La Conférence annuelle de TAMEST 2015 sous l’égide du Cancer [partie 1/2]

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L’Académie de médecine, d’ingénierie et des sciences du Texas (TAMEST ou The Academy of Medicine, Engineering & Science in Texas) est une association dont l’objectif est d’accroitre la visibilité du Texas dans les trois domaines que sont la médecine, l’ingénierie et les sciences "dures" [1]. TAMEST favorise ainsi les collaborations entre scientifiques, ingénieurs et médecins au sein du Texas et promeut l’excellence du Texas dans les domaines scientifiques en dehors des frontières de l’Etat. Ainsi depuis sa création en 2004, le Texas est passé de la 6ème à la 3ème position dans le classement national des financements fédéraux pour la recherche. L’Académie compte maintenant 263 membres dont 10 lauréats de prix Nobel.

L’un des évènements phares de TAMEST est sa conférence annuelle qui s’est déroulée cette année les 22 et 23 janvier 2015 à Houston, Texas. La thématique scientifique retenue pour cet évènement a été : Le cancer - Un problème à la taille du Texas (Cancer : a Texas-sized problem) [2]. Différents aspects de la lutte contre le cancer ont été abordés ; ceux-ci peuvent être regroupés en 3 catégories : l’épidémiologie et la prévention, les avancements dans la détection et les avancements dans la recherche sur le cancer. Cette dernière catégorie sera discutée dans une seconde brève, faisant suite à celle-ci.


Photographie 1 : la conférence TAMEST 2015
Crédits : MS&T


Prévention & épidémiologie

La prévention et la détection précoce des cancers ont été des thématiques fortes de la conférence TAMEST 2015 car combattre une maladie ne se limite pas au traitement des symptômes. Les intervenants à cette conférence ont martelé la nécessité de développer une phase en amont d’un traitement éventuel. Cela est d’autant plus vrai dans certains cas de cancer ; par exemple, le cancer de la prostate est souvent asymptomatique, et le taux de survie aux USA n’est que de quatre ans une fois les symptômes apparents [3]. Si la prévention et la détection sont primordiales, elles doivent encore être améliorées par l’identification des populations à risques ainsi que leur suivi médical, d’où l’importance des études épidémiologiques.

Comme l’a souligné le Pr. Margaret Spitz du Collège de Médecine Baylor (Baylor College of Medicine) lors de la conférence, l’épidémiologie du cancer est essentielle à la fois pour comprendre les causes de la maladie, étiologie, mais aussi parce que cela relève d’un problème de santé public [4]. C’est grâce à des études épidémiologiques classiques qu’il a été possible d’identifier l’étiologie des cancers les plus communs. Mais l’épidémiologie doit à présent faire face à de nouveaux défis. En effet, certains facteurs tels que le tabagisme sont connus pour favoriser l’apparition de cancers mais l’épidémiologie s’attaque maintenant aux corrélations non triviales entre le cancer et de nouveaux facteurs à risque tels que l’obésité. De plus, les méthodes utilisées pour les études épidémiologiques ont dû s’adapter, passant du questionnaire classique sur papier des années 80 à des études moléculaires reposant sur les marqueurs biochimiques. Comprendre la diversité de réponse d’une même population à une menace commune et prédire les risques de cancer, mais également son évolution, demande l’intégration aux données épidémiologiques des données génétiques, des informations génomiques, épigénomiques, métaboliques et transcriptomiques. A partir de cet immense ensemble de données, il faut alors créer un nouveau paradigme pour l’ensemble de la chaine de prévention afin de diminuer les risques pouvant aller jusqu’à des changements d’habitude ou plus simplement une adaptation du vocabulaire utilisé.

Lors de la conférence TAMEST, le cas de l’obésité en tant que facteur de risque a été discuté. Entre 1962 et 2010, la proportion d’adultes en état de surpoids excessif (obèses) est passée de 13% à 36%, soit un accroissement de plus de 175%. Or, on sait maintenant que l’obésité promeut les cancers par, au moins, trois facteurs : la signalisation des facteurs de croissance notamment la dérégulation du cycle de l’insuline, l’état inflammatoire associé aux cellules graisseuses en état de stress constant et un effet vasculaire pour lequel l’interaction des protubérances graisseuses et les vaisseaux sanguins occasionne un environnement propice à la croissance des cellules cancéreuses. D’après le Journal d’Oncologie Clinique, Journal of Clinical Oncology, en 2030, ce seront 500,000 américains qui seront diagnostiqués avec une obésité liée à un cancer [5]. Si ces données prouvent que la prévention est une partie intégrante de la lutte contre le cancer, elles mettent aussi en avant l’importance, pour une partie de la recherche, de s’orienter vers un moyen de comprendre les liens entre obésité et cancer afin d’éviter que ces connections ne soient trop néfastes. Cette approche est celle du Dr. Stephen D. Hursting, chercheur à l’Université du Texas à Austin (The University of Texas at Austin) qui lors de son intervention à TAMEST 2015 a insisté sur la nécessité de lier l’ensemble des approches sur le cancer, que ce soit épidémiologique ou par études de cas, génétique ou pharmaceutique [6].

Diagnostics

Durant son intervention, le Dr. Hazle a brossé un tableau général sur l’imagerie médicale en commençant par le 8 novembre 1895, jour où le physicien Wilhelm Conrad Rontgen produisit et détecta pour la première fois des rayons X. Cette technologie fut initiatrice de ce que l’on appelle aujourd’hui l’imagerie médicale. Au fur et à mesure des années, l’imagerie médicale s’est enrichie tant par l’utilisation de nouveaux concepts tels que les ultrasons dès 1950 et la résonance nucléaire magnétique dès 1980 que par l’amélioration de technologies comme la tomographie X dès les années 1970. La tendance qui a démarré dans les années 90 par le couplage la tomographie par émission de positrons et le scanner à rayons X -appareils devenus un standard dans les services cliniques- est actuellement le couplage de différentes techniques d’imagerie. Il est ainsi possible actuellement de trouver sur le marché des appareillages sur lesquels 3 ou 4 techniques d’imagerie ont été couplés, chacune des techniques apportant une information complémentaire permettant de meilleurs diagnostics [7-8]. Compatible avec l’instrumentation médicale des blocs opératoires, et notamment le système d’ablation par laser, ces systèmes couplés pourraient permettre d’augmenter la rapidité et la précisions des opérations chirurgicales.

Dr. John Hazle, du département de physique de l’imagerie du centre de lutte contre le cancer, est intervenu sur les avancées en imagerie de température in vivo en temps réel. Ses travaux de recherche l’ont mené à s’intéresser au suivi en imagerie par résonance magnétique de la température et des propriétés viscoélastiques des tissus cérébraux dans le cadre des thermothérapies [9]. Le nouveau challenge de l’imagerie médicale est d’imager les propriétés fonctionnelles des tissus en temps réel, en trois dimensions, avec un contraste entre les différents types de tissus constituant le corps humain suffisant pour les distinguer avec précision. Il ne faut pas oublier le développement des systèmes informatiques permettant de traiter l’ensemble de ces données et de créer une interface utilisable et compréhensible. Les dernières avancées en terme d’imagerie du cancer s’intéressent au niveau moléculaire.

Si les progrès en imagerie médicale ont eu un fort succès au cours de cette conférence, les avancées en détection par agents chimiques sont elles aussi à mettre en avant. En particulier, on peut citer l’intervention du Pr. Kent Osborne du Collège de Médecine Baylor (Baylor College of Medicine) concernant les traitements du cancer du sein. La prévention et la détection précoce du cancer du sein représentent à la fois une augmentation des chances de vaincre la maladie mais aussi une possibilité de suivre un traitement moins agressif. Grâce à des systèmes de dépistage efficace, les tumeurs détectées sont plus petites, la chirurgie nécessaire moins agressive. Les agents chimiques jouent un rôle dans la phase de détection des tumeurs, mais aussi dans celle de traitement. Les médecins ont besoin d’avoir accès à la signature génétique du cancer et à son agressivité, afin de déterminer le traitement adéquat. Il est souvent nécessaire de combiner différents agents afin d’augmenter leur efficacité, dans la détection comme dans le traitement [10].

Le vainqueur du prix O’Donnell pour l’innovation technologique est Charles Collins, vice-président de la Recherche et Développement en systèmes à Luminex xMAP Technology. Il a présenté au cours de cette conférence les derniers systèmes de détection, basés sur des systèmes de microbilles et de détection optique, permettent des analyses rapides et fiables [11]. La plateforme présentée, MAGPIX, offre la possibilité d’une quantification de différentes (jusqu’à 50) protéines et acides nucléiques à partir d’un même échantillon. Ce système a l’avantage d’être transportable, et coûte quatre fois moins qu’un système comparable basé sur une technique ELISA.

En deuxième partie de cette brève, ce compte rendu sera complété par une étude des différentes avancées de la recherche portant sur la biochimie et l’implication des gênes. Cette deuxième brève proposera un résumé général des idées développées au cours de la conférence TAMEST 2015.



A lire également :

La Conférence annuelle de TAMEST 2015 sous l’égide du Cancer [partie 2/2]
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/77802.htm

Sources :


- [1] Site internet de TAMEST - http://www.tamest.org/
- [2] Site de la Conférence annuelle TAMEST - http://www.tamest.org/events/annual.html
- [3] Présentation du Dr. Ian M. Thompson, Jr. - http://profiles.uthscsa.edu/?pid=profile&id=0V71EUPGL
- [4] Profil du Professor Margaret R. Spitz - https://www.bcm.edu/people/view/b2600ec5-ffed-11e2-be68-080027880ca6
- [5] http://jco.ascopubs.org/content/early/2015/01/16/JCO.2014.59.9746.full.pdf
- [6] Profil du Professeur Stephen D. Hursting - https://he.utexas.edu/directory/hursting-stephen
- [7] Article wikipédia sur la tomographie par émission de positrons - http://fr.wikipedia.org/wiki/Tomographie_par_%C3%A9mission_de_positons
- [8] La détection du cancer : un domaine en évolution - BE 389 : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/77648.htm
- [9] Profil du Pr. John D. Hazle - http://faculty.mdanderson.org/John_Hazle/
- [10] Profil du Dr. C. Kent Osborne - https://www.bcm.edu/healthcare/find-a-physician/details/index.cfm?id=144
- [11] Site de Luminex xMAP Technology : http://www.luminexcorp.com/TechnologiesScience/xMAPTechnology/

Pour en savoir plus, contacts :


- Le site du NCI sur les liens entre obésité et risque de cancer : http://www.cancer.gov/cancertopics/factsheet/Risk/obesity
- Le rapport annuel des avancées cliniques des progrès de la lutte contre le cancer de 2015 de la société américaine d’oncologie clinique : http://jco.ascopubs.org/content/early/2015/01/16/JCO.2014.59.9746.full.pdf
Code brève
ADIT : 77801

Rédacteurs :


- Christian Turquat, Attaché scientifique, attache-phys@ambascience-usa.org ;
- Lucile Alexandre, Stagiaire, lucile.alexandre@ambascience-usa.org ;
- Suivre le secteur Physique, Chimie, Nanotechnologies sur twitter @Fr_US_Nanotechs. S’abonner à la newsletter Nanotechs News : http://www.france-science.org/-FR-US-NanoTechs-Newsletter-.html
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Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques.com/8