L’amélioration des écosystèmes entrepreneuriaux aurait-elle vraiment un impact sur la création d’entreprises innovantes ?

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Comme beaucoup, nous suivons de près les statistiques portant sur l’économie de l’innovation et l’entrepreneuriat, en particulier les investissements réalisés par les sociétés de capital risque, par les investisseurs providentiels ("anges") et autres banquiers d’affaires. Nous tâchons également de nous tenir informés des nouvelles introductions en bourses (NASDAQ), des grandes fusions-acquisitions et des projets de réformes du système d’innovation et d’entrepreneuriat américain.

Mais si ces indicateurs n’avaient au fond aucune espèce d’influence sur la création d’activité économique, la création d’entreprises ou l’emploi en général ? C’est la question majeure qui est soulevée par une récente étude de la fondation Kauffman [1]. Cette dernière s’interroge sur la surprenante régularité du nombre de nouvelles entreprises créées aux Etats-Unis depuis plus de trente ans. En effet, chaque année, quels que soient les facteurs économiques extérieurs, les dirigeants politiques, la santé du capital risque ou les incitations mises en place, on assiste à environ 700.000 créations chaque année aux Etats-Unis. Ainsi, au cours de ces 30 dernières années, on n’enregistre pas de variation excèdant 50.000 créations.

Cette régularité se vérifie également en ce qui concerne le taux de survie des entreprises : il se situe de façon très stable à 50% environ après 5 ans d’activité entre 1990 et 1995 et entre 2002 et 2007. Cela voudrait-il dire que l’ensemble des moyens mis en oeuvre pour favoriser la création d’entreprise, tels que les incubateurs technologiques ou les centres d’entrepreneuriat dans les universités n’ont aucun impact ?

Les auteurs nous rassurent, la réponse est négative. Ils appellent à la prudence dans les conclusions à tirer de ces résultats en établissant une distinction entre les différents types d’entreprises qui sont créées. Les données que nous suivons de près ont en effet trait à la création d’entreprises "à forte croissance" et souvent d’ailleurs issues de la recherche scientifique et technologique. Ces dernières sont en effet plus sensibles aux paramètres de l’innovation (investissements à risques, activités des transferts de technologie, avancées scientifiques majeures comme le décodage du génome humain, Internet, etc.) que les autres. Cependant, ces entreprises ne représentent pas, bien au contraire, la majorité des entreprises nouvellement créées. En effet, sur n’importe quelle année donnée, seulement 5% des entreprises comptent pour les deux tiers des emplois créés.

La partie immergée de l’iceberg est constituée de petites ou moyennes structures tournées vers les services, dont le nombre fluctue principalement en fonction de facteurs démographiques. Il faudra d’ailleurs se méfier des interprétations hâtives sur l’impact des mesures de soutien à la création d’entreprises innovantes lorsque les "papi-boomeurs" sortiront de la tranche active de la population et que les créations d’entreprises risqueront probablement de diminuer. En bref, l’augmentation probable du nombre d’entreprises à forte croissance pour lesquels tant d’efforts sont déployés est masquée par la masse d’entreprises dont le nombre reste naturellement constant.

Mais alors, que disent les données relatives spécifiquement aux entreprises de haute technologie ? Les auteurs du rapport en conviennent, la réponse à la question n’est pas aussi simple. Ils ont été confrontés à la confusion des statistiques liées aux nouvelles entreprises aux Etats-Unis, les secteurs des soins médicaux, de l’éducation ou de la R&D étant tous répertoriés dans la grande catégorie appelée "services". Pour faire simple, les statistiques ne permettent pas de séparer les entreprises dites à forte croissance des autres. Question plus complexe encore : combien d’entreprises de hautes technologies vont finalement devenir des sociétés de haute croissance ? Quels sont les domaines scientifiques et technologiques qui ont le plus d’impact sur la création d’activité économique ? Malheureusement, aux Etats-Unis aucune donnée ne permet aujourd’hui d’apporter de réponse à ces questions.

En clair, les chercheurs ont devant eux quelques années de travail afin de précisément comprendre la manière dont les multiples composantes des écosystèmes entrepreneuriaux (investissements à risques, incubateurs, sensibilisation à l’entrepreneuriat, etc.) influent sur la création d’entreprises à haute valeur ajoutée. Mais, même si nous n’avons pas encore les chiffres à l’échelle du pays, les comparaisons entre les états fédérés apportent cependant des éléments de réponse et confortent l’importance de soutenir la science, l’innovation et la création d’entreprises : le Massachusetts, état proactif dans le domaine de l’innovation, est, d’après la fondation Kauffman, l’état le mieux placé en matière d’entrepreneuriat technologique.

Finalement, les auteurs concluent en indiquant que ce sont bien souvent les entreprises de hautes technologies qui apportent les solutions aux grandes problématiques du moment (environnement, énergie) ou qui améliorent notre qualité de vie (soins médicaux, accès à l’information). Ainsi même si le nombre total d’entreprises créées reste constant, l’importance des écosystèmes innovants reste très grande non seulement pour l’activité entrepreneuriale mais aussi pour l’ensemble de la société.

Source :

[1] "Exploring Firm Formation : Why is the Number of New Firms Constant ?" - Dane Stangler and Paul Kedrosky, Kauffman Foundation, janvier 2010

Rédacteur :

Yann Le Beux, deputy2-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….