L’Etat de Californie accroit son soutien aux incubateurs du système University of California

, Partager

Depuis le lancement il y a dix ans de son incubateur dans une salle du campus de Mission Bay d’UC San Francisco par l’Institute for Quantitative Biosciences (QB3 – l’un des quatre Instituts pour la Science et l’Innovation lancés par le Gouverneur Davis en 2000, avec Calit2, le CNSI et le CITRIS), l’idée a fait son chemin de contribuer à faire croître un écosystème d’innovation directement dédié à la transformation des idées ou inventions générées par l’activité de recherche produite par les campus de l’Université de Californie en sociétés innovantes.

Le modèle –initialement frappé du soupçon d’irréalisme- du QB3 en est arrivé au fur et à mesure des années à être considéré comme un exemple archétypal de ce pourquoi les autorités publiques avaient intérêt à soutenir l’expansion dudit modèle. C’est la raison pour laquelle Jaqui Irwin, membre démocrate de l’Assemblée de Californie, vient de faire voter à l’Assemblée un texte législatif qui offre 22 millions de dollars annuels pendant trois ans aux dix campus de l’Université de Californie [1] et au Lawrence Berkeley National Lab. L’idée explicite ici à l’œuvre est d’utiliser l’atout incomparable de l’activité de recherche de l’Université de Californie non seulement pour sa production de main-d’œuvre surqualifiée et talentueuse, mais aussi de démultiplier l’investissement qu’elle représente en croissance économique par la création d’entreprises fondées sur l’innovation scientifique et technologique.

Cette idée même d’incuber des sociétés en sciences de la vie représente une extension ou un pivot certain dans la vocation originelle du concept original de QB3. Issu d’un rapprochement entre UC Berkeley, UC San Francisco et UC Davis, celui-ci avait une feuille de route initiale dédiée au soutien de la science, au développement de l’économie californienne et à la transformation de lascience en bien public, mais c’est très largement la première de ces missions qui l’emportait dans la version initiale des premières années de QB3.

Mais, en 2006, le directeur du QB3, le Dr. Regis Kelly et son directeur adjoint, le Dr ? Douglas Crawford ont eu une idée : au moment où le Byers Hall D’UCSF avait été construit, un espace réduit au second étage –improprement markété ‘Incubator Lab’- avait été réservé pour les collaborations industrie-université, mais n’avait alors été utilisé que comme espace de stockage, faute d’activité dédiée. Kelly et Crawford ont très rapidement pris l’initiative de reconfigurer l’espace comme incubateur, le Garage QB3 – ainsi nommé en allusion et dans l’esprit de l’histoire mythologique de la Silicon Valley et des garages dans lesquels avaient éclos Hewlett-Pakard, Apple ou Google, à ceci près que ce garage serait dédié aux sociétés des sciences de la vie.

De manière pas inintéressante, le concept même de louer des espaces de laboratoires et de fournir l’équipement pour des activités de wet lab avait été reçu avec beaucoup de réticence par les différents advisory boards de QB3. Les membres de ceux-ci, parmi lesquels des investisseurs très en vue de la Silicon Valley, avaient à l’unanimité exprimé leur crainte de ce qu’un tel dispositif créerait un espace au sein duquel les chercheurs et leurs idées se sédimenteraient sans qu’aucune de leurs sociétés ne puisse réellement croître.

La première génération de startups accueillies au sein de l’incubateur a de fait rapidement balayé ce scepticisme : des six accueillies, quatre ont reçu un investissement en série A et la cinquième –True Materials- a été rapidement rachetée par Affymetrix. Plus encore, la réduction du risque technique et des coûts de fonctionnement afférente au principe même de l’incubateur a très rapidement fait se démultiplier la demande –et les besoins, amenant à l’ouverture d’autres incubateurs QB3 à Berkeley (2011) puis dans des endroits affiliés autour de la baie de San Francisco.

Le projet initial s’est en outre depuis organiquement développé : en 2009, Kelly et Crawford ont lancé Mission Bay Capital, un fond d’investissement en seed money qui gère aujourd’hui 36 millions de dollars et qui compte à son portefeuille des actifs comme Redwood Biosciences (spinoff d’UC Berkeley) ou Calithera (spinoff d’UCSF) ; en 2013, QB3 a lancé un incubateur privé (QB3@953) qui a généré du profit après seulement cinq mois d’existence.

La croissance de QB3 repose sur la démonstration de résultats quantifiables : en 2014 –dernière année disponible-, les sociétés du réseau, représentant 411 startups employant 1 728 personnes, ont capté 600 millions de dollars d’investissement et 161 millions de dollars de résultat.

Plus encore, la rationalité a l’œuvre dans le programme QB3 a essaimé au-delà même de l’organisation. Alors que QB3 se concentre sur des startups disposant de produits proches du marché, plusieurs programmes ont été lancés à UCSF, qui travaillent dans le même objectif plus en amont avec les chercheurs du campus.

L’UCSF Clinical and Transnational Institute a par exemple construit un programme –Catalyst- destiné à travailler avec les chercheurs en leur fournissant mentoring industriel et financement pour transformer leur production dans les domaines thérapeutiques, diagnostics ou e-santé en produits commerciaux développés, destinés soit à des partenariats soit à l’émergence de startups. Dans la même optique, le département Innovation, Technologie et Alliances (ITA) d’UCSF offre des cours d’entrepreneuriat et l’accès à un réseau de mentors ad hoc pour permettre à ses chercheurs d’évaluer s’ils disposent d’une opportunité viable.

In fine, l’environnement entrepreneurial intégré initié par QB3 depuis 10 ans permet aux chercheurs d’UCSF, une fois conduite leur recherche fondamentale, de valider la création d’un business plan, d’avoir accès à des mentors pour construire leur business model, d’affiner leur produit dans un incubateur ou un accélérateur et d’avoir accès à des partenaires investisseurs ou industriels. Mais l’expansion de la dynamique amorcée au travers de l’ensemble des campus californiens et autour d’un modèle éprouvé nécessitait des ressources supplémentaires. C’est aujourd’hui chose faite avec cette loi 2664 [2] , qui n’attend plus désormais que le blanc-seing formel du Gouverneur Brown.


Rédacteur :
- Olivier Tomat, Expert Technique International, olivier.tomat@ambascience-usa.org

Notes

[1UC Berkeley, UCLA, UCSF, UC San Diego, UC Davis, UC Merced, UC Davis, UC Santa Cruz, UC Santa Barbara et UC Irvine