L’innovation dans les produits à allégation nutritionnelle : un intérêt croissant pour les acides gras oméga-3

, Partager

Les oméga-3 sont des acides gras essentiels insaturés indispensables au métabolisme et non synthétisés par l’organisme. Selon les études nutritionnelles [1,2], un régime riche en oméga-3 et autres acides gras polyinsaturés réduirait le risque de maladies coronariennes d’environ 50% et augmenterait les capacités cognitives. Selon le rapport "L’évolution des nouveaux produits alimentaires avec allégations nutritionnelles et de santé entre 1989 et 2010" publié par le département américain de l’agriculture (USDA), le marché des produits allégués "riches en oméga-3" s’est ouvert en 1995 pour atteindre, en 2010, 2,4% de la totalité des produits allégués, soit 40% des nouveaux produits mis sur le marché américain. Ces produits sont enrichis en oméga-3 par deux types de procédés différents : soit durant l’étape de transformation alimentaire ou au travers de compléments ajoutés à l’alimentation animale ce qui permet un enrichissement des produits qui en sont issus (lait, oeuf, viande, …).

La réglementation relative aux allégations concernant les oméga-3

L’Académie Nationale des Sciences, dans son rapport "Les acides gras et les lipides alimentaires" (Dietary Fats : Total Fat and Fatty Acids), présente les oméga-3 comme ayant un rôle essentiel dans la structure des membranes lipidiques, notamment au niveau des tissus nerveux et de la rétine [3]. C’est en 2004 que l’Agence Américaine de l’Alimentation et des Médicaments (FDA) a validé une allégation de santé relative aux oméga-3 [4]. Cette allégation concerne la diminution du risque de maladies coronariennes liée à la présence d’acide eicosapentaénoïque (EPA) et d’acide docosahexaénoïque (DHA) dans les produits et les compléments alimentaires. L’allégation apposée sur l’emballage doit être énoncée comme suit : "Les travaux de recherche montrent, sans apporter de preuves concluantes, que la consommation d’acides gras oméga-3 EPA et DHA peut réduire le risque de maladie coronarienne. Une portion de [nom de l’aliment] dispose de [x] grammes d’acides gras oméga-3 EPA et DHA.".

La FDA recommande de ne pas dépasser 3 grammes par jour d’EPA et de DHA combinés, dont au maximum 2 grammes par jour venant d’une supplémentation alimentaire. A ce jour, les Etats-Unis n’ont pas déterminé d’apport journalier recommandé concernant la consommation d’acides gras oméga-3 suite à la divergence des études scientifiques sur ce sujet. Le guide alimentaire américain 2010 (Dietary Guidelines for Americans) évoque néanmoins une dose journalière recommandée de 250mg.

En France, le règlement (UE) n°116/2010 de la commission du 9 février 2010 modifiant le règlement (CE) n°1924/2006 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne la liste des allégations nutritionnelles indique les allégations qui peuvent être apposées sur les emballages des produits alimentaires et notamment celles relatives aux oméga-3 [5]. Deux catégories d’allégations sont possibles :
=> "Source d’acides gras oméga-3" : pour des produits contenant au moins 30% des apports journaliers recommandés en oméga-3 ;
=> "Riche en acides gras oméga-3" : pour des produits contenant au moins 60% des apports journaliers recommandés en oméga-3.

Comparativement aux Etats-Unis et selon le rapport d’expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) en date de mai 2011 [6], la France recommande une dose journalière, basée sur le besoin physiologique minimal chez l’homme, de 250mg d’oméga-3 par jour.

Selon l’étude INCA (Etude Individuelle Nationale de Consommation Alimentaire) menée en 1998-1999 par l’ANSES [7], la population française présentait une consommation moyenne d’acides gras oméga-3 comprise entre 100 et 200mg par jour. A cette consommation d’oméga-3 est couplée celle des oméga-6, et le rapport oméga-6 / oméga-3 devrait tendre vers 5 selon l’ANSES, soit 5 molécules d’oméga-6 pour 1 molécule d’oméga-3. La consommation relevée dans l’étude INCA montre un ratio fortement déséquilibré qui tend vers une moyenne de 10, avec une consommation de 1000 à 2000mg d’oméga-6 par jour. Une étude, menée par l’équipe de Tanya L. Blasbalg en 2011, montre que le ratio oméga-6 / oméga-3 aux Etats-Unis tend également vers 10 [8]. Les régimes alimentaires dans les pays occidentaux favorisent la consommation d’oméga-6 et ne couvrent donc pas les besoins journaliers recommandés en oméga-3. Les recommandations nutritionnelles préconisent une alimentation plus riche en produits contenant naturellement des oméga-3, tels que les huiles de colza ou de lin, les poissons gras ou les noix - insuffisamment consommés par la population actuellement - ou une supplémentation avec des compléments alimentaires riches en oméga-3 à base d’huile de poissons, afin de rééquilibrer le ratio oméga-6 / oméga-3. Le recours aux produits allégués pourrait donc être une solution pour améliorer les apports journaliers en acides gras oméga-3.

La croissance du marché des produits alimentaires allégués

L’USDA a publié en février dernier un rapport intitulé "L’évolution des nouveaux produits alimentaires portant des allégations nutritionnelles et de santé entre 1989 et 2010" qui expose l’évolution des caractéristiques des aliments portant une allégation nutritionnelle ou de santé, ainsi que leur présence sur le marché entre 1989 et 2010 [9]. Ce rapport a pour objectif de mieux comprendre la stratégie des entreprises sur le marché des produits allégués, et le comportement des consommateurs par rapport aux allégations nutritionnelles et de santé présentes sur les emballages des produits alimentaires.

Selon ce rapport, l’accroissement du développement des produits allégués après 2001 concernait principalement l’augmentation des produits à faible valeur énergétique, riches en fibres, à teneur réduite en sucres, sans gluten, sans acides gras saturés, riche en antioxydants et riches en oméga-3, avec pour ces dernières années une prévalence des allégations relatives au gluten, aux antioxydants et aux oméga-3, selon Datamonitor Group. Cette augmentation s’explique, en partie, par les nombreuses campagnes de communication aux Etats-Unis qui ont ciblé depuis les années 2000 le problème de l’obésité ainsi que les liens existants entre l’alimentation et la santé. Actuellement, 9% des consommateurs orientent leurs choix alimentaires vers des produits ou des boissons naturellement riches et/ou enrichies en oméga-3. Selon Package Facts, le marché des aliments et boissons riches en oméga-3 représentait 4 milliards de dollars en 2010 et la demande des consommateurs pour les produits allégués oméga-3 devrait continuer de croître de 15 à 20% d’ici 2015 [10].

L’enrichissement des produits alimentaires en oméga-3 s’effectue soit par un ajout d’acides gras oméga-3 lors de la fabrication des produits alimentaires, soit par l’utilisation directe de matières premières riches ou enrichies en oméga-3 (en particulier suite à un enrichissement en oméga-3 du régime alimentaire de l’animal). L’enrichissement de l’alimentation animale a d’abord été testé sur les poissons, dès 1989, puis sur les oeufs de poule, et les développements actuels concernent désormais les vaches laitières pour une augmentation de la teneur en oméga-3 du lait.

Un exemple d’amélioration de la composition lipidique du lait en modifiant l’alimentation bovine

Parmi les différentes études relatives aux oméga-3 menées par les universités américaines - Maryland, Pittsburg, Colombia, … - nous avons retenu une étude réalisée par l’équipe de Gerd Bobe, professeur au département des Sciences Animales de l’université de l’Oregon, concernant l’enrichissement naturel du lait des vaches en oméga-3 par l’incorporation de graines de lin dans leur régime alimentaire, régime composé essentiellement de foin et d’herbes (80%) ainsi que de maïs et de grains (20%). Cette étude a été publiée dans le Journal of Dairy Science en décembre dernier [11].

L’étude consistait à introduire différentes quantités de graines de lin - contenant 22% d’acides gras oméga-3 - dans le régime alimentaire de 10 vaches laitières Holstein pendant des périodes de 2 semaines pour chaque quantité de graines de lin testée - les quantités allaient de 0 à 2,72kg/j par vache. L’objectif de ces tests était d’identifier la quantité optimale de graines de lin qui permettrait à la fois de maximiser la quantité d’oméga-3 présente dans le lait et les produits laitiers issus de ce lait (beurre et fromage) sans nuire à leurs caractéristiques - telles que la texture ou leur aptitude à la transformation. Bien que l’étude ait été réalisée sur un petit échantillon, les résultats ont montré qu’une alimentation contenant jusqu’à 2,72kg de graines de lin par jour améliorait le profil lipidique du lait - avec +82% d’acides gras polyinsaturés, +70% d’acides gras oméga-3, et -18% d’acides gras saturés - sans affecter négativement les aptitudes à la transformation ou la texture du lait et des produits laitiers dérivés. Les mêmes modifications dans les teneurs en acides gras ont été observées dans le beurre et le fromage produits à partir de ce lait. L’étude a également montré que la quantité de lait produite restait identique à celle des vaches nourries sans graines de lin.

La supplémentation du régime alimentaire des vaches avec des graines de lin représente cependant un coût additionnel par animal de plus de 2000 euros par an par rapport au régime alimentaire non enrichi. Les prix de vente des produits allégués oméga-3 représentent un coût supplémentaire moyen de 30% comparativement à leurs homologues non allégués. Il reste donc à déterminer si l’enrichissement direct de l’alimentation animale, à partir de graines de lin (qui présentent la plus forte teneur en oméga-3) ou par l’utilisation d’autres sources fourragères (lupin, féverole, luzerne, herbe, colza, …), serait plus avantageux au niveau financier que l’enrichissement direct des produits lors de leur transformation industrielle.

Sources :


- Cows Fed Flaxseed Produce More Nutritious Dairy Products - 25/01/2013 - http://www.sciencedaily.com/releases/2013/01/130126092720.htm?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+sciencedaily%2Fplants_animals+%28ScienceDaily%3A+Plants+%26+Animals+News%29&utm_content=Google+Reader
- Dietary Guidelines for Americans 2010 - USDA - http://www.cnpp.usda.gov/Publications/DietaryGuidelines/2010/PolicyDoc/PolicyDoc.pdf
- Enrichissement de l’alimentation des animaux avec les acides gras -3 - Médecine Sciences - 2005 - http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/10/37/45/PDF/Bourre_1_.pdf.PDF
- L’alimentation des bovins et des ovins et la qualité des viandes - Institut de l’Elevage - 2005 - http://www.interbev.asso.fr/Interbev/homepage.nsf/30250CA3C645D688C1257011002B2942/$file/alimentation_2005.pdf
- Oméga 3, l’harmonie des vaches et l’anti-stress de l’éleveur - F.Thevenin - 24/11/2006 - http://www.avenir52.com/actualites/alimentation-animale-omega-3-l-harmonie-des-vaches-et-l-anti-stress-de-l-eleveur&fldSearch=:DEQAPU7I.html
- La valeur nutritionnelle de la graine de lin - http://vegecru.com/graine-lin

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] Organ-specific/Physiology : Heart / Cardiology - Omega Research - Mars 2013 - http://www.omega-research.com/research11.php?catid=8&subcat=73
- [2] Mental/Neurological Health : Cognitive function/aging - Omega Research - Mars 2013 - http://www.omega-research.com/research11.php?catid=7&subcat=31
- [3] Dietary fats : Total fats and fatty acids - Académie Nationale des Sciences - 2005 - http://books.nap.edu/openbook.php?record_id=10490&page=423
- [4] FDA Announces Qualified Health Claims for Omega-3 Fatty Acids - FDA - 08/09/2004 - http://www.fda.gov/NewsEvents/Newsroom/%20%20PressAnnouncements/2004/ucm108351.htm
- [5] Règlement (UE) n°116/2010 de la commission du 9 février 2010 modifiant le règlement (CE) n°1924/2006 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne la liste des allégations nutritionnelles - 10/02/2010 - http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2010:037:0016:0018:FR:PDF
- [6] Actualisation des apports nutritionnels conseillés pour les acides gras - ANSES - Mai 2011 - http://www.anses.fr/Documents/NUT2006sa0359Ra.pdf
- [7] Acides gras de la famille oméga-3 et système cardiovasculaire : intérêt nutritionnel et allégations - ANSES - http://www.anses.fr/sites/default/files/documents/NUT-Ra-omega3.pdf
- [8] Changes in consumption of omega-3 and omega-6 fatty acids in the United States during the 20th century - Blasbalg TL et al. - 02/03/2011 - http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21367944
- [9] Introduction of New Food Products With Voluntary Health- and Nutrition-Related Claims, 1989-2010 - USDA - Février 2013 - http://www.ers.usda.gov/media/1037958/eib108.pdf
- [10] Global omega-3 market set for ongoing 15-20% growth : Report - Shane Starling - 16/08/2011 - http://www.nutraingredients.com/Consumer-Trends/Global-omega-3-market-set-for-ongoing-15-20-growth-Report
- [11] Effect of flaxseed supplementation rate and processing on the production, fatty acid profile, and texture of milk, butter, and cheese - S.P. Oeffner et al. - 07/12/2012 - http://www.journalofdairyscience.org/article/S0022-0302(12)00889-2/abstract
Code brève
ADIT : 72615

Rédacteurs :


- Cécile Camerlynck, deputy-agro.mst@consulfrance-chicago.org ;
- Adèle Martial, attache-agro.mst@consulfrance-chicago.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….