Evolution du secteur des OGMs aux Etats-Unis et de leur perception

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Les agriculteurs américains ont largement adopté les cultures de plantes génétiquement modifiées depuis leur introduction en 1996 et ce en dépit des incertitudes concernant l’acceptation des consommateurs d’une part et les impacts environnementaux d’autre part. Néanmoins, des évènements récents indiquent une évolution de la perception des OGMs notamment au sein de certains groupes de consommateurs et d’industriels.

Après avoir passé en revue quelques données statistiques clés sur les cultures OGM pour deux plantes très représentatives : le maïs et le soja, nous évoquerons un récent projet de l’USDA qui vise à autoriser la culture "illimitée" de luzerne OGM, puis nous reviendrons sur les inquiétudes de certains industriels face à des produits issus d’OGM et présentant une menace potentielle pour leurs industries.

Tout d’abord, afin de mieux comprendre l’évolution du contexte aux Etats-Unis, voici quelques données fournies par le National Agricultural Statistics Service (NASS) sur les cultures des variétés de soja et de maïs OGM. Celles-ci sont présentées dans les graphiques suivants :


Les tendances sont très nettes : en 2000 la part des cultures de soja OGM était deux fois plus élevée que celle du maïs et aujourd’hui ces deux variétés génétiquement modifiées représentent chacune environ 90% des cultures totales de ces plantes. En ce qui concerne les variétés résistantes aux herbicides (figure 2), celles de soja sont largement plus répandues que celles de maïs.

Fin 2009, l’administration américaine a soutenu une extension des surfaces de certaines cultures génétiquement modifiées entraînant, entre autres, un soulèvement de la part des organisations de sécurité alimentaire. En effet, l’USDA (United States Department of Agriculture) a annoncé son avant-projet, le Environmental Impact Statement (EIS) autorisant les plantations commerciales illimitées dans tous le pays de luzerne génétiquement modifiée Roundup Ready. En réponse à ce projet, le Center for Food Safety (CFS), organisation nationale à but non lucratif fondée en 1997 qui oeuvre pour protéger la santé humaine et l’environnement, a annoncé mi-décembre 2009, qu’il allait créer une coalition regroupant des agriculteurs, des consommateurs et des environnementalistes pour rappeler à l’USDA sa responsabilité vis-à-vis des agriculteurs et des consommateurs.

L’USDA prévoit cependant de poursuivre ce projet malgré les données, de plus en plus nombreuses, mettant en évidence que la luzerne génétiquement modifiée pourrait constituer une menace potentielle pour les agriculteurs et les consommateurs adeptes du "bio" ainsi qu’un danger pour l’environnement. En effet, selon certaines observations d’exploitants de cultures biologiques, les abeilles dispersent le pollen sur des kilomètres ; il est donc inévitable que le pollen génétiquement modifié infeste la luzerne conventionnelle et "biologique", rendant ainsi, en quelques années seulement, quasiment impossible toute culture de luzerne non génétiquement modifiée.

Le CFS, avait déjà entamé un procès sur ce sujet et en 2007, une cour fédérale a statué sur le fait que l’autorisation de la luzerne génétiquement modifiée par l’USDA violait les lois environnementales dans la mesure où elle omettait d’analyser les risques, comme la contamination des cultures de luzerne conventionnelle et le développement de "super plantes" résistantes à l’herbicide de Monsanto, le Roundup. La cour a banni les plantations de luzerne OGM jusqu’à ce que l’USDA ait réalisé une analyse rigoureuse de leurs impacts. Mais l’USDA exclue la possibilité que la luzerne conventionnelle puisse être mise en danger par d’éventuelles contaminations par les plantes OGM.

Les répercussions peuvent être importantes, ainsi par exemple, pour que les produits laitiers soient commercialisés comme "biologiques", il faut que la luzerne utilisée comme fourrage soit elle aussi certifiée "biologique". Cependant, lorsque la contamination par les luzernes génétiquement modifiées devient très étendue, les agriculteurs de produits laitiers biologiques ne sont plus capables de fournir cette garantie.

Selon Andrew Kimbrell, le directeur exécutif du Center of Food Safety, l’annonce de l’USDA est "comme toujours une simple question de business pourvoyant aux intérêts de Monsanto au détriment des agriculteurs et des consommateurs". Selon lui, il s’agit là d’une grande déception concernant la politique de l’administration Obama qui s’était engagée à de nombreuses reprises à soutenir les fermes familiales et à assurer une meilleure traçabilité des produits pour les consommateurs.

Cette recrudescence de l’échelle des cultures OGM n’inquiète pas uniquement les associations de consommateurs adeptes du "bio", certains industriels commencent à les considérer comme une réelle menace. En effet, en février 2009, la perspective d’une mise sur le marché d’une nouvelle variété de maïs génétiquement modifiée à destination de l’industrie des biocarburants a entraîné un soulèvement de certains industriels. Il s’agit de l’entreprise Syngenta AG qui a mis au point un plant de maïs contenant une enzyme lui permettant de convertir directement l’amidon en sucres simples. Cependant, les industriels utilisant l’amidon de maïs dans la confection de leurs produits s’opposent à la mise sur le marché d’un telle variété, craignant la contamination de leurs propres réserves. Ainsi, ils ont demandé à l’USDA de retarder la mise sur le marché du maïs conçu par Syngenta en soutenant le fait que le gouvernement ne disposait pas des données scientifiques nécessaires pour statuer sur l’impact de ces cultures OGMs sur les produits alimentaires. Des études ont donc été menées par l’APHIS (Animal and Plant Health Inspection Service) et il a été établi récemment que ce maïs génétiquement modifié et son amylase ne constituait pas un risque.

Ces données nous montrent qu’aujourd’hui pour le soja et le maïs, aux Etats-Unis, la quasi-totalité des cultures sont des OGMs. Soutenue par l’administration américaine, une majorité d’agriculteurs est déjà bien engagée dans le développement de ce type de cultures et poursuit ses efforts dans ce sens. Malgré cette tendance générale favorable aux cultures OGMs, de plus en plus de consommateurs, voire même d’industriels, s’interrogent sur les impacts de ces produits sur leur santé, sur l’environnement ainsi que sur la pérennité de leurs activités économiques. La prise de conscience des effets et des impacts potentiellement négatifs des OGMs gagne du terrain aux Etats-Unis.

Source :


- USDA again aims to allow unlimited planting of genetically engineered alfalfa - 15/12/2009 - http://truefoodnow.org/2009/12/15/usda-again-aims-to-allow-unlimited-planting-of-genetically-engineered-alfalfa/
- Hard Choice on Syngenta’s Controversial Biotech Corn for Ethanol Awaits Vilsack - Organic Consumer Association - 11/03/2009 - http://www.organicconsumers.org/articles/article_17211.cfm
- Plant Pest Risk Assessment for Event 3272 Corn - USDA - 09/06/2009 - http://www.aphis.usda.gov/brs/aphisdocs/05_28001p_pra.pdf
- Adoption of Genetically Engineered Crops in the U.S. - ERS/USDA - 01/07/2009 - http://www.ers.usda.gov/data/biotechcrops/

Pour en savoir plus, contacts :

Site du Center for Food Safety : http://www.centerforfoodsafety.org
Code brève
ADIT : 61809

Rédacteur :

Magali Muller, deputy-agro.mst@consulfrance-chicago.org ; Adèle Martial, attache-agro.mst@consulfrance-chicago.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….