Feux verts au Capitole

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Une semaine après le changement de majorité au Capitole, les grandes lignes d’action des démocrates au Sénat et à la Chambre commencent à se profiler. Les commentaires des ONG environnementales, généralement optimistes, demeurent prudents en raison des perspectives de veto présidentiel et de la disparition de certaines voix modérées chez les républicains. Il reste que les partisans de l’environnement comptent une douzaine de représentants et quatre sénateurs de plus à l’issue des élections.
Au Sénat, la future présidente du comité de l’environnement et des ressources naturelles entend faire avancer rapidement le dossier du changement climatique. Deux nouveaux sous-comités seront créés, l’un pour "l’action publique" l’autre pour "l’action privée" contre le réchauffement global, dont les présidents respectifs seront elle-même et le sénateur indépendant Lieberman. Les présidents des autres sous-comités sont tous des élus de tendance "activiste", dont les Sénateurs Clinton (NY) et Lautenberg (NJ). Rappelons que, dans la précédente législature, la présidence du comité était assurée par le sénateur républicain Inhofe (OK) qui qualifiait l’EPA de "bureaucratie gestapiste" et le changement climatique de "plus grand canular jamais perpétré envers le peuple américain".

Les leaders du changement climatique au Sénat (Boxer, Lieberman et Bingaman) viennent d’adresser une lettre au président Bush pour l’exhorter à travailler avec le nouveau congrès "afin qu’une législation significative sur le changement climatique soit passée en 2007". Pour l’instant, l’administration n’a montré aucune volonté réelle d’infléchissement. Cependant, l’annonce de la nomination récente d’un conseiller spécial pour l’énergie (thème que les USA lient à la notion de changement climatique) auprès de Condoleezza Rice est généralement interprétée comme une perte d’influence du conseiller environnement de George Bush, James Connaughton, un farouche opposant à Kyoto.
Une reprise en main environnementale s’annonce également du côté de la chambre. Les nouveaux leaders ont tous d’excellentes références : la future présidente, Nancy Pelosi (CA) enregistre un score environnemental de 92/100 selon la League of Conservation Voters, le futur président du comité des ressources, Nick Rahall (WVa), de 65/100 et celui du comité de l’énergie et du commerce, John Dingell (MI), de 71/100. Ces scores sont à comparer à ceux des titulaires précédents, James Inhofe (5%), Richard Pombo (7%) et Joe Barton (7%).

Les observateurs anticipent cependant quelques divergences entre le Sénat et la Chambre des Représentants sur le thème des standards de consommation des véhicules et les instruments obligatoire de limitation des émissions de GES, en faisant remarquer que le représentant Dingell, élu du Michigan depuis 1955, a toujours été un farouche défenseur de l’industrie automobile. Un second thème, les biocarburants, partage le clan "écologiste", certains redoutant que le développement de cette nouvelle filière ne se fasse au détriment des zones humides et de la faune sauvage. Le débat à venir sur la nouvelle "Farm Bill" verra les organisations environnementales très attentives à des mesures compensatoires et des budgets accrus pour la conservation des zones sensibles.
Par ailleurs, les spécialistes du Capitole remarquent que plusieurs républicains modérés, certains au passé environnemental irréprochable (comme l’ex-sénateur Lincoln Chafee, 78/100), ont été victimes du "vote utile" et qu’il y a donc, entre républicains et démocrates, un chaînon manquant qui rendra plus difficile l’atteinte des compromis nécessaires dans un contexte de courte majorité, notamment au Sénat.
Il reste que le soutien massif apporté par les organisations environnementales aux candidats démocrates débouche sur de fortes attentes, non seulement au niveau fédéral, mais aussi au niveau local. Exemple assez emblématique de ces attentes, en raison de sa réputation volontariste à la mairie de Baltimore, le nouveau gouverneur du Maryland, Martin O’Malley, est déjà soumis à la pression de son électorat écologiste sur les thèmes de la restauration de la Baie de la Chesapeake et le changement climatique. Jusqu’à présent, le Maryland est resté à l’écart des initiatives régionales d’instauration de marché de droits d’émissions de GES, comme le marché régional nord-est (RGGI) et est plutôt en retard du point de vue des énergies renouvelables.

Source :


- http://www.grist.org/news/muck/2006/11/17/boxer/
- http://www.csmonitor.com/2006/1115/p02s02-uspo.html
- http://somd.com/news/headlines/2006/4821.shtml

Pour en savoir plus, contacts :


- Lettre des sénateurs Lieberman, Bingaman et Boxer au président Bush :
http://gristmill.grist.org/story/2006/11/15/185426/84
- Les nouveaux sous-comités du comité de l’environnement et des travaux publics au Sénat :
http://boxer.senate.gov/news/releases/record.cfm?id=265965
- La notation environnementale 2006 des élus, selon la League of Conservation Voters :
http://www.lcv.org/images/client/pdfs/LCV_2006_Scorecard_final.pdf
- Gregory Manuel, conseiller spécial de la secrétaire d’Etat et coordinateur international pour l’énergie : http://www.state.gov/r/pa/prs/ps/2006/75176.htm
Code brève
ADIT : 40200

Rédacteur :

Philippe Jamet, AST, Philippe.Jamet@diplomatie.gouv.fr

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….