L’innovation sensorielle à l’interface entre art, science et design

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Une nouvelle structure à mi-chemin entre l’art et la science va ouvrir ses portes à Cambridge en plein centre du quartier mythique de Kendall Square. Désigné "The Lab Cambridge", cette initiative est issue d’une structure franco-américaine installée à Paris connue sous le nom du Laboratoire. La vocation du Lab Cambridge est de devenir une vitrine à la fois innovante et avant-gardiste qui invitera le public à s’approprier l’ensemble du processus qui conduit à la naissance d’une oeuvre. Il entend également offrir à la communauté étudiante un lieu d’échange, d’exposition et d’émulation convivial et "hors campus", via évènements et mises à disposition d’espaces. David Edwards, inventeur et professeur à l’université de Harvard, est à l’origine de ce lieu au service des esprits créatifs.

Le Laboratoire - Paris : Collaboration, sensibilisation et commercialisation

Inauguré en 2007 à deux pas du Palais Royal, le Laboratoire Paris est un lieu de rencontre, d’exposition et d’expérimentation mêlant à la fois création culturelle, design et innovation scientifique [1]. Le travail de la structure est centré sur la mise en collaboration d’innovateurs de cultures parfois très différentes autour de thématiques créatives communes. On recense par exemple les participations de grands noms tels que le plasticien Fabrice Hybert, le chef Thierry Marx ou encore le designer Philippe Starck. Le Laboratoire mène également des actions dans le domaine de l’éducation à la créativité. Par exemple, le prix ArtScience est un programme international visant à sensibiliser les lycéens et étudiants à l’innovation au sens (très) large du terme. Grâce à ce programme, les jeunes inventeurs ont l’occasion de travailler sur des projets portant autour d’un thème annuel et proposé par des artistes, designers, scientifiques et entrepreneurs [2].

Les différentes expériences issues du Laboratoire trouvent leur aboutissement sous la forme d’oeuvres d’art et de design présentés lors d’expositions. Dans d’autres cas, ces expériences prennent la forme de véritables produits commerciaux disponibles au sein du "Lab Store", la boutique du Laboratoire [3]. Les produits présentés sont très souvent d’une originalité hors norme, fruits d’une vision bien particulière.

La vision de David Edwards au service de l’expérience sensorielle

Le projet du Laboratoire est né de la vision de l’inventeur David Edwards, originellement professeur en génie médical à l’université de Harvard. Sa première expérience entrepreneuriale était bien éloignée des thématiques artistiques puisqu’il s’agissait de la création d’une société spécialisée dans la délivrance de médicament (et en particulier d’insuline) par voie pulmonaire. Véritable révolution dans le domaine, l’entreprise alors appelée Advanced Inhalation Research a rapidement été rachetée par Alkermes [3].

Fort de cette expérience et innovateur par nature, David Edwards a continué son travail autour de la même idée fondatrice : le développement de nouveaux modes de consommation. En effet et au-delà de l’aspect scientifique, cette invention est partie d’une interrogation toute simple : comment administrer un produit pharmaceutique autrement que par une injection ? Cette interrogation a conduit le professeur Edwards à travailler sur l’administration de protéines par voie respiratoire.

C’est la même démarche qui a conduit David Edwards à développer une deuxième invention dans le cadre du Laboratoire. AeroShot est une capsule à l’aspect futuriste (le design a été élaboré par Philippe Starck) permettant de délivrer des doses de caféine et de vitamine B sous forme de spray. Ce produit commercialisé en France et aux Etats Unis depuis 2012 suit la tendance des boissons énergisantes en offrant une nouvelle voie d’administration annoncée comme instantanée et sans calorie à l’inverse des boissons énergétiques classiques [4]. Si la caféine prend la place de l’insuline, le concept reste le même, utiliser une nouvelle voie pour délivrer le "principe actif".

Autre produit développé par l’inventeur et proposé au sein du LabStore, des bonbons gelés au goût de fraise et de noix de coco munis d’un emballage organique comestible. Ces friandises dénommées "Froyos Bonbon" [­5] ont été développées en collaboration avec Stonyfield Farm, un fabriquant de yoghourt basé dans le New Hampshire, et se ventent de faire partie d’une nouvelle vague de produits alimentaires durables. La couche externe est en fait comestible et conçue avec des peaux d’aliments naturels, inspirée par la structure cellulaire.

Plus récemment, la dernière invention du professeur est cette fois issue d’une collaboration avec le parfumeur français Givaudan et consiste en un dispositif permettant d’envoyer des odeurs à distance [6]… Désigné sous le nom d’Ophone, ce nouveau produit complète la gamme d’innovation sensorielle de l’inventeur avec l’ajout d’une nouvelle expérience pour l’utilisateur, l’envoi d’odeur par SMS…

Le Laboratoire Cambridge : terreau fertile pour toute forme d’innovation

La vision de David Edwards réside donc dans la mise en commun d’esprits créatifs tant artistiques que scientifiques et de les mettre au service d’inventions allant parfois au-delà de notre imaginaire. Cette idée est rendue possible grâce à la plateforme d’innovation qu’est le Laboratoire, offrant à la fois un terrain fertile pour les expérimentations ainsi qu’une vitrine marketing de premier choix.

Le concept même du laboratoire qui propose finalement d’abattre les cloisons et de mettre en avant le continuum existant entre création artistique et scientifique, vecteur technologique et expérience sensorielle, est révélateur d’une approche récente de l’innovation, qui a également présidé à la création du Media Lab au MIT.

La version américaine du laboratoire accueillera dès son inauguration, annoncée pour le 10 juillet 2014, les oeuvres créées à la maison mère, tandis que ce dernier participera aux programmes de formation développés à Cambridge. Le Laboratoire Cambridge sera situé à Kendall Square, au coeur de l’écosystème de l’innovation qui s’est développé au voisinage du MIT et du Cambridge Innovation Center. Il sera situé au pied d’un immeuble en cours de finition qui accueillera principalement les bureaux de la société de pharmacie française IPSEN, et donne sur une place qui fait face à l’immeuble de Sanofi. C’est donc un nouveau lien avec la France qui ouvrira cet été, au coeur même de Kendal Square, à l’épicentre de l’innovation au Massachusetts.

Sources :


- [1] http://www.lelaboratoire.org/en/
- [2] http://www.artscienceprize.org/asp/
- [3] http://labstoreparis.tumblr.com/
- [4] https://aerolife.com/
- [5] https://www.bostonglobe.com/lifestyle/food-dining/2014/03/04/these-froyo-bonbons-are-not-just-another-treat/PVn05n1oR3zuozrToBWk0I/story.html
- [6] http://www.cnn.com/2014/03/17/tech/innovation/the-ophone-phone-lets-you-send-smells/

Rédacteurs :


- Maxime Huynh, deputy2-inno@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….