Festival Washington Ideas 2017 : Le professeur Anthony Fauci et le sénateur Chris Coons exposent leurs points de vue sur les grands enjeux de la santé aux Etats-Unis

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Le magazine The Atlantic et le think-tank Aspen Institute organisent depuis neuf ans le festival Washington Ideas. Cet événement réunit chaque année à Washington D.C. des personnalités américaines influentes du journalisme, du monde des affaires, de la politique, de la santé, des sciences, de la technologie et des arts. Ces leaders sont invités pour un forum de deux jours où chacun est interviewé pendant une vingtaine de minutes par un journaliste de renom sur les grandes thématiques de l’actualité nationale et internationale.

L’Aspen Institute et The Atlantic

Les instituts Aspen sont un réseau international de think-tanks présent principalement aux Etats-Unis mais aussi dans de nombreuses capitales du monde entier (à Lyon et Paris en France). L’Aspen Institute vise à « promouvoir le leadership éclairé […] et un dialogue ouvert sur les questions contemporaines ». Le festival Washington Ideas est un des nombreux événements organisés dans ce but chaque année aux Etats-Unis par cet institut.

A l’origine magazine littéraire, The Atlantic est aujourd’hui un magazine mensuel généraliste à tendance, plutôt modéré, qui traite principalement des questions politiques, d’affaires étrangères, d’économie et de culture, mais aussi de science et technologie.

Rencontre « Santé + Science : interroger la médecine moderne »

Dans le cadre d’une série d’événements autour des techniques de la médecine moderne qui rassemblent acteurs scientifiques et politiques, une session du festival Washington Ideas 2017 était dédiée aux questions de santé.

L’accès à des soins de qualité pour un prix abordable, le rôle du gouvernement dans le système de santé, les synergies possibles entre secteurs publics et privés ainsi que la place des Etats-Unis dans le monde en tant que leader dans l’innovation et la recherche médicale sont autant de thématiques qui interrogent le système de santé aux Etats-Unis. Chris Coons, sénateur démocrate du Delaware, et Anthony Fauci, directeur d’un des instituts de recherche médicale les plus importants aux Etats-Unis, ont exposé chacun à leur tour leur vision sur l’évolution de ces grands enjeux lors de cette session.

Anthony Fauci défend l’importance de l’investissement fédéral pour la recherche médicale

Anthony Fauci, immunologiste reconnu pour les avancées qu’il a permis dans la compréhension du sida et pour le développement de traitements dans de nombreuses maladies s’accompagnant d’immunodéficience, est aujourd’hui à la tête d’un des NIH (National Institutes of Health), l’Institut national des allergies et maladies infectieuses (NIAID). Les 27 instituts NIH sont les principaux acteurs au niveau fédéral de la recherche médicale aux Etats-Unis : en 2015, ils représentaient 20% du budget fédéral de recherche et développement.

Interrogé sur la place du gouvernement fédéral dans la médecine aux Etats-Unis, Anthony Fauci a affirmé que le soutien politique à la recherche médicale restait toujours fort malgré les différents changements de gouvernements. Il indiquait également que le secteur public est d’une grande importance pour la recherche médicale : le secteur privé est essentiel pour développer les traitements médicaux mais l’Etat fédéral est indispensable pour la recherche fondamentale et pour développer des traitements pour des maladies qui ne sont pas rentables pour le secteur privé.

En particulier, Anthony Fauci a expliqué la spécificité des maladies infectieuses dont il est en charge dans son institut. En effet, des vaccins, des médicaments peuvent être développés pour une maladie infectieuse mais ne jamais être utilisés car ils ont été conçus en prévention d’une éventuelle épidémie qui peut ne jamais arriver. Le rôle fondamental de la puissance publique dans la gestion des maladies infectieuses est ainsi un rôle de détection et de préparation. Dans le même temps, la recherche médicale pour les maladies infectieuses, ne connaissant pas a priori les épidémies qui vont se développer, cherche davantage à développer des techniques, des ‘plates-formes’ de traitements, qui pourront s’adapter à un grand nombre de virus, à plusieurs épidémies.

Enfin, sur le leadership des Etats-Unis pour la recherche médicale, Anthony Fauci indiquait les grands besoins d’investissement, car malgré le soutien budgétaire relativement constant par les NIH ces dernières années, seul un projet de recherche sur 6 soumis est financé par les NIH. Selon Fauci, ce taux d’acceptation est trop faible et cela signifie que beaucoup de « bonne science » n’est pas financée alors que dans le même temps la Chine a augmenté de 26% ses financements pour la recherche médicale cette année.

Chris Coons : « le progressisme n’est pas uniquement séculier »

Chris Coons est un sénateur démocrate du Delaware élu au Congrès des Etats-Unis depuis 2010. Ayant fait la campagne de Ronald Reagan dans sa jeunesse, il est devenu démocrate à l’université : c’est un élu démocrate modéré qui défend, dans un Sénat à majorité républicaine, l’adoption de solutions bipartisanes.

Le 13 aout dernier, Chris Coons publiait une tribune mettant en garde le parti démocrate contre un éloignement de la religion. En effet, bien qu’environ 80% des américains s’identifient comme ayant une foi religieuse, un sondage récent indique une augmentation de la défiance des sympathisants démocrates envers les organisations religieuses : plus d’un tiers d’entre eux estiment qu’elles ont un impact négatif sur la société. Le sénateur Coons défend une vision contraire et montre que l’histoire des progrès sociétaux aux Etats-Unis n’oppose pas langage rationnel et langage religieux. Il prend l’exemple de Martin Luther King, qui a réussi à défendre les droits civiques non-seulement par la Constitution mais aussi par le gospel.

Dans une Amérique qui peine encore à être complètement convaincue des causes humaines du changement climatique, 32 % de la population des Etats-Unis estiment que les causes du réchauffement sont majoritairement des changements naturels, Chris Coons va jusqu’à soutenir que des arguments religieux créationnistes du type « protéger la Terre telle que Dieu l’a créée » peuvent mobiliser les communautés religieuses à agir en faveur de l’environnement sans que celles-ci n’aient alors à s’accorder sur les causes réelles du changement climatique. Pour le sénateur du Delaware, l’acceptabilité de la science aux Etats-Unis, pour concourir à des progrès sociétaux, ne devrait pas venir s’opposer aux convictions religieuses. Les deux discours, scientifiques et religieux, pourraient venir se renforcer.

Pour finir la rencontre, Chris Coons est revenu sur l’actualité de la réforme du système d’assurance santé aux Etats-Unis. L’abrogation de l’Obamacare venant d’échouer à une courte majorité au Sénat, il indique que le dossier ne manquera pas d’être ré-ouvert prochainement. Il préconise donc une solution bipartisane. Le sénateur indique trois éléments de réforme importants : la stabilisation des prix des médicaments, l’augmentation de la concurrence des assurances et des crédits d’impôt plus important pour les petites entreprises.


Rédacteur :

- Natan Leverrier, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie, Washington, deputy-coop@ambascience-usa.org