HEAL : la nouvelle initiative des NIH pour lutter contre l’addiction aux opioïdes aux Etats-Unis

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Le directeur des National Institutes of Health Francis Collins a annoncé ce mercredi lors du 2018 National Rx Drug Abuse and Heroin Summit le lancement de l’initiative inter-agences HEAL (Helping to End Addiction Long-term) pour combattre la crise des opioïdes aux Etats-Unis.

Quelques rappels sur les opioïdes

Les opioïdes sont des substances dites psychotropes, c’est-à-dire dont l’action entraîne une modification de l’état du système nerveux central (SNC). Les opioïdes exercent leur action en se liant aux récepteurs opiacés, largement retrouvés dans le cerveau, mais aussi dans la moelle épinière ou encore le système digestif. Dans l’ensemble, ce sont de (très) puissants analgésiques : ils sont ainsi fréquemment prescrits aux Etats-Unis en tant qu’antidouleurs, dans le cadre de douleurs chroniques. Toutefois, les propriétés thérapeutiques de ces substances sont souvent contrebalancées par l’addiction qu’elles entraînent chez de nombreux patients. Les principaux opioïdes prescrits aux Etats-Unis et impliqués dans des cas mortels d’overdose sont la méthadone, l’oxycodone, l’hydrocodone et le fentanyl (voir figure ci-dessous).

Certains décès sont également la conséquence d’une utilisation récréative non contrôlée. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) rapportent qu’à l’heure actuelle, 25 millions d’américains souffrent de douleurs chroniques. De surcroît, 2 millions d’américains présentent un comportement addictif vis-à-vis des opioïdes.

Une situation de plus en plus préoccupante

Le graphique ci-dessous détaille l’évolution du nombre de décès par overdose liée aux opioïdes aux Etats-Unis entre les années 2000 et 2016.

Entre les années 2000 et 2016, le nombre de cas d’overdoses mortelles d’opioïdes a été multiplié par 4. Lors de l’année 2016, plus de 42 000 personnes sont décédées aux Etats-Unis des suites de telles overdoses, et ces chiffres ne cessent d’augmenter. Même si les données définitives pour l’année 2017 ne sont pas encore disponibles à ce jour, les CDC rapportent que le nombre de consultations aux urgences directement liées à un surdosage d’opioïdes a augmenté de 30% chez les hommes et 24% chez les femmes entre les mois de juillet 2016 et septembre 2017. Une donnée choque plus encore : chaque jour, 115 américains meurent par overdose d’opioïdes.

Un problème majeur de santé publique

Durant l’année 2016, les National Institutes of Health (NIH) ont investi 483 millions de dollars dans la recherche sur la douleur (données NIH.gov). Les projets de recherche soutenus par les NIH incluent notamment l’étude des mécanismes cellulaires et moléculaires des douleurs aigues et chroniques, et le développement de nouvelles thérapies antidouleurs efficaces et sans dangers pour le patient.
Le 26 Octobre 2017, l’administration Trump caractérisait la crise d’opioïdes d’"urgence de santé publique". Dans la foulée de ce discours, les NIH publiaient leur « Federal Pain Research Strategy » qui décrivait la priorisation des fonds accordés aux différents projets.
Il y a quelques semaines, le Président Trump dévoilait son nouveau plan de lutte contre la consommation abusive d’opioïdes, et annonçait vouloir réduire d’un tiers le nombre de prescriptions d’opioïdes aux Etats-Unis dans les trois années à venir. C’est désormais au tour des NIH de (re)passer à l’action avec cette nouvelle initiative de recherche.

Des investissements financiers doublés et de nouveaux partenariats

Pour consolider leurs efforts dans la lutte contre ce « fléau américain », les NIH vont pratiquement doubler le financement de la recherche contre l’addiction aux opioïdes, passant de 600 millions de dollars durant l’année fiscale 2016 à 1,1 milliard pour l’année 2018. Cette annonce a été faite lors du 2018 National Rx Drug Abuse and Heroin Summit, qui réunit chaque année - et ce depuis 2012- toutes les parties prenantes (agences locales, étatiques, fédérales, académiques, professionnels de santé..) impliquées dans la lutte contre l’addiction aux opioïdes.
Les NIH entendent également mettre en place de nouveaux partenariats public-privé avec des entreprises pharmaceutiques pour développer de nouveaux traitements antidouleurs non addictif.

La compréhension des mécanismes entraînant la déviation de douleurs aiguës vers des douleurs chroniques sera particulièrement étudiée. Cette compréhension doit permettre à moyen terme le développement de traitements antidouleurs non addictifs qui constitueraient une alternative nécessaire à l’utilisation récurrente d’opioïdes dans le cadre de traitements thérapeutiques.


Rédacteur :

- Raphaël Dubois, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Los Angeles, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org