Examen de passage réussi pour ARPA-e

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L’audition à la Chambre des représentants de l’Agence de recherche avancée en énergie (ARPA-e) concernant l’avancement des projets et le futur de l’agence semble avoir été un succès. Malgré un scepticisme initial du Vice-Président de la Commission pour la Science et la Technologie, le Républicain Hall du Texas, le nouveau patron de l’agence, Arun Majumdar de Berkeley et les autres témoins ont projeté une excellente image de la nouvelle structure.

Une agence "SOS Bureaucrates"

La nature souple et réactive, inscrite dans le cahier des charges de cette agence, logée au sein de l’immense Department of Energy (DoE), a été saluée par les témoins et par les députés au cours de cette audition. La parallèle avec l’agence DARPA - agence du même type créée au sein du Department of Defense pour répondre aux défis posés par les succès de Spoutnik dans les années 1950 - a été repris à de multiples reprises, chacun se félicitant des percées technologiques opérées par DARPA, telles que l’Internet ou encore le GPS.

Le Dr. Majumdar a rappelé qu’il avait conscience des limites temporelles placées sur son équipe, et a souligné à plusieurs reprises l’esprit "entrepreneurial" qui animait ses membres, les comparant à une "bande de frères" qui seraient associés dans une jeune pousse… Et en effet, le travail réalisé en quelques mois est impressionnant, puisqu’une première sélection de 37 projets (sur 370 propositions) a été réalisée à l’automne dernier et qu’un deuxième appel est déjà en cours. L’agence a d’ailleurs été qualifiée de "bureaucracy-buster" en référence au film Ghostbusters (SOS Fantômes)…

Des attentes très fortes

Mais ces premiers succès ne suffisent pas à garantir l’avenir de cette jeune structure. La crise économique et les déficits abyssaux du pays rendent certains législateurs circonspects, c’est le moins que l’on puisse dire. Dans un contexte de crise, c’est la question des emplois qui obsède les représentants du peuple, et plus particulièrement, l’idée que si ARPA-e conduit à développer les technologies de demain, celles-ci ne soient ensuite délocalisées pour la phase de fabrication, comme cela a été le cas dans l’industrie du panneau solaire.

Cette crainte n’a pas été totalement dissipée, le Dr. Majumdar indiquant que sa réelle préoccupation reste aujourd’hui le passage à l’échelle commerciale de toutes les "superbes" inventions qui sortiront des projets. Or, la solution dépasse très largement le champ sur lequel la petite agence a autorité. Il s’agit en effet d’un maillage compliqué de réglementations, de coût du travail, de fiscalité, etc. et non seulement d’un suivi efficace des projets labellisés.

Les échanges ont néanmoins permis de rassurer la législature : bien que les droits de propriété industrielle appartiennent aux porteurs de projet, le DoE a un droit de regard et les conditions sont draconiennes. Il a été confirmé que 90% des fonds alloués par l’agence doivent être consommés par de la recherche sur le territoire américain et qu’en cas de fabrication délocalisée, l’entreprise devra obtenir une dérogation de la part de l’administration américaine.

Un plaidoyer pour l’investissement public

Les panelistes ont également été très convaincants sur la nécessité de maintenir un haut niveau d’implication des deniers publics dans cette phase très amont de la R&D. Le défi énergétique a été présenté par plusieurs membres du panel comme étant le défi à la sécurité nationale de la décennie à venir, citant la concurrence de la Chine et l’importation massive de pétrole comme éléments de fragilité. Or, le sous-investissement dans le secteur de la R&D en énergie par les pouvoirs publics depuis les années 1980 est criant : M. Dennison, de la société de capital-risque Kleiner-Perkins, a comparé les secteurs de l’énergie et de la santé, tous deux pesant près de 15% du PIB américain, mais avec un ratio de 1 à 30 si l’on mesure les investissements dans la R&D. Comme d’autres, il considère qu’il y a une menace sur la compétitivité future du pays, surtout face à la Chine qui fait des avancées spectaculaires (sa part de marché dans le solaire est passée de 2% à 50% en moins d’une décennie, les Etats-Unis ayant fait le chemin inverse).

Le Dr. Pierce de la société DuPont, laquelle a été labellisée dans le premier appel d’ARPA-e, pour un projet sur la production de biobutanol à partir d’algues ($9 millions de subvention), a fort bien démontré le spectaculaire effet de levier que pouvait représenter ce type d’aide publique, même pour des majors puissantes comme la sienne. Mr. Dennison lui a emboité le pas en soutenant que les projets à très haut risque, qu’ARPA-e a pour vocation de financer, ou la "Vallée de la Mort" entre la validation du concept et l’amorce d’une phase de commercialisation, restent par nature du domaine de l’action publique.

A l’issue de la séance, les législateurs semblaient très favorablement disposés envers ARPA-e. La dynamique avait même été inversée, puisque les entreprises du panel (Du Pont, Kleiner Perkins et la jeune start-up Phononic Devices) suggéraient aux députés que la responsabilité leur incombait de créer les conditions pour que le marché se développe aux Etats-Unis. Un exemple parfaitement d’actualité a été avancé : il convient de créer sans délai une exigence minimale de sources renouvelables dans le mix énergétique (le fameux Renewable Electricity Standard), comme il en existe dans 29 états. Pour un industriel, plaidaient-ils, 29 standards différents ne créent pas une certitude de marché suffisante : il faut une norme fédérale homogène…

Source :


- Audition d’ARPA-E à la Commission Science et Technologie de la Chambre des Représentants le 27/01/10
- Note de synthèse réalisée par le Congressional Research Service en Juin 2009 : http://opencrs.com/document/RL34497/2009-04-29/

Pour en savoir plus, contacts :


- Site de ARPA-e - http://arpa-e.energy.gov/
- Bulletin électronique Etats-Unis n°189 : 100 millions de dollars pour la recherche à haut risques dans le domaine énergétique : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61647.htm
- Site de la société Phononic Devices (recherche avancée sur la récupération de chaleur) : http://www.phononicdevices.com/
- Site de la société Kleiner Perkins (Capital risque) : http://www.kpcb.com/initiatives/greentech/index.html
- NY Times du 25 novembre 2009 : "DuPont’s unique Seaweed Venture Nets DOE Cash" : http://www.nytimes.com/gwire/2009/11/25/25greenwire-duponts-unique-seaweed-venture-nets-doe-cash-97651.html
Code brève
ADIT : 62102

Rédacteur :

Marc Magaud, attache-envt.mst@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….