Joe Biden et la Maison Blanche lancent une initiative d’ampleur dans la recherche contre le cancer

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Fin octobre 2015, en même temps qu’il déclarait officiellement renoncer à poursuivre toute ambition dans la course à l’investiture démocrate, le Vice-Président Joe Biden annonçait désirer se consacrer à une cause en particulier d’ici le terme de son mandat, à savoir la recherche contre le cancer. [1] Biden, dont le fils Beau est décédé en mai 2015 d’un cancer du cerveau à l’âge de 46 ans, appelait de ses vœux à cette occasion le lancement d’une initiative d’ampleur visant à traiter cette famille de pathologies qui a encore fait près de 600 000 victimes aux États-Unis en 2015.

“Mettre un terme au cancer”

Cet appel a été entendu par le Président Obama qui, au cours de son discours sur l’état de l’Union mi-janvier 2016, a chargé officiellement Joe Biden de prendre la tête d’une initiative baptisée National Cancer Moonshot, souhaitant que les États-Unis soient “le pays qui mettra un terme au cancer, une fois pour toutes”. [2]

Le soir-même, M. Biden dévoilait les grandes lignes de son plan, axé sur deux points majeurs : l’augmentation substantielle des fonds, aussi bien publics que privés, alloués à la lutte contre le cancer, ainsi que la nécessité de faire en sorte que l’ensemble des acteurs travaillant sur le sujet collaborent plus efficacement et partagent plus d’informations. [3]

Pour ce faire, M. Biden vise à coordonner les efforts du gouvernement, d’industriels, de chercheurs, de praticiens et de philanthropes afin de guider les investissements, de les coordonner au travers des différents silos et de favoriser le partage d’informations parmi ces différents types d’entités.

Si l’initiative a été bien reçue dans la communauté scientifique, un grand nombre de chercheurs ont néanmoins immédiatement fait part de leur circonspection quant à la possibilité de trouver un traitement pour “le cancer”. [4] En effet, les avancées récentes de la recherche biomédicale ont permis de mettre en évidence que ce que nous avons pris l’habitude de regrouper sous un seul nom recouvrait en réalité une myriade de pathologies différentes, à la fois du point de vue des causes que des traitements potentiels, rendant illusoire de prétendre y trouver un traitement unique. Ce n’est effectivement pas la prétention de l’initiative, dont l’ambition ne manque pas pour autant.

Des moyens importants alloués

En effet, le 2 février 2016, la Maison Blanche a dévoilé les détails du National Cancer Moonshot, qui se voit doté d’une “Task Force” et abondé à hauteur d’un milliard de dollars pour débuter. Cette somme se compose de $195 millions immédiatement ajoutés au financement des NIH pour l’année fiscale 2016, et prévoit l’ajout de $755 millions de plus pour l’année fiscale 2017, à destination des activités de recherche des NIH et de la FDA. Les Départements de la Défense (DoD) et des Vétérans (VA) sont également mis à contribution. [5]

Ces investissements ont été pensés dans le but de poursuivre plusieurs objectifs : une meilleure prévention/détection, des traitements plus efficaces, mais également des enjeux technologiques et d’infrastructures.

Le premier point recouvre principalement le développement de vaccins ciblant certains types de cancers spécifiques, ainsi que la question de la détection précoce du développement de pathologies tumorales, en tirant parti des avancées de la génomique et de la protéomique notamment afin de caractériser des marqueurs moléculaires de tumeurs. Le second entend poursuivre les efforts de recherche notamment dans les champs de l’immuno-oncologie, de l’oncologie pédiatrique et des combinaisons de traitements. D’un point de vue technologique, les progrès de l’analyse génomique des tumeurs et des cellules adjacentes constituent une priorité, de même que le stockage centralisé et l’accès aisé à ces données au sein des communautés scientifique et médicale. Enfin, la FDA va mettre en place un centre virtuel, baptisé Oncology Center of Excellence, dont le rôle sera d’accélérer le développement, la mise sur le marché et l’évaluation des traitements, méthodes de diagnostic ou dispositifs médicaux susceptibles d’améliorer la gestion et le traitement du cancer. [5]

Une priorité pour Joe Biden et l’administration Obama

Depuis plusieurs mois maintenant, Joe Biden rencontre de nombreux chercheurs et institutions en pointe dans la recherche aux États-Unis. Ce fut encore le cas le 28 février dernier lors de sa visite à l’Université de Californie à San Francisco (UCSF). [6] A cette occasion, le Vice-Président a notamment rappelé sa conviction de se trouver à un point d’inflexion déterminant dans la recherche en oncologie, ainsi que la nécessité de favoriser la collaboration autant que faire se peut. [7] Par ailleurs, un nouveau fonds, nommé Exceptional Opportunities in Cancer Research Fund, sera dédié au financement de projets de recherche collaboratifs, au risque élevé mais dont le bénéfice l’est tout autant (high-risk, high-reward). [8]

Cette tournée des acteurs (chercheurs, universités, groupes privés, patients) démontre l’importance du sujet pour Joe Biden, qui n’a pas caché ses motivations personnelles. Au-delà de M. Biden cependant, cette initiative est une nouvelle preuve de l’importance accordée à la recherche biomédicale par l’administration Obama, faisant suite à l’augmentation significative du budget des NIH ces dernières années, ou encore au lancement de la Precision Medicine Initiative l’an dernier. [9]


Rédacteur :
- Hocine Lourdani, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, San Francisco, hocine.lourdani@ambascience-usa.org ;
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