Impact économique des biocarburants

, Partager

D’après une étude publiée par Fuels America fin avril [1], une organisation qui milite pour le développement des carburants alternatifs, l’industrie des biocarburants a créé près de 500.000 emplois dans le Middle West et injecte environ 100 milliards de dollars dans l’activité économique de la région. Le rapport, publié fin Avril, a retenu comme biocarburant les additifs issus de plantes pour le diesel et l’essence conventionnelle. C’est-à-dire principalement l’éthanol issu du maïs, ainsi que l’éthanol cellulosique obtenu à partir de déchets d’usine (tiges de maïs et autres résidus de plante).


Crédits : MS&T, Source Fotolia


L’étude a estimé que 174.000 emplois sont directement impliqués dans l’industrie des biocarburants dans le Middle West, avec plus de 80% d’entre eux dans l’agriculture et le reste dans le secteur manufacturier, commerce de détail et de gros. Le montant total des salaires directs s’élève à 11 milliards de dollars. Les emplois induits par cette activité biocarburant chez les fournisseurs et les biens et services sont également très importants puisque près de 290.000 emplois supplémentaires sont ainsi générés. Les deux poids lourds du secteur sont l’Illinois et l’Iowa avec respectivement 75.000 emplois et 19 milliards de dollars injectées dans les économies locales.

L’étude intervient alors que l’industrie des biocarburants subit une pression croissante. L’agence américaine de protection de l’environnement EPA a radicalement baissé ses objectifs pour l’éthanol cellulosique quand seulement environ 810.000 gallons ont été produits contre les 6 millions attendus, selon Bloomberg News. D’autres réductions sont encore possibles alors que la production totale se rapproche de la "limite de mélange", ce qui signifie que la production de biocarburants atteint les 10% de la consommation d’essence. Les combustibles à plus de 10% de biocarburants ne sont pas autorisés aux Etats-Unis, même si certains pays permettent des mélanges avec des teneurs plus élevées. Les biocarburants sont également menacés sur la colline du Capitole. Un projet de loi été déposé le 10 avril 2014 par le républicain Bob Goodlatte. Selon cette proposition de loi, l’EPA ne pourrait plus approuver de carburants avec plus de 10% d’éthanol. Ce projet de loi a été transmis au sous-comité sur l’énergie et l’alimentation.

Les adversaires des biocarburants affirment qu’ils faussent le marché libre et augmentent le coût des céréales pour la consommation humaine et animale. Des études récentes ont également suggéré que l’utilisation de biocarburants pourrait avoir des conséquences imprévues sur l’environnement, comme encourager les agriculteurs à utiliser les terres protégées pour la culture du maïs, ce qui augmente la pollution par l’utilisation des engrais et met en péril l’habitat des animaux. Jon Doggett, vice-président pour la politique publique de la "National Corn Growers Association", a fait remarquer que ces critiques ne tiennent pas compte d’éléments importants tels que la réduction des importations de pétrole, ce qui réduit la pollution et le déficit commercial. Les biocarburants permettent aussi une agriculture économiquement viable pour les jeunes qui, autrement, se tourneraient vers des emplois urbains. Et beaucoup de fermiers sont très attachés au fait de voir leurs enfants prendre leur suite dans les exploitations.

Adam Monroe, président de la société de biotechnologie Novozymes, a souligné que les sociétés comme la sienne créent des emplois de haut niveau en recherche et développement dans le secteur des biocarburants. Il pense que l’industrie pétrolière se sent menacée par les progrès des biocarburants car ils réduisent la demande en carburants fossiles. Et on sait combien le lobby des pétroliers est puissant aux Etats-Unis.

Il n’en reste pas moins que les biocarburants issus de l’agriculture, biocarburant de première génération, représentent une menace pour l’environnement, mais ils génèrent par ailleurs une activité économique importante qui présente les avantages d’être décentralisée et non délocalisable. Il est donc important de conserver le bénéfice économique mais d’éliminer la menace écologique. La solution pourrait voir le jour avec l’arrivée des biocarburants de deuxième génération, pour lesquels les plantes non alimentaires et les déchets végétaux sont utilisés. L’exploitation de cette ressource présente en plus l’avantage de contenir de nombreuses molécules d’intérêt pour la chimie verte et la pharmacie. Ces molécules sont très importantes car elles permettent d’une part d’augmenter le rendement économique du procédé de production de biocarburants, et d’autre part elles permettent de rendre moins polluantes les voies de synthèse utilisées par les industries chimiques et pharmaceutiques. Le bénéfice écologique s’étend donc bien au-delà de la simple production de carburant alternatif.

Les biocarburants de première génération ont permis la mise en place d’une filière industrielle viable économiquement, comme nous l’avons vu précédemment. Mais il est temps maintenant d’évoluer vers un modèle durable.

Sources :

[1] Report on Renewable Fuels Employment Footprint study, conducted by John Dunham and Associates and released by Fuels America - http://www.fuelsamerica.org/page/-/Press%20releases/Footprint%20Analysis%20National%20Release.pdf

Pour en savoir plus, contacts :

Fuels America http://www.fuelsamerica.org/
Code brève
ADIT : 75834

Rédacteurs :


- Marc Rousset, attache-agro@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….