L’épidémie d’hépatite virale A en Californie du Sud : une catastrophe annoncée ?

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L’hépatite virale due au virus A se transmet par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés ou par contact direct avec une personne infectée. Il n’existe pas de traitement mais la plupart des cas sont bénins et les patients guérissent spontanément. Dans une petite proportion de cas, l’évolution peut cependant être mortelle. Il existe pourtant un vaccin très efficace [1].

Compte tenu de son mode de propagation, l’hépatite A est rare dans les pays développés où les conditions d’hygiène sont bonnes. L’épidémie que connaît la Californie du Sud depuis la fin de l’année 2016 semble donc a priori paradoxale. Six cent cas ont été répertoriés, près de 400 personnes ont été hospitalisées, et 19 sont décédées. [2] La grande majorité des cas, et tous les décès, touchent la ville de San Diego. [3] Le 13 octobre, le gouverneur de Californie Jerry Brown a proclamé l’état d’urgence. [4] Cette mesure permet en particulier aux personnels s’occupant des urgences (Emergency Medical Technicians, EMT) d’administrer le vaccin aux personnes à haut risque comme les sans-abris ou les toxicomanes.

Ce sont effectivement les sans-abris (plus de 9000 recensés à San Diego) qui sont les principales victimes de cette épidémie. Cela s’explique clairement par les mauvaises conditions d’hygiène auxquelles ils sont soumis. Par exemple, San Diego (1,4 millions d’habitants) ne dispose que de 3 emplacements de toilettes publiques ouvertes 24h/24 contre 25 pour San Francisco (860,000 habitants). Ce problème a été identifié dès 2001 mais peu d’efforts ont été faits pour améliorer la situation comme l’a récemment rappelé un Grand Jury mandaté par le Comté de San Diego. [5] Une des raisons invoquée pour ne pas installer de toilettes supplémentaires est le risque d’attirer davantage de sans-abris… La situation a été probablement aggravée en 2016 lorsqu’à l’occasion de la tenue à San Diego du « Major League Baseball All-Star Game », la ville a expulsé les sans-abris des zones touristiques [6], les amenant à se regrouper dans des campements bondés.

La ville déploie maintenant des efforts importants pour enrayer l’épidémie. Outre le déploiement de la vaccination, difficile dans une population mobile et méfiante envers les autorités, la ville a mobilisé des équipes qui nettoient les rues avec de l’eau sous pression contenant un agent désinfectant, et des lave-mains portables ont été installés dans les zones fréquentées par les sans-abris. Restera à vérifier que ces mesures, qui ne traitent pas le fond du problème, sont efficaces sur le long terme.


Rédacteur :
- Jean Rosenbaum, Attaché pour la Science et la Technologie, Los Angeles, attache-sdv.la@ambascience-usa.org