GAFAM : les bienfaiteurs insolites de la biomédecine

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3 milliards de dollars. C’est le montant que Priscilla Chan et son mari, Marc Zuckerberg, ont annoncé être sur le point d’investir dans la recherche biomédicale. Bien sûr, le chiffre isolé paraît déjà élevé, mais il l’est encore plus quand on sait que cela représenterait près de 10% du budget annuel des National Institutes for Health (NIH). Par cet investissement, le couple formé par la pédiatre et le dirigeant de Facebook compte réaliser un objectif ambitieux : éliminer, guérir ou prévenir les principales maladies qui touchent l’espèce humaine d’ici à la fin du siècle [1]. L’initiative est on ne peut plus sérieuse puisqu’elle sera dirigée par la neurobiologiste Cornelia Bargmann, avec pour conseillers des scientifiques aussi renommés que Francis Collins, actuel directeur des NIH. Certains engagements ont déjà été envisagés, comme la mise en place de « challenges » au cours desquels seront distribuées des bourses aux projets lauréats. Également, un nouveau centre de recherche biomédicale sera créé grâce à un financement de 600 millions de dollars. Le Chan Zuckerberg Biohub formera un lieu indépendant de collaboration entre les universités de pointe de la Silicon Valley, à savoir UC San Francisco, Stanford University et University of California, Berkeley [2].

Le patron de Facebook est loin d’être le premier des puissants GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) à s’impliquer dans la recherche biomédicale. La Fondation Bill and Melinda Gates a injecté déjà plusieurs milliards de dollars dans l‘International AIDS Vaccine Initiative pour le développement d’un vaccin contre le virus du SIDA et dans la lutte contre les maladies touchant particulièrement les pays du Sud (malaria, dengue…) [3], [4]. Le co-fondateur de Microsoft, Paul Allen, a lui aussi déjà rédigé plusieurs chèques à destination des biosciences, dont un d’une centaine de millions de dollars pour la création d’un institut de biologie cellulaire [5].

D’une manière moins philanthropique mais tout aussi importante, Google et Apple se rapprochent également du secteur de la santé. Alphabet, la maison mère de Google vient d’annoncer qu’elle unirait ses forces avec l’industrie pharmaceutique Sanofi pour le développement de meilleurs outils de mesure de la glycémie pour les personnes diabétiques [6]. Il ne s’agit pas de son premier coup d’essai : il y a quelques mois, le géant s’associait à GlaxoSmithKline pour lancer Galvani Bioelectronics, une entreprise dédiée à la médecine bioélectronique [7]. Apple, avec son ResearchKit et ses différents traqueurs d’activité, s’efforce de faciliter l’acquisition et l’utilisation de données cliniques et de santé pour la recherche [8]. Ces projets ambitieux ont déjà poussé de nombreux scientifiques à délaisser le milieu académique en faveur de ces industriels [9], [10].

Les GAFAM constituent-ils une menace pour la recherche académique ? Si la question est légitime, il semble que les GAFAM apportent plutôt une réponse à un besoin que le système traditionnel ne ne parvenait pas à combler. Ils apportent une force de frappe financière et technologique sans précédent pour des scientifiques dont les découvertes peuvent être limitées par manques d’équipements et d’effectifs. Les chercheurs se voient aussi soulagés de la pression continue liée à la nécessité de publication et de recherche de financements, un gain de temps considérable qu’ils sont en mesure de réinvestir dans leur travail de recherche. En soulageant cet impératif, l’initiative des GAFAM allège également la rivalité sous-jacente qui règne entre les différents pays, institutions et universités. Par ailleurs, comme le démontre le travail du couple Zuckerberg avec les NIH, leur intervention ne semble pas vouée à remplacer le système existant mais plutôt à le renforcer, en stimulant les coopérations internationales et interdisciplinaires. Le futur nous dira si ces interventions sont viables sur le long terme et si elles fournissent les résultats annoncés par ces personnalités classées parmi les plus influentes au monde.


Rédactrice :

- Gabrielle Mérite, attachée adjointe pour la Science et la Technologie, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org