Google Life Sciences étend ses efforts dans le suivi et le traitement du diabète

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Une stratégie cohérente

Début août, Google a engagé une profonde restructuration en annonçant la création d’une société mère, nommée Alphabet, visant à chapeauter ses diverses activités, devenant chacune une société à part entière (Google bien entendu, mais également Nest, Google X, Google Ventures, Google Capital, Calico et Google Life Sciences) [1]. Il est intéressant de constater qu’au moment de justifier cette décision majeure par la grande diffraction des projets portés et de la nécessité de fragmenter le mode de gestion de ceux-ci, le premier exemple cité par Larry Page, CEO d’Alphabet, dans son communiqué, est celui de ses investissements dans le secteur de la santé. En gardant cela à l’esprit, la récente série d’annonces ambitieuses de Google Life Sciences autour du diabète prend tout son sens.

Google a débuté ses investissements dans le domaine biomédical voici plusieurs années, mettant en place un groupe dédié aux sciences de la vie, dirigé par le biologiste moléculaire Andy Conrad, qui a établi plusieurs partenariats d’envergure avec des acteurs importants du secteur pharmaceutique ou du dispositif médical. L’un des plus marquants fut certainement celui passé en juillet 2014 avec Alcon, filiale de Novartis spécialisée dans les pathologies ophtalmologiques, dans le but de développer des lentilles de contact ‘intelligentes’ dont l’une des applications les plus prometteuses seraient le suivi non invasif et en continu du niveau de glycémie de chaque patient à partir de ses larmes [2]. Ceci fut la première vélléité d’incursion de Google sur le marché du diabète, suivie aujourd’hui d’autres investissements en ce sens.

Deux nouveaux projets prometteurs

En effet, Google a annoncé successivement au mois d’août deux nouveaux partenariats ambitieux, et ce avec deux sociétés incontournables dans le domaine du diabète : Sanofi et Dexcom.

Le 13 août dernier, Dexcom, société californienne développant des dispositifs de suivi en continu de la glycémie des patients, a en effet entamé une collaboration avec Google Life Sciences dans le but de produire des dispositifs de ce type, de l’épaisseur d’un pansement au contact de la peau [3]. Ces dispositifs, appelés CGM (Continuous Glucose Monitoring) permettent d’atteindre 288 mesures de glycémie par jour (soit une toutes les cinq minutes) et ce de manière non invasive [4]. Le coût de tels dispositifs serait également réduit, atteignant à peine $70-75 par semaine et par patient. Et ceci sans compter les potentialités liées à la récupération des données patient issues de ce suivi, permettant à terme de mieux comprendre le développement et l’évolution de la maladie pour chaque patient.

Peu de temps après (31 août), Sanofi annonçait à son tour un projet de coopération avec Google Life Sciences, là encore autour du diabète [5]. Cette pathologie est de longue date une des priorités de la société française, productrice notamment du blockbuster Lantus, et dont 21% du CA découle de ses activités autour du suivi et/ou traitement du diabète. Les détails financiers du contrat n’ont pas été communiqués, au contraire de l’objet de la collaboration. Là où le projet avec Dexcom porte sur la détection et le suivi glycémique, Google et Sanofi travailleront en aval sur de nouveaux dispositifs de délivrance de l’insuline ‘intelligents’, ainsi que sur la création d’une plateforme dans le cloud à destination à la fois des patients et des soignants, leur permettant de mieux suivre l’évolution de la pathologie dans le temps. Sur la base du suivi sanguin en temps réel, Sanofi et Google travailleront sur des méthodes innovantes de délivrance de l’insuline au moment des pics de glycémie, voire même à terme en les anticipant, permettant ainsi de prévenir les nombreuses complications, très souvent liées à une mauvaise observance du traitement.

A la fois un besoin clinique et un marché énormes

Le diabète est aujourd’hui l’une des maladies non-infectieuses les plus importantes dans le monde, à la fois en termes de mortalité que de morbidité. Selon l’OMS en 2014, 9% des adultes en sont atteints et la tendance va clairement vers la progression de cette statistique. Le 8 septembre 2015, une étude publiée par le Journal of the American Medical Association (JAMA) nous apprend que près de 50% des adultes habitant aux Etats-Unis souffrent de diabète ou de pré-diabète, une situation dans laquelle une personne a un taux de glycémie trop élevé et se trouve à risque de développer un diabète [6].

En plus d’être un enjeu de santé publique majeur, le diabète, sous toutes ses formes, représente un coût faramineux pour les systèmes de santé de par le monde, et en particulier aux Etats-Unis, où le coût en 2012 s’élevait à 245 milliards de dollars, selon l’American Diabetes Association [7].

Google mise donc énormément sur ce marché, qui présente également la particularité d’être grandement améliorable, à la fois dans ses modes de traitement que de prévention, ce qui est de plus en plus rare pour une pathologie de cette prévalence. Les traitements actuels, bien qu’en majeure partie excellents sur le papier ou en essais cliniques, se heurtent souvent aux conditions de réalisation pratiques de leur suivi, en particulier dans le cas du diabète de type 1. En effet, la nécessité de répéter plusieurs fois par jour des prises de gouttes de sang à analyser, et de gérer ses injections d’insuline manuellement et là encore de manière répétée chaque jour, s’avère hautement handicapant. Par ailleurs, ce protocole quotidien est souvent le cheval de Troie d’erreurs de dosage, d’oublis ou de mauvaise observance du traitement, notamment sur le long cours. Les innovations sur lesquelles Google a choisi de se concentrer ont le potentiel de résoudre en grande partie ces enjeux de santé publique majeurs et de permettre une bien meilleure prévention et gestion de l’un des maux de notre temps. D’autres annonces suivront certainement dans les prochains mois en ce sens.


Rédacteur :
- Hocine Lourdani, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, San Francisco, hocine.lourdani@ambascience-usa.org ;
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