Google, la Chine et la diplomatie

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La guerre froide a beau sonner comme un concept du siècle dernier, les actes d’espionnages et la compétition technologique entre grandes puissances perdurent aujourd’hui sur un champ de bataille fait de câbles et de transistors où l’arme de choix est l’ordinateur et où les hackers s’introduisent dans les bases de données de grandes compagnies pour y dérober des informations sensibles.

Dans cet affrontement en ligne, la Chine s’est retrouvée impliquée, au cours de la dernière décennie, dans une dizaine d’attaques ayant pour cible des entités américaines - armée, entreprises ou gouvernement. Au début des années 2000, le groupe de hackers chinois "Titan Rain" s’est ainsi rendu célèbre en affirmant s’être emparé de secrets nucléaires et militaires américains. Si le sujet fait aujourd’hui couler beaucoup d’encre entre Pékin, Mountain View et Washington c’est en raison de la révélation surprenante de Google qui menace de cesser ses activités sur le très lucratif marché chinois après avoir été victime d’une attaque.

Google attaqué, mais Google libéré.

Selon le communiqué de Google [1], le moteur de recherche a été victime d’une attaque hautement sophistiquée en provenance de Chine. Des tentatives d’accès à des comptes Gmail de militants pour les droits de l’Homme ont notamment été mises en évidence ; les hackers ayant probablement utilisé des techniques d’hameçonnage [2] ou des logiciels malveillants pour mener à bien leurs attaques. L’enquête diligentée par Google a par ailleurs établi qu’une vingtaine d’autres grandes compagnies des secteurs financiers, médiatiques, chimiques, technologiques et Internet avaient également été pris pour cible par ces attaques.

Si l’attitude habituelle des entreprises visées par des attaques est d’adopter une grande discrétion quant aux événements, Google a choisi de partager les informations autour de ces attaques avec le grand public -peu après avoir alerté le gouvernement américain- en raison des implications en termes de sécurité, de droits de l’Homme et de liberté d’expression. Le moteur de recherche a par ailleurs annoncé qu’il entendait supprimer le filtre de censure imposé par les autorités chinoises même si cela pouvait entraîner un blocage du site sur le territoire chinois.

La réponse diplomatique

Les Etats-Unis ne disposent pas d’une politique formellement établie en matière de cyber-menaces contre les intérêts américains menés par des gouvernements étrangers mais ces dernières attaques pourraient pousser l’élaboration d’une telle politique et alimenter les propositions au Congrès. La réponse habituelle des autorités américaines se résume en général à quelques réactions outragées et des protestations des législateurs tout au plus. "Il est par ailleurs extrêmement difficile d’attribuer avec certitude la parenté d’une attaque à un gouvernement étranger" affirme Greg Nojeim, du Center for Democracy and Technology. "Et même si les preuves sont là, des cyber-représailles ne feraient qu’envenimer le conflit." souligne-t-il.

La secrétaire d’Etat Hilary Clinton a publié une déclaration demandant une explication aux attaques qui "soulèvent de nombreuses questions et de vives inquiétudes". Le lendemain, ce fut au tour du sénateur Joseph Liberman (Indépendant, Connecticut), président du comité de sécurité intérieure et des affaires gouvernementales du Sénat, de réclamer que ces attaques soient combattues "agressivement avec tous les moyens nécessaires".

Selon certains experts, la réponse officielle ne devrait pas aller au-delà du très balladurien [3] "je vous demande de vous arrêter" en raison de la situation économique stratégique de la Chine, qui finance en grande partie le déficit américain. Si l’administration Obama aimerait voir la Chine faire des progrès sur les droits de l’Homme, elle a par ailleurs trop besoin de son aide sur les dossiers du nucléaire Iranien et Nord-Coréen pour se permettre une réponse diplomatique trop vindicative.

Jusqu’à présent les Etats-Unis ont traité séparément les cyber-attaques et les relations diplomatiques avec la Chine et les autres pays mais cette stratégie devient de plus en plus difficile à tenir. Rob Knake, spécialiste de la cybersécurité du Council on Foreign Relations, estime que cette "réticence" à soulever le problème de la censure en Chine "n’est plus une position défendable."

En réaction aux suspicions américaines, le porte parole du ministère des affaires étrangères Chinois a répondu de son côté que "la loi interdit toute activité de piratage" et que "en Chine, Internet est ouvert et le gouvernement chinois encourage son développement". Le site du Bureau chinoix d’information [4] affirme toutefois que le gouvernement poursuivra sa politique visant à conserver certains types d’informations en dehors de la toile en Chine : "la politique des flux sécurisés d’information est une condition fondamentale pour garantir la sécurité de l’Etat et les intérêts fondamentaux du peuple en assurant une société stable et harmonieuse."

David Gross, ancien ambassadeur et coordinateur de la politique internationale pour l’information et les communications au Département d’Etat confirme que les responsable américains ont déjà soulevé la question du fonctionnement de Google sans filtre de censure depuis l’introduction de Google.cn en 2005 mais uniquement lors de réunions privées avec leurs homologues chinois. Il estime cependant que la menace de Google de se retirer du marché chinois ne propulsera en rien la question des droits de l’Homme en haut des discussions intergouvernementales entre les deux Etats.

Source :


- "Alleged China attacks could test U.S. cybersecurity policy" - http://www.computerworld.com/s/article/9144440/Alleged_China_attacks_could_test_U.S._cybersecurity_policy?source=rss_bi
- "Hackers Said to Breach Gmail Accounts in China" - http://www.nytimes.com/2010/01/19/technology/companies/19google.html
- "Google v. China : the Chinese government reacts" - http://arstechnica.com/tech-policy/news/2010/01/google-v-china-the-chinese-government-reacts.ars?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=rss
- "Clinton speech on Internet freedom won’t focus on Google and China" - http://voices.washingtonpost.com/posttech/2010/01/secretary_clinton_speech_on_in.html?wprss=posttech

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] http://googleblog.blogspot.com/2010/01/new-approach-to-china.html?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed :+blogspot/MKuf+(Official+Google+Blog)&utm_content=Netvibes
- [2] hameçonnage : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hameonnage
- [3] http://www.youtube.com/watch?v=V_4CZu4ghMo
- [4] "Bureau de l’information du Conseil d’Etat" http://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_des_affaires_de_l%27Etat_de_la_Rpublique_populaire_de_Chine#Bureaux
- Rapport 2009 de la "US-China Economic and Security Review Commission" au Congrès : http://www.uscc.gov/annual_report/2009/09_annual_report.php
- Rapport "The Capability of the People’s Republic of China to Conduct Cyber Warfare and Computer Network Exploitation" - http://www.uscc.gov/researchpapers/2009/NorthropGrumman_PRC_Cyber_Paper_FINAL_Approved%20Report_16Oct2009.pdf
Code brève
ADIT : 62001

Rédacteur :

Franz Delpontt, deputy-stic.mst@ambafrance-us.org, Twitter : @znarftopled

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….