"Global Forest Watch" : un suivi mondial de la couverture forestière

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Global Forest Watch (GFW) est un projet de suivi des dynamiques de déforestation au niveau mondial ; il découle d’une initiative lancée en 1997 par le World Resources Institute (WRI) afin de préserver les forêts encore non exploitées. L’utilisation de nouvelles technologies et l’amélioration de la mise en réseau des partenaires a permis de lancer en 2011 une surveillance systématisée de l’ensemble de la couverture arborée du globe.

L’organisation du Global Forest Watch repose sur le travail commun de différentes organisations : la NASA fournit les images satellitaires, Google est impliqué dans le stockage en ligne de ces données (cloud) et d’autres partenaires du GFW, notamment des chercheurs de l’université du Maryland, développent des algorithmes afin d’analyser l’immense quantité de données pour fournir aux utilisateurs de l’outil une information en quasi temps réel. Cet outil de surveillance est disponible en ligne gratuitement et offre une évolution du couvert forestier avec différentes résolutions spatiales (de 30m, 500 m et au-delà). L’accès des données aux utilisateurs fonctionne à double sens car le projet est aussi ouvert au crowdsourcing. Les utilisateurs ont la possibilité de fournir des données complémentaires à travers un témoignage répertorié sur la carte permettant de donner un éclairage sur la situation locale ; ils peuvent également intervenir dans un processus d’évaluation et de validation des données satellitaires.

L’équipe ayant réalisé la cartographie est dirigée par Matt Hansen de l’université du Maryland ; les données sont fournies gratuitement par le "United States Geological Survey’s center for Earth Resources Observation and Science" avec l’aide de Google Earth Engine. Grâce à la puissance de calcul de cet outil, 650.000 images ont pu être analysées sur la période 1999-2012. Cette représentation des pertes et gains de surface forestière a été mise à jour récemment avec les données de 2013, à cette occasion WRI et GFW ont organisé une conférence le 17 avril 2015 afin de discuter des dynamiques observées et des "histoires" que ces données racontent.

Une perte de couvert forestier toujours importante

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Perte de couvert forestier annuel, en rouge est représenté la moyenne glissante sur 3 ans
Crédits : HANSEN ET AL./GLOBAL FOREST WATCH

La déforestation reste sur 10 ans en légère augmentation, les 5 pays qui ont la perte de couvert forestier la plus grande sur la période 2011-2013 sont la Russie, le Canada, le Brésil, les Etats Unis, et l’Indonésie. La présence dans ce top 5 de pays développés interroge l’efficacité des outils visant à limiter les déforestations tel que le mécanisme REDD (Reducing emissions from deforestation and forest degradation).

Des déforestations aux dynamiques et origines différentes

Le classement des pays avec la plus forte accélération sur la période 2011-2013 fait ressortir des pays différents : Cambodge, Paraguay, Uruguay, Malaisie, Vietnam, Argentine. La présence de pays d’Amérique du Sud pourrait être une conséquence de la réduction de la déforestation au Brésil entrepris ces dernières années, notamment avec la mise en place du "Brazil’s soy moratorium", entrainant un report de la déforestation vers les pays voisins. De même, la forte augmentation observée au Cambodge et au Vietnam serait liée à la demande très forte en bois de la Chine.

Il a en revanche été observé en Indonésie, après des années de hausse, une baisse de moitié de la déforestation en 2013, ceci pourrait être le signe d’une tendance qui pourrait se confirmer pour plusieurs raison : la baisse du prix de l’huile de palme, une économie moins dynamique et la mise en place d’un moratoire sur une surface de la taille du Japon.

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Images satellitaires des pertes de couvert forestier dues aux incendies dans l’Ouest du Québec
Crédits : HANSEN ET AL./GLOBAL FOREST WATCH

On peut observer, sur l’outil en ligne, de nombreuses tâches correspondant à des pertes de couverture forestière boréale au Canada et en Russie ; un zoom sur une image satellitaire montre que celles-ci-sont souvent dues à de larges incendies, celui visible sur la photo a une taille de près d’une centaine de km. Ces observations sont en concordance avec les modèles climatiques qui avaient prédit une augmentation au 21e siècle de la fréquence et de l’intensité des incendies dans cette partie du globe.

Des utilisateurs variés

Cet outil en libre-service pourra servir, dans le cadre des négociations climatiques, au suivi des efforts de réduction de la déforestation par des pays n’ayant pas les moyens de réaliser un tel suivi. C’est aussi un moyen de lancer des alertes puisque les données sont rapidement analysées ; les utilisateurs ont par ailleurs la possibilité de publier une contribution afin de faire remonter une évolution de la situation locale. Des entreprises, Unilever par exemple, souhaitent se saisir de cet outil pour améliorer la gestion de leur approvisionnement en matières premières. Enfin, des couplages avec des données sociologiques peuvent également permettre de montrer l’aspect positif d’une gestion de ces territoires forestiers par les peuples indigènes.

Pour en savoir plus, contacts :
- Carte interactive : http://www.globalforestwatch.org/map/
- Site internet du Global Forest Watch : http://www.globalforestwatch.org/map/

Sources :
- Présentation et vidéo de la conférence : http://www.wri.org/events/2015/04/first-annual-state-global-forests-event
- Article de l’université du Maryland : http://www.umdrightnow.umd.edu/news/umd-leads-1st-local-global-mapping-forest

Rédacteurs :
- Clement Lefort, attaché adjoint pour la science et la technologie : deputy-envt@ambascience-usa.org
- Suivre le secteur sur @FR_US_envt