alors qu’il est de 93,20 dollars en 2013. Cette hausse du prix du pétrole devrait entraîner une augmentation des coûts de production notamment dans le secteur agricole.

En ce qui concerne les biocarburants, la demande mondiale de matières premières pour leur production devrait continuer de s’accroître, bien qu’à un rythme moins soutenu que les dernières années. Les Etats-Unis, le Brésil, l’Union Européenne, l’Argentine, le Canada, la Chine et l’Indonésie représentent plus de 90% de la production, de la consommation et du marché mondial des biocarburants en 2012. Ce schéma mondial ne devrait pas évoluer de manière significative durant la prochaine décade. Entre 2013 et 2022, la production totale de ces pays devrait augmenter de 30% pour le biodiesel et de 40% pour l’éthanol.

L’Europe devrait rester le plus important importateur de biocarburants jusqu’en 2022. Elle devrait augmenter sa production et ses importations d’oléagineux et de matières premières d’huile végétale en provenance principalement d’Ukraine, de Russie et d’Inde afin d’accroître sa production de biocarburants de 60% d’ici 2022. Selon les prévisions de l’USDA, l’utilisation de graisses animales et d’huiles de cuisson usagées devraient également augmenter au sein de l’Union Européenne.

Le Brésil, second producteur d’éthanol à base de canne à sucre, et l’Argentine, important producteur de biodiesel à base de soja, resteraient les principaux exportateurs mondiaux de biocarburants pour la prochaine décennie.

Aux Etats-Unis, c’est 35% du maïs produit qui serait destiné à la production d’éthanol , contre 40% en 2012. Cependant, dans le secteur des transports américains, la consommation de carburant devrait connaître une expansion d’un niveau plus faible que celui observé ces dernières années pour l’E10 (mélange d’essence avec 10% d’éthanol), l’E15 (mélange d’essence avec 15% d’éthanol mais certains problèmes restent à résoudre pour son développement), et l’E85 (mélange d’essence avec 85% d’éthanol dont le marché est de taille limitée). Cette diminution de la consommation devrait entrainer un développement plus lent de la production de biocarburants chez les principaux pays producteurs - Etats-Unis, Brésil, Europe et Argentine.

La demande en biocarburants est un facteur important à prendre en compte pour réaliser les projections de la consommation mondiale, du commerce mondial et des prix des produits agricoles dans les années à venir.

Conclusion

Les recettes monétaires agricoles et la valeur des exportations des produits agricoles des Etats-Unis devraient se développer après 2015 malgré une baisse des échanges agricoles prévue en 2013. Le prix ​​des denrées alimentaires aux Etats-Unis devrait connaître une augmentation inférieure au taux moyen global d’inflation entre 2014 et 2022, ce qui serait lié, pour une part, à l’augmentation du volume de production du bétail qui permettrait de maintenir les prix de vente de la viande.

Les développements agricoles mondiaux à long terme reflètent une stabilité dans la croissance mondiale, et une demande soutenue pour la production de biocarburants, qui se combinent pour favoriser une augmentation de la consommation des biens agricoles, de leur commerce et des prix. Entre 2013 et 2022, les revenus globaux de la population ainsi que la démographie devraient continuer de croître. Cette croissance entretiendra l’augmentation de la demande mondiale et par conséquent du commerce des produits agricoles.

A retenir que les pays en développement devraient représenter la principale source de croissance de la demande mondiale et des échanges agricoles. La consommation alimentaire est particulièrement sensible à la croissance des revenus dans ces pays, avec un mouvement vers des régimes alimentaires plus diversifiés. Ainsi, la consommation de viande par habitant devrait alors augmenter rapidement, et la demande de produits agricoles serait encore renforcée par le taux de croissance des populations qui serait de l’ordre de deux fois la valeur observée pour les pays développés.

Sources :


- USDA’s Long-term Projections Process - USDA/ERS - 09/02/2013 - http://www.ers.usda.gov/topics/farm-economy/agricultural-baseline-projections/usdas-long-term-projections-process.aspx
- USDA revises corn, soybean crop estimates dramatically lower - Dan Piller et Elizabeth Weise - 10/08/2012 - http://usatoday30.usatoday.com/money/industries/food/story/2012-08-10/drought-corn-soybean-crop-estimates/56930320/1

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] USDA Agricultural Projections to 2022 - USDA - 11/02/2013 - http://www.usda.gov/oce/commodity/projections/USDAAgriculturalProjections2022.pdf
- [2] Les conséquences de la sécheresse aux Etats-Unis - 07/09/2012 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/70897.htm
Code brève
ADIT : 72261

Rédacteurs :


- Cécile Camerlynck, deputy-agro.mst@consulfrance-chicago.org ;
- Adèle Martial, attache-agro.mst@consulfrance-chicago.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….