Innovation américaine : le classement 2012 des états

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Considérée comme une nation très compétitive jusqu’au début des années 2000, les Etats-Unis doivent aujourd’hui non seulement faire face à la montée en puissance d’autres pays mais aussi à une insuffisante adaptation à la globalisation de leur économie ainsi qu’à la baisse relative de leurs capacités d’innovation. C’est, sans surprise, le point de départ et la conclusion de l’étude 2012 de la Fondation américaine pour les Technologies de l’Information et l’Innovation (ITIF). Selon elle, ses propres indicateurs concordent avec ceux du Boston Consulting Group (BCG) ou du Forum économique mondial (WEF) : les Etats-Unis perdent leur position dominante. Ils occupent désormais la 8ème place des pays les plus compétitifs en matière d’innovation alors qu’ils se situaient à la 1ère à la fin des années 1990. Et ce n’est pas tout : en matière de progression de la compétitivité au cours des 10 dernières années, l’ITIF établit que la position relative des Etats-Unis s’est écroulée pour atteindre la 42ème position du classement sur les 44 pays pris en considération !

Que faire pour améliorer la compétitivité économique et faire retrouver aux Etats-Unis sa position dominante en matière d’innovation ? Comme l’indiquait déjà en 2011 Robert Litan, du département "recherche et politique" de la Fondation Kaufman, "la croissance et la stabilité économique d’un pays proviennent d’un juste équilibre entre les entreprises hautement productives et le développement d’entreprises innovantes plus adaptées à la nouvelle économie". Et cette même fondation va encore plus loin en estimant que l’innovation est susceptible d’être prochainement responsable de plus de 90% de l’augmentation du revenu par habitant américain. C’est dire l’importance qu’on lui donne !

Mais revenons à l’étude de l’ITIF. Très clairement, son approche pour mesurer les évolutions de l’innovation n’a pas grand-chose à voir avec l’étude des Académies nationales sur le même sujet dont nous avons rendu compte en septembre 2012 [1] [2]. Alors qu’elles partaient des "piliers" de l’innovation américaine (laboratoires fédéraux, système de protection intellectuelle, etc.) pour envisager des mesures correctives destinées à faire en sorte que les E.-U. retrouvent une position dominante, l’ITIF adopte une autre méthode. Elle repose essentiellement sur la mesure d’indicateurs au niveau des états. Ce que l’ITIF appelle la "structure idéale de la nouvelle économie" est, selon elle, liée à la capacité d’un pays, - et dans le cas des Etats-Unis, de chacun des états fédérés - à générer de l’innovation et à adapter leur modèle structurel. Si l’ITIF met l’accent sur les attributs de la "nouvelle économie", c’est parce qu’elle est susceptible de prendre le relais des secteurs où les E.-U. ont perdu des positions de marché au niveau mondial. Il s’agit avant tout de l’industrie manufacturière (automobile, machine-outil, etc.) qui, malheureusement, continue d’être pour un grand nombre d’états américains un secteur économique dominant et unique. Pour l’ITIF, les leviers de l’innovation sont ailleurs, et, en agissant sur ces derniers, la compétitivité augmente. La "nouvelle économie" repose donc sur :
- l’innovation et les activités reposant sur la connaissance
- la globalisation
- l’entrepreneuriat
- les technologies de l’information

La 6ème édition de l’étude "State Economy Index" de l’ITIF mesure au final la compétitivité des états américains à travers leur adaptation aux nouveaux défis posés par la "nouvelle économie". Pour ce faire les états américains ont été étudiés et classés sur la base de 26 indicateurs appartenant à 5 catégories correspondant, selon les auteurs, à des critères de performance :
- La concentration d’emplois exigeant plus de deux années d’études supérieures
- La mondialisation ("globalisation") d’un état, c’est-à-dire sa capacité à s’internationaliser et à nouer des partenariats au niveau mondial
- Le dynamisme économique : brevets déposés, nombre de JEI créées, renouvellement des emplois
- Le taux de pénétration des nouvelles technologies de l’information
- La capacité d’innovation : investissements en R&D, nombre d’emplois dans les secteurs de pointe, activités de capital risque…

Le résultat est sans appel : pour la cinquième fois consécutive, le Massachusetts arrive largement en tête de l’étude (avec un score de 92,4/100) et se présente donc comme l’Etat qui a le mieux assimilé les caractéristiques fondamentales de la nouvelle économie, notamment en ce qui concerne sa capacité à favoriser l’innovation et l’entrepreneuriat. Mais rien n’est acquis, la situation évolue. Le Massachusetts n’est plus sans concurrent, comme cela était encore le cas en 2010. Il est désormais talonné par le Delaware (avec 82,1 points et qui gagne quatre places dans le classement), l’Etat de Washington (79,5 points), la Californie (79,1 points), le Maryland (79,1 points) et la Virginie (77,9 points). Viennent ensuite le Colorado, l’Utah, le Connecticut, le New Jersey et l’Etat de New York.

Pour les auteurs, les états en tête de classement sont les mieux placés pour aborder la mondialisation : ils bénéficient de solides fondations pour se développer dans le sens de la nouvelle économie (ressources humaines, secteurs économiques en pointe, attractivité, infrastructures de recherche etc.) et connaissent la croissance. D’un point de vue régional, les zones les plus compétitives sont le Nord-Est, les états atlantiques du centre et les régions du Pacifique. 13 des 20 états les plus compétitifs se trouvent dans ces régions. A l’opposé du classement, 18 des 20 états les moins compétitifs se trouvent dans les régions centrales de l’Ouest ("MidWest"), dans les Grandes Plaines et le Sud. Les deux états les plus à la traîne sont la Virginie occidentale et le Mississippi. Parmi les dix derniers figurent également l’Arkansas, l’Oklaoma, l’Alabama, le Kentucky, la Louisiane, le Dakota du sud, l’Indiana et le Wyoming.

L’étude remarque que les états les plus compétitifs présentent plusieurs points communs. En plus de bénéficier d’une concentration supérieure d’entreprises de haute technologie, ces états présentent également une proportion plus élevée de personnes avec une formation supérieure (plus de deux ans d’études) travaillant dans les "knowledge jobs", c’est-à-dire des emplois réclamant un niveau élevé de connaissances. Le développement de l’entrepreneuriat y est également bien plus important qu’ailleurs avec un taux de création de start-ups bien supérieur à la moyenne du pays. Enfin, dernier atout et non des moindres, les états performants ont su se doter de structures (privées ou publiques) permettant un développement naturel de l’innovation technologique.

Malheureusement tous les états ne bénéficient pas des mêmes atouts que le Massachusetts, loin s’en faut. Les régions les moins bien positionnées s’appuient encore trop largement sur l’exploitation des ressources naturelles ou sur la production de masse dans des marchés matures tout en continuant de rechercher leur avantage compétitif dans la baisse des coûts plutôt que dans l’innovation. Selon l’étude, il conviendrait que ces états tirent davantage parti de la révolution engendrée par les technologies de l’information. Ces dernières permettent, via la virtualisation, de relocaliser ou de créer des entreprises innovantes dans des régions moins denses, avec des coûts moindres que ceux observés dans des zones urbaines.

Si certains états sont donc bien positionnés pour affronter les nouveaux défis, d’autres ont encore un long chemin à parcourir pour se trouver en meilleure position. Comme l’indiquait déjà en 2011 le Dr Robert D. Atkinson, président de l’ITIF, "Les états considèrent souvent leurs voisins comme seuls concurrents, alors qu’il en existe partout dans le monde. Si, au contraire, ils mettaient en place des initiatives pour s’internationaliser, aider l’entrepreneuriat ou investir dans la R&D et le transfert de technologies, ils (et la Nation toute entière) seraient bien plus compétitifs sur l’échiquier mondial".

Reste à savoir ce qu’en pensent le Gouvernement fédéral et le Parlement américain !

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] BE300 "Comment relever les défis de l’innovation selon les Académies nationales américaines ? Partie 1/2 : un diagnostic inquiétant teinté d’autosatisfaction" (31/08/2012) . http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/70832.htm
- [2] BE301 "Comment relever les défis de l’innovation selon les Académies nationales américaines ? Partie 2/2 : des consignes banales, des suggestions originales" (07/09/2012) . http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/70899.htm
Code brève
ADIT : 71876

Rédacteurs :


- Antoine Mynard (attache-inno@ambascience-usa.org) ;
- David Boucard-Planel ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….